Laurent Pinatel dénonce les connivences entre le promoteur de la ferme-usine des Mille vaches et François Hollande

19 avril 2014 / Hervé Kempf (Reporterre)

Sortant de sa garde à vue à Saint Etienne, le porte-parole de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel, a répondu aux questions de Reporterre. Il assure que la première traite n’aura pas lieu en juillet sur la Ferme usine des Mille vaches, et dénonce les liens entre son promoteur et le sommet de l’Etat.


Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, est sorti de garde à vue à 13 h 15 de la gendarmerie de Saint Etienne (Loire). Il y a était entré ce matin. Paysan à Saint-Genest-Lerpt (Loire), M. Pinatel avait refusé de se rendre à une convocation le 18 mars à Abbeville (Somme).

Les faits reprochés : « vol et dégradation en réunion ». Avec des dizaines d’autres paysans, il avait participé le 12 septembre à une action nocturne sur le chantier de la Ferme-Usine des Mille vaches.

Ce matin, Laurent Pinatel est arrivé à la gendarmerie en tracteur, accompagné d’autres paysans en tracteurs également. Environ 150 personnes se sont rassemblées devant la gendarmerie et d’autres sont en train d’arriver. A Abbeville, dans la Somme, un rassemblement de soutien s’est aussi organisé.

M. Pinatel a répondu par téléphone à nos questions :

Reporterre - Comment cela s’est-il passé ?

Laurent Pinatel - Quand je suis arrivé, ils m’ont signifié ma garde à vue immédiate. Je leur ai dit que je n’avais rien à déclarer.

Les gendarmes avaient-ils des éléments nouveaux ?

Ils disent qu’ils ont fait des investigations d’ADN, et qu’ils auraient trouvé mon ADN sur le site des Mille vaches. J’ai du mal à croire que l’Etat français a payé quelqu’un pour faire des investigations d’ADN sur un chantier à cause d’un tag sur un chantier. Ou alors, on marche vraiment sur la tête.

Vous êtes le seul à être poursuivi. Mais il y avait beaucoup de monde, le 12 septembre, lors de l’action. Pourquoi vous ?

Il y a clairement une volonté de criminaliser l’action syndicale. Une volonté de casser le leader, même si je n’aime pas le mot ’leader’, de casser le bonhomme en lui collant garde à vue sur garde à vue. Mais moi, je porte la parole d’un collectif. Et ce collectif a décidé qu’on ne pourrait plus rester passif face à toutes les menaces sur l’avenir des paysans.

Le chantier continue sur les Mille vaches. Envisagez-vous de nouveau des actions sur la ferme-usine ?

Michel Ramery, le promoteur de la ferme-usine, annonce depuis quelque temps une première traite début juillet. Vu sa mobilisation, la Confédération paysanne est en mesure d’annoncer : M. Ramery ne fera pas sa première traite début juillet. On s’en donnera les moyens.

Que pensez-vous des liens avec le PS dans cette affaire ?

Comme l’a révélé l’enquête de Reporterre, il y a une connivence avec les plus hauts sommets de l’Etat. Quand Michel Ramery dit, « Si François me demande d’arrêter, j’arrête », il y a un problème de démocratie dans notre pays. Cela veut dire : « Si mon petit copain à la tête de l’Etat me demande d’arrêter mon projet, j’arrête ». Cela veut dire qu’on est dans le copinage. On voit ce qui s’est passé cette semaine avec Aquilino Morelle, le conseiller en communication de François Hollande.

Quand M. Ramery a-t-il fait cette déclaration ?

A l’automne, lors d’une réunion publique, et c’est un propos que nous a rapporté Novissen. Cela fait plusieurs fois qu’on le cite, et il n’y a jamais eu de démenti. Moi, quand je parle à M. Hollande, je lui dis « Monsieur Hollande », pas « François ». Aucun ministre ne se donne les moyens d’arrêter ce projet. S’ils ne se donnent pas les moyens d’arrêter, c’est que le système leur convient et que ça convient à leur vision de l’agriculture.



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Source : Hervé Kempf pour Reporterre.

Photo : Confédération paysanne (@ConfPaysanne)

Lire aussi : Mille Vaches : la justice cogne, le gouvernement soutient l’agro-industrie.

Et pour comprendre le film depuis le début : Le Dossier de la ferme-usine des Mille Vaches.


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