Laits infantiles contaminés : la toxine en cause n’était pas réglementée
Les marques Guigoz et Nidal (Nestlé), Picot (Lactalis), ainsi que Bledilait (Danone) et Babybio sont concernées par ces rappels. - © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Les marques Guigoz et Nidal (Nestlé), Picot (Lactalis), ainsi que Bledilait (Danone) et Babybio sont concernées par ces rappels. - © Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Jusqu’à présent, aucun seuil officiel n’était fixé pour la toxine céréulide, trouvée dans des laits infantiles. L’agence européenne Efsa a publié sa recommandation le 2 février, ce qui occasionne de nouveaux rappels en série.
En langage familier, on parle de trou dans la raquette. Plus l’affaire des laits infantiles contaminés se développe, plus elle révèle de failles dans le contrôle de leur qualité sanitaire par les fabricants, et dans une moindre mesure par les autorités. Des failles que ces dernières s’efforcent de colmater en urgence.
Les rappels en cascade portent sur des poudres pouvant renfermer la toxine céréulide, susceptible de provoquer de graves épisodes de diarrhées chez les nourrissons — deux cas de décès font l’objet d’enquêtes judiciaires. La toxine est produite par certaines bactéries de type bacillus cereus, connues des spécialistes pour être responsables de nombreuses toxi-infections alimentaires.
Or, les analyses des industriels portaient sur la bactérie mais pas sur la toxine en elle-même. Il faut dire que la réglementation fixe un seuil pour la première, mais pas pour la seconde. Cette surveillance indirecte s’est révélée insuffisante. La toxine céréulide est plus résistante à un traitement thermique que la bactérie en elle-même. « L’absence de bactéries viables dans le produit fini ne garantit pas l’absence de toxines », explique désormais le laboratoire spécialisé Mérieux NutriSciences, dans un article en ligne.
Un premier seuil fixé mi-janvier
Alors que l’affaire touche des dizaines de pays, l’autorité européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, a été saisie en urgence. Lundi 2 février, elle a publié une recommandation de sécurité sur la toxine, correspondant à 0,014 microgramme de céréulide par kilo de poids corporel du nourrisson. Les autorités françaises avaient anticipé son application de quelques jours, après avoir fixé un premier seuil mi-janvier.
La lacune réglementaire n’exonère pas les fabricants de laits infantiles : « Ce n’est pas parce qu’une substance ne fait pas l’objet d’une norme spécifique qu’elle est acceptable ou autorisée. Les industriels ont interdiction de mettre sur le marché des denrées alimentaires préjudiciables à la santé », commente Camille Dorioz, directeur des campagnes à l’association de consommateurs Foodwatch, auprès de Reporterre.
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Comment un tel raté a-t-il été possible ? « Est-ce le coût des analyses qui explique que les fabricants ne surveillaient pas la toxine en elle-même ? », s’interroge Camille Dorioz. Du côté des autorités, on reconnaît que de façon générale, les risques liés aux bactéries bacillus cereus sont connus. « Ce qui n’était pas identifié, c’était que le danger soit apporté par une matière première, l’huile riche en acide arachidonique (ARA) », précise-t-on au ministère de l’Agriculture. Cet ingrédient ajouté au lait infantile, fourni à de multiples fabricants par la société chinoise Cabio biotech, est à l’origine de la contamination.
Une liste de rappels qui ne fait que s’allonger
À cette faille s’en est ajoutée une autre, qui a retardé le rappel de certains lots. L’acide arachidonique peut être utilisé sous une forme « encapsulée », qui complique la recherche de la toxine. Concrètement, les analyses réalisées sur la poudre de lait ne permettent pas de la détecter… alors qu’elle sera bel et bien présente une fois l’eau ajoutée pour faire le biberon. Les autorités disent avoir été informées de ce problème par Lactalis, le 20 janvier. « À ce stade, il semble être le seul fabricant concerné par l’utilisation de l’ARA sous cette forme », indique le ministère de l’Agriculture.
L’affaire est loin d’être terminée. Le nouveau seuil de sécurité fixé pour la toxine entraîne une extension des rappels. Par exemple, la marque Babybio a rappelé de nouveaux lots le lundi 2 février au matin, une semaine après un premier rappel. La liste devrait encore s’allonger dans les jours à venir, selon le ministère de l’Agriculture. L’ensemble des références concernées est détaillé sur le site officiel Rappel conso.