La mégacentrale biomasse de Gardanne sur la sellette
La centrale biomasse de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône. - © Pierre Isnard-Dupuy / Reporterre
La centrale biomasse de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône. - © Pierre Isnard-Dupuy / Reporterre
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Décriée par les écologistes, la centrale biomasse ne remplit pas ses engagements lui ayant permis d’obtenir une dérogation afin de se convertir au bois. Son sort pourrait être scellé le 20 octobre.
C’est une hérésie environnementale pour nombre d’associations et élus écologistes qui dénoncent ses conséquences sur la forêt, le climat et la santé des riverains. Le 20 octobre, la justice administrative examine une dernière fois le cas de la plus grosse centrale à biomasse de France. L’unité « Provence 4 » de la centrale thermique de Gardanne (Bouches-du-Rhône) est passée du charbon au bois dans les années 2010. La mégacentrale, exploitée depuis 2019 par GazelÉnergie, une filiale du groupe EPH du magnat tchèque Daniel Křetínský, pourrait brûler jusqu’à 850 000 tonnes de bois par an, si elle parvenait à fonctionner correctement.
La moitié des approvisionnements doivent provenir d’une zone s’étendant jusqu’à 250 kilomètres du site, constituée à la fois de ressources forestières et de bois déchets. Le reste du bois a été autorisé par l’État à provenir de l’importation pour une période de dix ans, avant de laisser place à une fourniture 100 % locale.
En juin 2017, le tribunal administratif de Marseille a annulé son autorisation d’exploitation, considérant une « insuffisance de l’étude d’impact », qui ne s’est pas intéressée aux conséquences de l’appétit de « Provence 4 » sur les forêts du sud-est. La préfecture lui avait alors délivré une autorisation provisoire permettant de poursuivre ses activités. Cassée en appel, la décision est remontée jusqu’au Conseil d’État, qui l’a finalement confirmée. Il revient donc à la cour administrative d’appel de Marseille de se prononcer pour confirmer ou non l’annulation. Son jugement devrait être mis en délibéré.
Fin de la promesse de ne plus importer de bois
Hormis cet élément crucial qui fait plancher la justice, « Provence 4 » a bénéficié d’une dérogation afin de réaliser sa conversion, moyennant des engagements contractualisés avec l’État. Dans ce contrat, Gardanne promettait un faible rendement (de 36 %), avec une production de chaleur et d’électricité, et l’utilisation dans son process de 15 % de charbon issu des terrils des Cévennes et du Dauphiné.
Une décennie plus tard, une grande partie des engagements n’a pas été respectée. Et la puissance publique se moque des propres règles qu’elle a elle-même exigées.
Ainsi, la promesse de ne plus importer au bout de dix ans a fait long feu. L’industriel et le sous-préfet d’Aix-en-Provence affichent désormais leur ambition de poursuivre les flux via le port de Fos-sur-Mer pour y maintenir des emplois, comme l’a raconté Marsactu. Et les bateaux remplis de plaquettes forestières continuent de venir du Brésil, en dépit de l’assurance de GazelÉnergie d’arrêter cette filière, donnée en 2021 dans un document que Reporterre a découvert.
30 millions d’euros non réclamés par l’État
Jusqu’à novembre 2022, « Provence 4 » profitait d’un tarif de rachat préférentiel : EDF pouvait racheter à un bon prix l’électricité considérée comme « verte ». Les contreparties de ce contrat étant de devoir aussi valoriser la chaleur produite par la centrale dans un réseau de chauffage urbain et de produire sur un minimum de 6 400 heures annuelles. Ni l’une ni l’autre n’ont été remplies. Aucune première pierre du réseau de chaleur n’a été posée.
« C’est une Arlésienne pour faire accepter la biomasse. Ils n’y arriveront jamais, car pour que cela fonctionne, il faut que la production soit continue », affirme Claude Calvet de France Naturel Environnement (FNE). Or, le fonctionnement de la centrale est toujours erratique. Elle n’a tourné que 1 708 heures à pleine puissance en 2022, selon le bilan annuel transmis par GazelÉnergie, et autour de 1 400 heures depuis le 1er janvier 2023, d’après la CGT du site.
Résultat, son rendement énergétique (le rapport entre la quantité d’énergie fournie et la quantité d’énergie consommée) est de seulement 23 %, ce qui « revient à brûler 4 arbres, dont 3 qui ne feront que réchauffer l’atmosphère », résume FNE dans un communiqué. L’État aurait pu réclamer des pénalités à l’industriel pour non-respect des clauses du contrat avec EDF. En mars 2021, Marsactu avait calculé que la note aurait pu s’élever alors à 30 millions d’euros. « Nous n’avons pas souhaité ajouter de la difficulté aux difficultés », avait alors déclaré la ministre de l’Écologie, Barbara Pompili, pour justifier de ne pas réclamer la note.
Au final, l’absence de rentabilité de l’unité pourrait sceller son sort. La CGT et la direction se renvoient la responsabilité de sa mise en péril.