Pourquoi faut-il en finir avec les litières minérales pour chats ?
Les litières minérales sont fabriquées à partir de matières premières non renouvelables, comme l'argile de bentonite. - © Etienne Gendrin / Reporterre
Les litières minérales sont fabriquées à partir de matières premières non renouvelables, comme l'argile de bentonite. - © Etienne Gendrin / Reporterre
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Sur 10 litières pour chats achetées, 9 seraient minérales. Le hic : extraire ces roches est fort polluant et les litières souillées finissent enfouies ou incinérées... Une association européenne enjoint à opter pour la version végétale.
Magali possède un gros matou, blanc et noir. Cette trentenaire parisienne veille à son empreinte écologique. Elle trie ses déchets, apporte ses biodéchets au compost, se déplace à vélo, limite sa consommation de viande. Pourtant, elle ne s’est jamais interrogée sur l’empreinte environnementale de son chat. Encore moins sur celui de sa… litière. Comme elle, 9 Français sur 10 achètent une litière minérale [1]. « Celle aux cristaux blancs, plus esthétiques, qui promet moins d’odeurs », décrit-elle.
500 000 tonnes d’émissions de CO2
Les litières minérales sont fabriquées à partir de matières premières non renouvelables : graviers, quartz, silice... Selon les chiffres des analyses de marché de la litière pour chats, les plus vendues dans le monde sont les litières en argile de bentonite (environ 65% des litières vendues), dont la capacité d’absorption est élevée (quinze fois son volume). Elles s’agglomèrent en amas solides, ce qui facilite donc le nettoyage. Celle-ci est extraite en Chine, en Turquie, en Amérique du Nord et au Sénégal. Ces minéraux sont chauffés et séchés à forte température — avec des énergies issues du charbon ou du gaz — pour augmenter leur pouvoir d’absorption. Et sont ensuite exportés.
« Le sujet passe sous les radars », dit à Reporterre Jean-Michel Buf, président du Conseil national de l’économie circulaire et conseiller régional des Pays de la Loire. Pourtant, la France abrite plus de 15 millions de chats domestiques et le sujet est loin d’être anecdotique.
D’après les chiffres de 2019 d’une analyse suisse du cycle de vie des litières fournie par Cats for future, la fabrication et le transport des litières minérales émettent environ 500 000 tonnes d’émissions de CO2 par an.
Une fois souillées, elles atterrissent dans les ordures ménagères résiduelles car elles ne peuvent pas être compostées. D’après les chiffres de l’Ademe, les litières représentent entre 2 % et 7 % de la totalité des poubelles grises. « Jusqu’à 10 % dans certaines capitales européennes », pointe Jean-Michel Buf. En France, elles représentent environ 612 000 tonnes de déchets chaque année... qui finissent enfouis ou incinérés.
« Non-sens » écologique
Non seulement les litières minérales sont nocives pour l’environnement mais aussi pour l’humain, soulignent des publications de l’Ademe et de l’Anses. En particulier, lors de la fabrication des litières, les travailleurs sont exposés aux poussières et aux produits de traitement pouvant contenir des substances reconnues dangereuses pour la santé (agents de blanchiment, fongicides et pesticides). Bien que plus faible, le risque de toxicité existe aussi pour les consommateurs, en particulier pour les plus vulnérables, avec des expositions à ces substances lors du renouvellement de la litière. Les poussières des litières minérales peuvent également augmenter les risques d’asthme ou d’allergie chez les chats.
Excavation de ressources naturelles, émissions de CO2, toxicité… Un tel produit « n’a aucun sens », résume François-Michel Lambert, député du groupe Libertés et territoires jusqu’en 2022, connu pour son amendement interdisant les couverts en plastique dans la loi antigaspillage pour une économie circulaire (Agec) de 2020. Face à cette « aberration », il défend l’interdiction pure et simple des litières minérales. « Nous avons bien réussi à interdire l’amiante, la vente de véhicules à moteur thermique à partir de 2035, les gaz à l’origine du trou dans la couche d’ozone, justifie-t-il. D’autant plus que cela ne détruirait pas d’industrie européenne et qu’il existe une alternative avec la litière végétale. » Il a déposé en 2021 un amendement dans la loi Climat et résilience — qui a été rejeté.
