La mine de la Montagne d’or oppose les deux candidats en Guyane

10 mars 2018 / Hélène Ferrarini (Reporterre)

Ce dimanche se déroule en Guyane le second tour d’une élection législative partielle. Les deux candidats en lice défendent des modèles de développement différents, symbolisés par leur positionnement sur le projet de mine industrielle de la Montagne d’or. Lénaïck Adam (La République en marche) est favorable à la mine, Davy Rimane (La France insoumise) y est opposé.

  • Actualisation - Lundi 12 mars 2018 - Lénaïck Adam, le candidat LREM, dont l’élection avait été invalidée en décembre, a remporté de justesse la législative partielle dans la 2e circonscription de Guyane, à l’issue du second tour, dimanche 11 mars. Selon ces premiers résultats qui doivent faire l’objet d’une officialisation lundi, Lénaïck Adam l’emporte avec 213 voix d’avance sur Davy Rimane, le candidat soutenu par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon (8 320 voix contre 8 107). Adam obtient 50,65 % des suffrages exprimés, contre 49,35 % pour Rimane.

  • Cayenne (Guyane), reportage

Dimanche 11 mars, les 40.000 Guyanais inscrits sur les listes électorales de la deuxième circonscription se rendent aux urnes pour choisir leur député. L’élection législative de juin 2017 avait été annulée par le Conseil constitutionnel en raison de l’absence d’assesseurs dans la commune de Maripasoula et du faible écart de voix entre les deux finalistes : Lénaïck Adam (La République en marche) avait alors devancé Davy Rimane (France insoumise) de 56 voix. Neuf mois plus tard, on retrouve de nouveau ces deux hommes au second tour de l’élection législative partielle.

Entretemps, le projet de la Montagne d’or s’est précisé. En septembre 2017, la Commission nationale du débat public a décidé d’organiser un débat en Guyane, à la suite d’une saisine de France nature environnement. Le débat vient tout juste de s’ouvrir, durant l’entre-deux-tours, mercredi 7 mars. Par ailleurs, le collectif d’opposants Or de question a reçu le prix de la Fondation France libertés – Danielle Mitterrand. Le cas de la Montagne d’or a été porté à la COP23 à Bonn. Ainsi, le sujet est de plus en plus médiatisé nationalement et discuté en Guyane, où la majorité de la classe politique soutient le projet minier.

Le fleuve Maroni et la forêt guyanaise.

La campagne électorale n’a cependant pas été dominée par cette question. L’application des « accords de Guyane » [1], le désenclavement de certaines parties du territoire guyanais, la sécurité, l’accès aux soins et à l’éducation… ont été les principaux thèmes de campagne. La mine industrielle de Montagne d’or est un sujet parmi d’autres, mais il est également révélateur d’une vision du développement du territoire guyanais.

Emmanuel Macron favorable au projet minier

Le site d’information guyanais Guyaweb a interrogé les huit candidats sur le sujet avant le premier tour. « Pour résoudre nos problèmes de chômage, d’insécurité, de développement, il faut que la Guyane s’industrialise », y avance Lénaïck Adam, 26 ans, diplômé de Sciences Po Paris et directeur d’une entreprise de transport. « La Guyane n’apportera pas de bien-être à ses filles et à ses fils, tant que nous pensons qu’il faut la mettre sous cloche », a dit aussi M. Adam. Sur ce point, il est sur la même ligne que ses deux principaux soutiens, le président de la collectivité guyanaise, Rodolphe Alexandre, et le président de la République, Emmanuel Macron : tous deux n’ont pas caché leur volonté de voir naître ce projet minier. Au-delà de la question des emplois — la Compagnie de la Montagne d’or en promet 750 directs durant les douze ans d’exploitation de la mine —, Lénaïck Adam voit dans la mine industrielle le meilleur rempart à l’orpaillage illégal qui ronge le territoire guyanais.

Lénaïck Adam (La République en marche).

Davy Rimane voit les choses autrement. Pour ce syndicaliste, porte-parole des mouvements sociaux de mars-avril 2017, « le “projet Guyane” doit être un projet de développement durable qui soit respectueux de l’environnement guyanais et qui ne mette pas en jeu la santé de nos populations ». Le processus de cyanuration qui serait utilisé pour extraire l’or du minerai inquiète en Guyane. La Commission nationale du débat public a d’ailleurs commandé une expertise particulière pour éclairer les habitants sur ce procédé chimique [lire l’appui ci-dessous].

Davy Rimane (La France insoumise)

Si Davy Rimane s’oppose clairement au projet de la Montagne d’or, il compte pourtant parmi ses soutiens le maire de Saint-Laurent-du-Maroni, Léon Bertrand. Cet ancien député UMP et ministre du Tourisme sous Jacques Chirac est ouvertement favorable à la mine industrielle dont le site se trouve sous la juridiction de sa commune, à 125 kilomètres de la ville de Saint-Laurent proprement dite [2]. Lors d’un débat télévisé organisé par Guyane La Première jeudi 8 mars, Lénaïck Adam n’a pas manqué de souligner cette incohérence dans la campagne de Davy Rimane.

