Forêts des Landes : un petit ver entraîne l’abattage de milliers de pins
Des milliers d'arbres vont être abattus entre le 8 janvier et le 15 février 2026. - © Chloé Rebillard / Reporterre
Des milliers d'arbres vont être abattus entre le 8 janvier et le 15 février 2026. - © Chloé Rebillard / Reporterre
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La découverte de nématodes du pin en plein massif forestier des Landes a déclenché un branle-bas de combat : 40 ha de pins maritimes sont en train d’être abattus. Les monocultures rendent les bois vulnérables à ce petit ver.
Seignosse (Landes), reportage
Un craquement se fait entendre par-dessus le ronronnement des engins forestiers, aussitôt suivi d’un fracas : un pin vient de tomber, abattu par les agents de la coopérative Alliance forêts bois. Son tronc rejoindra bientôt les immenses pyramides de rondins dressées le long de la route qui relie Seignosse à Angresse (Landes).
Depuis début janvier, la coopérative forestière industrielle œuvre pour abattre des milliers de résineux dans un rayon de 500 mètres autour de la découverte d’arbres contaminés par un ver ravageur microscopique : le nématode du pin. Ce ver, qui peut tuer un pin maritime en quelques semaines, est classé « organisme de quarantaine prioritaire » par la législation européenne et un protocole obligatoire encadre sa découverte.
Ainsi, la zone de 500 mètres autour du foyer est déclarée « zone infestée » et fait l’objet d’une coupe rase. Un deuxième cercle est fixé avec une zone tampon de 20 kilomètres dans laquelle le transport de bois est réglementé et les travaux d’élagage interdits. Objectif : l’éradication du microorganisme.
Dans la « zone infestée », 98 % des arbres sont des pins maritimes. Dans l’ensemble du massif forestier artificiel landais, l’essence représente à elle seule 75 % des arbres. Cette monoculture, typique de la sylviculture industrielle, rend la forêt particulièrement vulnérable au nématode et son arrivée était redoutée.
Le chantier se fait à toute vitesse pour vider les parcelles, et les engins forestiers impriment la marque de leurs chenilles dans la glaise du sol mis à nu. Au loin, les cimes des pins maritimes étendent leurs couronnes vers le ciel dans l’attente de leur abattage prochain.
Un protocole daté ?
Pour Hervé Jactel, directeur de recherche à l’institut national de recherche Inrae et spécialiste en entomologie forestière, ce protocole, mis en place en 2012, ne tient pas compte des connaissances plus récentes, et n’est pas adapté à la biologie du nématode du pin. Avec ses équipes, il travaille depuis plus de quinze ans sur l’insecte qui sert de vecteur au petit ravageur : un coléoptère qui répond au nom de Monochamus galloprovincialis et qui est présent naturellement en abondance dans les forêts des Landes.
C’est lui, une fois que le parasite l’a contaminé, qui sert de moyen de transport au nématode. Or, d’après le scientifique, « l’insecte vecteur se déplace beaucoup. Il vole très loin par rapport à la moyenne des insectes ». Jusqu’à 20 kilomètres par an. « Cela signifie que la propagation possible du nématode à partir d’un foyer d’infection va bien au-delà des 500 mètres de coupe rase mis en œuvre. »
Pour autant, pas question de raser l’intégralité des conifères présents dans la zone tampon, selon lui. Hervé Jactel plaide plutôt pour un protocole alternatif — sur lequel l’Inrae travaille — permettant une détection précoce des arbres infestés qui seraient les seuls abattus. Des tests moléculaires prometteurs permettraient de tester sur place les arbres dépérissants afin de déterminer s’ils sont infestés par le nématode ou bien touchés par un scolyte, un champignon pathogène ou encore atteints par la sécheresse. Aujourd’hui, les tests menés en laboratoire demandent plusieurs semaines avant de donner un résultat.
Une arrivée « inéluctable »
En attendant une hypothétique évolution législative du protocole, les hectares situés autour du foyer détecté à Seignosse doivent être coupés avant le 15 février, date butoir fixée par la préfecture des Landes. Laquelle s’est réjouie, car depuis la découverte du foyer début novembre, les 880 prélèvements réalisés sont tous revenus négatifs : « Les premiers résultats sont rassurants. »
Pour Hervé Jactel, l’introduction du nématode dans les Landes était « inéluctable », monoculture oblige. Le ravageur est un grand voyageur originaire d’Amérique du Nord qui a conquis le Japon, puis la Chine en 1982. Il est arrivé en Europe par le Portugal en 1999 et a depuis entraîné l’abattage de millions d’arbres dans la péninsule ibérique.
Même si ce premier foyer est éradiqué, il ne sera pas le dernier, prévient le directeur de recherche. « Là, on est dans le temps de l’urgence, mais dès le printemps, il va falloir réfléchir au long terme. La seule perspective possible, c’est de diversifier les essences. »