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ÉditoJO 2030

JO 2030 : Reporterre empêché d’organiser une conférence dans les Hautes-Alpes

Les JO d'hiver de 2030 seront organisés dans les Alpes françaises. Ici à Antholz, l'une des villes hôtes des JO de Milan-Cortina 2026.

Reporterre a été empêché par la mairie de Villar-Saint-Pancrace, dans la vallée de Briançon, d’y organiser une conférence sur les Jeux olympiques 2030. L’événement a dû être déplacé dans une autre ville des Hautes-Alpes.

Débattre des Jeux olympiques 2030 dans la vallée de Briançon est une gageure. Mercredi 17 décembre, Reporterre avait prévu d’organiser une soirée au Centre montagne de Villar-Saint-Pancrace, à côté de Briançon (Hautes-Alpes). L’événement était programmé dans le cadre de nos rencontres autour de la BD Le Mal des montagnes, publié en octobre en partenariat avec La Revue dessinée.

Nous avions décidé d’axer cette rencontre autour des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) d’hiver 2030, une partie des épreuves ayant lieu dans la vallée, à Serre Chevalier. C’est également à Briançon que sera construit l’un des quatre villages olympiques où seront logés les athlètes. De plus, les JOP 2030 constituent l’un des sujets phares de notre BD, avec une enquête de 24 pages.

Sébastien Fine, le maire de Villar-Saint-Pancrace, en a décidé autrement. Lorsque nous avons dévoilé l’affiche avec notre thème, « JO 2030, les jeux ne sont pas faits », il nous a expliqué s’être mis « dans une colère noire ». « Quand j’ai validé cette présentation, il était question de l’avenir de nos montagnes, de ce qu’on allait faire dans 30 ou 40 ans, une fois qu’on n’aura plus de neige. Pas d’une affiche où il est marqué qu’il n’y aura pas les JO. Car, ils auront lieu, c’est un événement décidé par le président de la République. Quoi qu’on en dise, c’est sur les rails », explique-t-il à Reporterre par téléphone.

La rencontre de Reporterre et La Revue dessinée aura finalement lieu à Puy-Saint-André (Hautes-Alpes), le 17 décembre 2025. © Reporterre

Un nécessaire débat public

Pourtant, certaines voix commencent à s’élever contre cette compétition, et pas seulement dans les milieux militants. Le 1er décembre, la Savoie a suspendu « jusqu’à nouvel ordre » sa participation aux réunions de préparation du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) car son président, Hervé Gaymard (Les Républicains), refusait que son département devienne « une variable d’ajustement budgétaire », comme l’explique Le Dauphiné libéré.

Le 9 décembre, la directrice des opérations, Anne Murac, a claqué la porte du comité à la suite de « graves désaccords au sein de la gouvernance », selon Le Parisien. Début novembre, le député Frédéric Maillot (groupe gauche démocrate et républicaine), rapporteur pour avis du budget sport 2026, a critiqué le projet de construction d’une patinoire à Nice, estimant que c’était « une folie budgétaire [...] un caprice de riche que l’on ne peut pas se permettre ».

Dans les territoires de montagne, beaucoup s’interrogent sur les conséquences qu’auront les jeux dans leur quotidien. « Pendant la durée des compétitions, on sait aussi que la période n’est pas très propice au business, explique au Dauphiné libéré Dominique Oger, président de l’association de commerçants de la vallée de Serre Chevalier. On a besoin d’informations. »

« Reporterre n’attendra pas 2026
pour parler du sujet »

L’opacité autour de cet événement est dénoncée depuis des mois par le collectif citoyen JOP 2030 qui a mené l’affaire devant l’Organisation des Nations unies. La France va devoir prouver au comité d’Aarhus — instance onusienne chargée de faire respecter la « démocratie environnementale » — qu’elle a suffisamment consulté ses citoyennes et citoyens avant de s’engager sur la voie olympique.

Sébastien Fine, le maire de Villar-Saint-Pancrace, où Reporterre devait organiser sa conférence, ne nie pas la nécessité d’un débat. « Si vous m’aviez dit dès le départ que vous vouliez faire une réunion politique sur les JO, je vous aurais trouvé une autre salle qui ne soit pas forcément le Centre montagne, notre site de ski nordique, où on fait aussi de la neige de culture. Ce lieu ne me semble pas très approprié pour débattre des Jeux olympiques, poursuit-il. Vous pouvez revenir faire une conférence dans ce style-là en janvier ou février [2026], quand on aura une salle de libre. »

Sauf que nous n’attendrons pas 2026 pour parler du sujet et nous sommes partis à la recherche d’une autre salle. C’est la mairie de Puy-Saint-André, un autre village de la vallée du Briançonnais, qui a accepté d’accueillir Reporterre. Sa maire, Estelle Arnaud, nous explique agir « par souci de liberté démocratique. Les habitants du territoire ont le droit d’être informés, sur un sujet qui devrait être débattu et sur lequel toute la transparence devrait être faite ». L’élue avait déjà fait part de ses réserves sur la gouvernance des jeux dans une interview au Dauphiné libéré.

Direction Puy-Saint-André

Ce n’est pas la première fois qu’une réunion d’information autour des JO 2030 est difficile à organiser. En février, l’association locale La Passa avait demandé une salle communale à L’Argentière-la-Bessée, situé à 15 km de Briançon, afin d’organiser un événement similaire. La mairie avait refusé de lui donner une salle et l’association avait engagé une procédure en référé-liberté. La procédure a été rejetée sur la forme et l’association attend encore le jugement sur le fond.

En attendant, Reporterre vous donne rendez-vous le 17 décembre à Puy-Saint-André pour débattre sur les nombreuses polémiques autour de ces Jeux olympiques et paralympiques, en compagnie de quatre spécialistes : Delphine Larat, juriste et cofondatrice du collectif citoyen JOP 2030 ; Valérie Paumier, fondatrice de l’association Résilience Montagne ; Fiona Mille, présidente de Mountain Wilderness France ; Stéphane Faure-Brac, président du Caojop, le comité d’alerte sur l’organisation des JOP 2030.

Vous pouvez également toujours acheter notre hors-série Le Mal des montagnes dans de nombreuses librairies et sur internet. À glisser sous le sapin pour pimenter vos conversations familiales pendant les fêtes !

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