La venue de soutiens nationaux pendant la campagne 

Lénaïck Adam a reçu durant l’entre-deux tours le soutien de David Riché, arrivé en troisième position dimanche dernier avec 10 % des voix. « Nous nous retrouvons sur la Montagne d’or, une chose nécessaire pour ce territoire », a déclaré Lénaïck Adam sur Guyane La Première. Maire de la commune de Roura dans la première circonscription de Guyane, David Riché est également président de l’association des maires du département. Dimanche dernier, il est arrivé en tête dans la commune amérindienne d’Awala-Yalimapo et dans le bureau de vote de Taluen, où votent les habitants amérindiens du haut-Maroni. Ces résultats viennent remettre en question l’unité affichée des peuples autochtones contre le projet minier.

La campagne électorale guyanaise a été marquée par la venue de soutiens nationaux en la personne du secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement et délégué général de La République en marche, Christophe Castaner, venu apporter le soutien de son parti au candidat Adam. Jean-Luc Mélenchon est quant à lui resté une semaine en Guyane au côté de Davy Rimane. Des analystes locaux soulignent que la présence de ces poids lourds nationaux quelques jours avant le scrutin a eu des effets sur les scores des deux candidats arrivés au second tour, mis sous le feu des projecteurs au détriment d’autres. Les deux finalistes enregistrent de meilleurs scores que lors du premier tour de juin 2017.

Dimanche dernier, Lénaïck Adam est arrivé en tête avec 43,13 % des suffrages exprimés. Il devance largement son concurrent dans la commune de Saint-Laurent-du-Maroni, où il a grandi, dans l’ouest et sur le fleuve Maroni, c’est-à-dire les territoires concernés au premier chef par le projet minier. Davy Rimane enregistre 35,1 % des voix, soit 15 points de plus qu’au premier tour en 2017. Originaire de Kourou, il est en tête dans les communes dites « des Savanes » sur le littoral guyanais comme Macouria, Kourou, Sinnamary, Iracoubo. La grande gagnante reste l’abstention, qui s’élevait à près de 65 % des inscrits dimanche dernier.


LEBAT PUBLIC S’EST OUVERT

Le débat public sur le projet de mine industrielle de la Montagne d’or est officiellement ouvert depuis le 7 mars. Lundi 5 mars, la Commission nationale du débat public (CNDP) a validé le dossier du maître d’ouvrage, la Compagnie de la Montagne d’or (CMO), à condition qu’elle le complète « par des fiches thématiques précises, notamment sur la prévention et la gestion des risques, la préservation de la biodiversité et les conditions sociales de la mise en œuvre éventuelle du projet », indique la Commission dans un communiqué. Le dossier du maître d’ouvrage a été mis en ligne sur le site du débat public, mais les faiblesses des connexions internet dont souffre la Guyane depuis dimanche 4 mars à la suite de la rupture d’un câble sous-marin compliquent pour l’instant sa consultation.

« La Commission a pris cette décision pour que le débat puisse s’ouvrir rapidement car il existe une certaine attente », explique Émilie Petitguyot, chargée du débat public en Guyane. Les fiches thématiques devraient, selon elle, être rendues par la CMO sous une dizaine de jours.

La CNPD a également commandé deux expertises portant « sur les enjeux du cyanure et de l’hydrogéologie ». Les experts désignés dans les jours à venir par la Commission interviendront sur ces thèmes lors de séances thématiques, filmées et disponibles ensuite sur le site internet du débat public.

La première réunion publique se tiendra à Saint-Laurent-du-Maroni le 3 avril. Le débat public dure quatre mois jusqu’au 7 juillet.



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[1Après plus d’un mois de blocages et de manifestations en Guyane, le conflit cessait avec la signature d’un accord avec l’État, le 21 avril 2017, à la veille du premier tour de l’élection présidentielle.

[2La superficie de la commune de Saint-Laurent-du-Maroni est comparable à celle du département de l’Ariège.


Lire aussi : En Guyane, l’opposition se lève contre un projet de mine destructeur de la forêt

Source : Hélène Ferrarini pour Reporterre

Photos :
. chapô : Lors du premier tour de l’élection législative partielle, à Maripasoula, dimanche 4 mars. © Hélène Ferrarini/Reporterre
. Maroni : Wikimedia (Maurizio Alì/CC BY-SA 4.0)
. Adam : Wikipedia (Antoine Lamielle/(CC BY-SA 4.0)
. Rimane : @DavidRimane via Twitter

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