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Forêts

La Sibérie à nouveau ravagée par des incendies meurtriers

Le 6 mai 2022 à Nazyvaevsk, ville de l'oblast d'Omsk, en Russie.

En Sibérie, treize personnes sont mortes et des centaines de maisons ont été détruites par les flammes. L’état d’urgence a été déclaré par les autorités de la région de Krasnoïarsk, en Sibérie orientale.

Moscou (Russie), correspondance

Ces derniers jours, plusieurs zones de Sibérie ont connu de terribles incendies. La région de Krasnoïarsk a été la plus touchée : 7 personnes sont décédées et 19 ont été blessées. Au moins deux villages ont totalement brûlé.

Selon les autorités locales, qui ont décrété l’état d’urgence, les incendies ont détruit ou endommagé plus de 500 maisons et 300 bâtiments. Les victimes recevront une aide financière ponctuelle d’un montant de 15 000 roubles (environ 200 euros) et leurs habitations seront reconstruites pendant l’été, ont-elles promis.

La majorité des incendies auraient été provoqués par des courts-circuits sur les lignes électriques ou en raison d’une manipulation imprudente du feu au cours de brûlage d’herbe sèche. Le temps particulièrement sec et des vents violents ont entraîné la propagation rapide des flammes. Les rafales atteignaient jusqu’à 40 mètres par seconde, rendant très difficile le travail des pompiers. « Des incendies se sont déclarés simultanément dans de nombreuses zones du territoire », a détaillé samedi dans un communiqué le gouverneur de la région, Alexandre Ouss.

Mardi matin, le ministère des Situations d’urgence a assuré que les derniers feux avaient été éteints dans le territoire de Krasnoïarsk. Selon les prévisions météorologiques du service fédéral Rosgidromet, des vents forts pourraient toutefois se poursuivre jusqu’au 11 mai dans le sud du territoire de Krasnoïarsk, le nord de la Khakassie, l’ouest et le nord-ouest de la région d’Irkoutsk. La situation est également très difficile dans toute la région de Kurgan, où l’état d’urgence a été décrété. La semaine dernière, les incendies ont également touché les régions de Kemerovo, d’Irkoutsk et d’Omsk, causant la mort de six personnes.

Le président Vladimir Poutine tient une réunion par visioconférence ce mardi en présence des gouverneurs de plusieurs régions concernées, du ministre des Situations d’urgence et du ministre des Ressources naturelles. À ce jour, la saison des incendies est déjà ouverte dans soixante-dix-sept sujets de la fédération de Russie.

Il faut l’« abolition complète de l’utilisation du feu dans l’agriculture »

Depuis plusieurs années, des incendies record ravagent la Sibérie. Selon le système d’information de l’Agence fédérale des forêts, l’année 2021 a été la pire avec plus de 18,2 millions d’hectares détruits. Ces incendies provoquent des émissions ce gaz à effet de serre qui aggravent le réchauffement climatique, multipliant lui-même les risques d’incendie.

Vue aérienne des incendies ayant eu lieu en 2021 en Iakoutie centrale, en Russie. ©Antoine Boureau / Reporterre

Dans le cas des incendies récents, Greenpeace rappelle qu’il ne s’agit pas pour la plupart de feux de forêts mais d’incendies se produisant en raison d’une tradition courante au printemps en Russie : le nettoyage de la terre en brûlant l’herbe sèche. Une pratique que la branche russe de l’ONG écologique dénonce depuis des années. « En raison du changement climatique, les ouragans imprévisibles, les périodes de sécheresse et les vagues de chaleur peuvent devenir plus fréquents. C’est pourquoi Greenpeace appelle à une abolition complète de l’utilisation du feu dans l’agriculture et la sylviculture », déclare l’organisation dans un communiqué. Elle rappelle que ce type de pratiques provoque également dans certaines régions du centre de la Russie des feux de tourbe très difficiles à circonscrire.


LES FEUX DE FORÊT, UNSASTRE POUR LA SANTÉ

Les feux de forêt ne font pas qu’émettre des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ils peuvent également mettre en danger la santé des riverains. C’est ce que montre une étude de l’université McGill, au Québec, publiée le 9 mai dans The Lancet Planetary Health. Les chercheurs ont étudié l’état de santé de plus de deux millions de Canadiens sur une période de vingt ans. Le taux de tumeurs au cerveau était 10 % plus élevé chez les personnes ayant vécu dans un rayon de 50 kilomètres autour d’un feu de forêt au cours des dix dernières année qu’au sein du reste de la population. Le taux de cancers du poumon était quant à lui 4,9 % plus élevé.

« Beaucoup des polluants émis par les feux de forêt sont des substances cancérogènes pour l’homme », explique Jill Korsiak, doctorante au sein du laboratoire où a été menée cette étude. Ces substances pénètrent également le sol, l’eau et les murs des bâtiments. Certaines, notamment les métaux lourds et les hydrocarbures, peuvent persister longtemps dans l’environnement. « L’exposition à des polluants environnementaux néfastes pourrait se poursuivre après la fin des incendies », avertit l’un des auteurs, le professeur Weichenthal.

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