Vers un écoscore ?
Fabriquées à partir de sciures de bois, de déchets de céréales ou de plantes, les versions végétales sont bien plus responsables écologiquement. Certaines fibres végétales, dont la rafle de maïs ou les copeaux de bois, contiennent enzymes, réseaux fibreux poreux ou amidon permettant une haute absorption et la neutralisation des odeurs. Même si l’offre en rayon est moins étendue que celle des minérales, on les trouve en grandes surfaces, magasins bio, animaleries etc, sous des marques de producteurs locaux, de distributeurs ou des géants de la « pet industry ».
Pour l’heure, seules quatre sont labellisées NF Environnement, un gage recommandé par l’Ademe. Le poids environnemental est bien sûr pris en compte, tout comme la qualité d’absorption et la neutralisation des odeurs. Comme le prévoit la loi Climat Résilience, un futur écoscore sur les litières pourrait aider dans nos choix mais aucune date de mise en place n’a encore été annoncée.
François-Michel Lambert n’est pas le seul à promouvoir les litières végétales. Créée en 2012 en Italie, la Plant litter association (PLA) et son initiative européenne Cats for future, notamment soutenue par des associations environnementales (Legalmente en Italie, la ligue verte en Allemagne, Rcube la fédération professionnelle du réemploi et de la réparation en France) s’est donnée pour missions : la sensibilisation des citoyens, le développement de la litière végétale et l’interdiction des litières minérales.
« On veut réduire l’écart du prix en rayon entre litières minérales et végétales »
Son objectif est « l’introduction à court terme d’une taxe carbone, dans une logique de pollueur-payeur, afin de réduire l’écart du prix en rayon entre la litière minérale et la litière végétale », précise Michael Behnke, représentant de PLA en France et en Allemagne. L’association estime qu’une telle mesure permettrait de laisser le temps aux fabricants de s’organiser pour augmenter leurs volumes de production et répondre à une nouvelle demande.
LES LITIÈRES AU COMPOST ?
On ne peut pas mettre sa litière minérale au compost. Quid des litières végétales ? Ce n’est ni autorisé... ni interdit. « C’est flou, résume Pénélope Vincent-Sweet, biologiste, qui a travaillé, en 2020, sur la possibilité de mélanger les litières végétales avec les biodéchets. Certaines collectivités les acceptent, d’autres non ou n’en parlent pas. » La cause de ces précautions réside dans la crainte d’une transmission de la toxoplasmose des déjections félines au compost puis à l’humain. « Et nous sommes dans un courant hygiéniste, qui prône l’exclusion du microbien au profit du tout stérile », observe la biologiste.
Pour France Biodéchets, le sujet est encore prématuré. Il faut déjà s’assurer que toutes les communes mettent en place le tri à la source des biodéchets. « La litière pour chats n’est pas notre priorité. Mais il n’y a pas de petits sujets », pointe Julie Orliac, déléguée générale de la fédération. De son côté, l’Institut national de l’économie circulaire (Inec) a prévu de « lancer un cycle de travail sur la biomasse, dans lequel nous traiterons des litières pour chats », assure sa directrice générale, Emmanuelle Ledoux.
La branche française de PLA compte avancer. En 2025, l’association a financé une étude avec le CHU de Reims « afin d’obtenir la preuve que les déjections des chats ne présentent aucun risque dans les biodéchets une fois traités selon les paramètres prescrits par la réglementation européenne », explique Michael Behnke à Reporterre. Les pathogènes sont en effet détruits s’ils sont chauffés un certain temps. Le représentant espère que la publication de ces résultats d’ici cet été permettra d’ouvrir le dialogue avec l’État.
Et chez vous ? Dédiez un coin à compost spécial et attendez que tous les déchets animaux se soient décomposés avant de les utiliser comme engrais dans votre potager (minimum dix-huit mois), explique une structure intercommunale de traitement des ordures ménagères.