La sixième extinction de masse s’accélère à un rythme vertigineux

Durée de lecture : 4 minutes

3 juin 2020



La sixième extinction de masse s’accélère et met en péril la survie de la population humaine : c’est ce qu’affirme une étude, publiée le 1er juin dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Selon l’équipe de chercheurs ayant réalisé cette étude, 515 espèces de vertébrés terrestres sont sur le point de s’éteindre et disparaîtront probablement d’ici une vingtaine d’années.

Ces 515 espèces, qui se trouvent en grande majorité dans des régions tropicales et subtropicales, ont pour triste point commun de compter moins de 1.000 individus. Parmi elles, on retrouve le rhinocéros de Sumatra, la grenouille arlequin, les tortues géantes des Îles Galápagos, ou encore le troglodyte de Clarion, un petit oiseau vivant au sud-ouest du Mexique.

Les scientifiques estiment qu’au cours du vingtième siècle, plus de 237.000 populations (c’est-à-dire de groupes d’individus d’une même espèce vivant sur un territoire donné) appartenant à ces 515 espèces ont été éliminées de la surface de la Terre. Ils en déduisent que la sixième extinction de masse s’accélère à un rythme vertigineux : sans destruction humaine des milieux sauvages, la disparition d’un nombre aussi important d’individus aurait nécessité des milliers d’années.

Le groupe de chercheurs craint que ces 515 espèces n’entraînent dans leur disparition d’autres groupes vivant à proximité. « L’extinction nourrit l’extinction », notent les scientifiques. 84 % des espèces comptant moins de 5.000 individus vivent en effet dans les mêmes zones que celles comptant moins de 1.000 individus. La disparition de ces dernières risque de déstabiliser l’ensemble de l’écosystème. À titre d’exemple, la chasse excessive de la loutre de mer au dix-huitième siècle a mené, par ricochet, à la disparition de la rhytine de Steller (un mammifère marin). L’affaiblissement de la population de loutres de mer avait en effet permis aux oursins de proliférer, altérant les forêts de laminaires dont se nourrissaient la rhytine de Steller. « Ce que nous ferons dans les deux prochaines décennies pour faire face à l’extinction de masse actuelle déterminera le destin de millions d’espèces », explique Gerardo Ceballos, l’un des principaux auteurs de cette étude.

L’espèce humaine pourrait elle aussi être directement menacée par ce bouleversement des écosystèmes. « Lorsque l’humanité extermine d’autres créatures, elle coupe la branche sur laquelle elle est assise, détruisant des parties essentielles du système qui permet le maintien de la vie sur Terre  », explique Paul Ehrlich, professeur à l’Université de Stanford, un des co-auteurs de l’étude. L’épidémie de Covid-19 est un exemple, selon les chercheurs, de la manière dont l’érosion de la biodiversité et la destruction des habitats naturels peuvent menacer l’humanité.

« La conservation des espèces en danger devrait être élevée au rang d’urgence globale, au même titre que le dérèglement du climat auquel elle est liée », insiste Paul Ehrlich.

L’équipe de scientifiques recommande aux gouvernements et aux institutions de s’emparer des questions liées à la destruction des habitats, à la pollution, à la croissance démographique et au réchauffement climatique, qui sont les principaux responsables de l’érosion dramatique de la biodiversité. Ils proposent également d’interdire la vente d’animaux sauvages. « C’est à nous de décider du monde que nous voulons laisser aux prochaines générations, conclut Peter Raven, l’un des co-auteurs. Nous pouvons choisir entre un monde durable ou un monde dévasté, dans lequel la civilisation détruit plutôt qu’elle ne s’inspire de ses succès passés. »

- Sources :
. The Independent
. The Guardian

- Lien de l’étude : Proceedings of the National Academy of Sciences

- Photo : Des espèces de vertébrés terrestres au bord de l’extinction : le rhinocéros de Sumatra (Dicerorhinus sumatrensis)(Rhett A. Butler), le troglodyte de Clarion (Troglodytes tanneri)(Claudio Contreras Koob), la tortue géante d’Espagne (Chelonoidis hoodensis)( G. C.), et la grenouille arlequin (Atelopus varius)(G.C.), dans : Proceedings of the National Academy of Sciences





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