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La grippe aviaire a chassé les volatiles du Salon de l’agriculture

4 mars 2017 / Lorène Lavocat et Marc Estiot (Reporterre)



Cette année, les allées du Salon de l’agriculture ne bruissent d’aucun battement d’ailes. L’épizootie de grippe aviaire a dissuadé les éleveurs de se déplacer jusqu’à Paris. Sur le stand de la Confédération paysanne, on s’interroge sur les mesures prises d’abattages massifs et sur la nécessité de repenser l’élevage.

  • Salon de l’agriculture (Paris), reportage

« Mais où sont les poules ? » La mine désolée, Jean-Claude Périquet renvoie les visiteurs étonnés à l’affichette scotchée sur son stand : « En raison des principes de précaution administratifs relatifs à la prévention de la grippe aviaire, il n’y a, à notre grand regret, ni volaille ni pigeon cette année. »

Cheveux grisonnants et casquette rouge flanquée d’un coq brodé, M. Périquet est le président de la Fédération française des volailles, qui regroupe des éleveurs amateurs et familiaux. Chaque année, l’organisation installe des centaines de cages au Salon de l’agriculture : poules, canards, oies, dindons, pintades, faisans. Leur basse-cour foisonnante attire de nombreux visiteurs. Mais cette fois-ci, aucune plume ne vole sous les néons du parc d’exposition, aucun caquètement ne retentit au milieu du brouhaha.

Jean-Claude Périquet, le président de la Fédération française des volailles, est venu au Salon sans ses animaux, mais avec ses brochures et ses livres.

Depuis décembre 2016, un arrêté ministériel réglemente strictement les déplacements de volatiles. Dans certains départements, le transport des produits avicoles est interdit ou soumis à autorisation du préfet, après avis des services vétérinaires. Résultat, « aucun éleveur n’a voulu prendre le risque d’amener ces volailles, quand bien même il n’est pas situé dans une région touchée par la grippe aviaire », explique M. Périquet.

« Les gens sont déçus, le Salon est ennuyeux cette année » 

Lui est quand même venu, sans ses volatiles, mais avec ses livres et ses brochures, « par solidarité avec nos amis lapins ». Dans les allées de la basse-cour, les badauds s’extasient en effet sur les petites bêtes aux longues oreilles et au poil soyeux. Le stand des cuniculteurs (éleveurs de lapins) expose écharpes et gants tout doux. Mais Jean-Claude Périquet se dit triste, « les gens sont déçus, le Salon est ennuyeux cette année ».

Un peu plus loin, sur le stand de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel — le porte-parole — enchaîne les interviews à ce sujet. Le syndicat agricole a pris position contre l’abattage systématique des canards dans le Sud-Ouest. Le ministre de l’Agriculture a en effet annoncé que tous les volatiles situés à moins de 3 km d’un foyer d’influenza seraient tués, qu’ils soient sains ou porteurs du virus. Soit un total de 360.000 canards dans les Landes. « Pourquoi ne pas tester les animaux avant de les abattre afin de vérifier s’ils sont malades ? s’interroge M. Pinatel. Cela permettrait de respecter le travail et la dignité des éleveurs, notamment ceux qui ont tout mis en place pour éviter la dissémination du virus. »

Laurent Pinatel, le porte-parole de la Confédération paysanne.

Pour le paysan, les élevages fermiers et autarciques — où les canards restent du couvoir à l’engraissage, sans transport — doivent bénéficier de dérogations, car ils sont la solution contre l’épidémie. « Le problème, c’est l’hyperconcentration des élevages dans certaines zones et l’ultrasegmentation de la filière : entre sa naissance et son abattage, un canard peut passer dans cinq fermes différentes ! Tous ces déplacements sont autant de risques de dissémination de la grippe aviaire. »

Des élevages fermiers, en plein air, à petite échelle, mieux répartis sur le territoire. Mais pour régler la crise, d’autres estiment au contraire qu’il faudrait que les canards restent tous en milieu clos, lors des périodes à risque des migrations. « Le confinement n’est pas une solution, il entraînerait une nouvelle vague d’industrialisation, dénonce M. Pinatel. On continuerait sur le même modèle que celui-ci, qui nous emmène droit dans le mur ! » En décembre, Reporterre vous racontait comment l’élevage industriel semble favoriser le développement de cette épidémie.

« Sans réorganisation de la filière du foie gras, nous allons droit dans le mur » 

Fin février, Stéphane Le Foll a tenté pour sa part de rassurer les éleveurs. Il a annoncé la mise en place d’un vide sanitaire dans « la grande zone réglementée du Gers, des Landes, des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées », où se concentre la majorité des cas de grippe aviaire H5N8 « d’une virulence jamais vue », a précisé le ministre. La remise en production des palmipèdes pourrait intervenir « d’ici la fin mai », et « les premières indemnisations des éleveurs dont les animaux ont été abattus interviendront à partir du mois de mars ». Pas de quoi tranquilliser la Confédération paysanne, qui demande « une remise à plat complète » de la chaîne de production.

« Sans réorganisation profonde de la filière du foie gras, nous allons droit dans le mur, car les épidémies ne sont pas près de s’arrêter, même si on abat tous les canards du Sud-Ouest », conclut le syndicaliste. De fait, des traces d’influenza aviaire « hautement pathogène » ont été découvertes dans un élevage de volailles du Dunkerquois (Nord), où quelque 10.000 poulets sont morts en février. La préfecture des Vosges a, elle aussi, annoncé cette semaine avoir mis en place une surveillance renforcée de neuf communes après la mort de cygnes contaminés. Au total, 1,6 million de canards ont été abattus de manière préventive, et 1,3 million ont été décimés par l’épizootie depuis décembre 2016.

Éric Bleynie, commercial d’une société commercialisant du foie gras, craint une pénurie.

« Si ça continue comme ça, nous allons être en pénurie », estime Éric Bleynie, commercial pour Valette, une maison périgourdine qui vend foie gras et autres produits d’épicerie fine. Porte de Versailles, son stand ne désemplit pas. « Les affaires roulent, mais c’est vrai qu’on est inquiet pour la suite », admet-il. L’entreprise table sur une réduction de 50 % des matières premières, et réfléchit à mettre ses salariés au chômage technique. Quant au prix des précieuses conserves, « il pourrait augmenter, notamment pour les professionnels de la restauration », pense Éric Bleynie. La maison cherche à se diversifier, anticipant ainsi une baisse de la production de foie gras. Ses pistes ? Les écrevisses… ou le lapin !




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Lire aussi : L’ombre de Xavier Beulin plane sur le monde agricole, qui s’interroge sur l’avenir

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Marc Estiot/Reporterre sauf :
. M. Périquet : © Lorène Lavocat/Reporterre

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