Fraude aux eaux minérales : Nestlé peut continuer à vendre du Perrier
Le géant minéralier Nestlé Waters, qui possède la marque Perrier, a commercialisé pendant plus de quinze ans une eau traitée illégalement avec un système de microfiltration. - © Vincent Feuray / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Le géant minéralier Nestlé Waters, qui possède la marque Perrier, a commercialisé pendant plus de quinze ans une eau traitée illégalement avec un système de microfiltration. - © Vincent Feuray / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Les consommateurs vont pouvoir continuer à boire de l’eau de la marque Perrier, même si certaines bouteilles ont été traitées avec des systèmes illégaux. C’est ce qu’a décidé le tribunal judiciaire de Nanterre dans son délibéré rendu le 18 novembre. Il estime qu’il n’y a pas d’évidence d’« un risque sanitaire pour le consommateur ». Il a ainsi débouté l’UFC-Que choisir qui l’avait saisi en référé en juin dernier dans le cadre du scandale des eaux frauduleuses dévoilé par la cellule investigation de Radio France et Le Monde en janvier 2024.
L’association réclamait un retrait des rayons et un rappel auprès des consommateurs des bouteilles dont l’eau avait subi ce traitement. Elle devra finalement verser 5 000 euros à Nestlé Waters et à deux de ses filiales.
Elle se dit « en colère ». « L’analyse qui est faite par les juges est décevante. Nous estimons que cette décision n’est pas à la hauteur des enjeux que nous dénoncions, à savoir les pratiques commerciales trompeuses », écrit-elle dans un communiqué.
« L’analyse des juges est décevante »
Le géant minéralier Nestlé Waters, qui possède la marque Perrier, a commercialisé pendant plus de quinze ans une eau traitée illégalement avec un système de microfiltration. Ce dernier visait à décontaminer une eau de plus en plus fréquemment polluée aux pesticides et bactéries issues de matières fécales.
Combien de bouteilles ayant subi ce traitement illégal sont encore en vente ? Impossible à dire. « Début juillet, j’ai encore vu en magasin des bouteilles qui avaient été embouteillées avant la suppression du système de microfiltration interdit », explique Gwénaëlle Le Jeune, juriste en charge du dossier au sein de l’association.
Une appellation « trompeuse »
L’UFC-Que choisir réclamait la suspension temporaire de l’appellation « eau minérale naturelle » sur ces bouteilles, une mention qu’elle juge trompeuse dès lors que l’eau est soumise à un traitement. Le tribunal estime, lui, que « l’information du consommateur a été suffisamment assurée » par Nestlé pour ne pas altérer « son comportement économique ». L’eau du captage Perrier fait encore actuellement l’objet d’une microfiltration à 0,45 micron (µm). Car si Nestlé a bien retiré les filtres illégaux permettant une microfiltration de 0,2 micron sur son site de Vergèze (Gard), là où est prélevée l’eau de Perrier, il les a remplacés par des filtres de 0,45 micron, avec l’accord des autorités sanitaires.
Toutefois, Gwénaëlle Le Jeune s’interroge : « On attend toujours la réponse de la préfecture du Gard qui doit donner son autorisation à cette microfiltration de 0,45 micron. Il faut que Nestlé apporte la preuve qu’elle ne modifie pas la flore microbienne de l’eau. Ce type de traitement n’est autorisé qu’à condition de respecter un certain nombre de conditions. Il ne doit par exemple pas servir à supprimer une pollution. »
Les concurrents de Nestlé veulent se démarquer
La question de la viabilité du captage de Vergèze reste toujours en suspens. Selon les informations du Monde, la réponse « ne devrait pas intervenir avant début décembre ». Le préfet est toujours dans l’attente de l’avis de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie, elle-même dans l’attente d’un nouveau rapport d’hydrogéologue.
Fin 2024, l’ARS préconisait un arrêt de la production de Perrier dans un rapport d’inspection, alertant sur un potentiel risque viral pour les consommateurs. « Faut-il attendre que des personnes soient gravement malades pour que ce sujet soit sérieusement traité ? » s’interroge l’UFC-Que choisir.
De leur côté, huit concurrents de Nestlé, notamment Volvic, Badoit et Evian, s’organisent pour empêcher tout éventuel assouplissement des règles. La Maison des eaux minérales naturelles, qui représente près de la moitié du marché, vient ainsi de lancer une campagne de communication pour redorer le blason des eaux minérales. Ils ont signé un manifeste dans lequel ils s’engagent à « garantir la pureté originelle de l’eau minérale naturelle, sans relâche, sans compromis et sans traitement ». Une façon de se démarquer de Nestlé Waters et de prendre leur distance avec ses ennuis judiciaires.