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Libertés

Le Défenseur des droits saisi pour des violences commises par les gendarmes sur la Zad

Des jets de lacrymogènes toutes les cinq minutes ; des bombes qui permettent de viser directement la tête de personnes pacifiques ; des gendarmes qui retardent plusieurs fois le véhicule évacuant un blessé grave ; des grenades explosives lancées à l’aveugle à travers d’épais nuages de gaz lacrymogène, dans la forêt ou derrière des haies empêchant de distinguer la moindre cible, mais dans le but de toucher les personnes qui s’y étaient réfugiées ; des tirs au Flash-Ball sur une foule se trouvant dans un étroit chemin, ne pouvant donc fuir ; des blessures aux mains, au visage, aux jambes, voire sur tout le corps ; des personnes mises à la porte de l’hôpital quasiment sans soins ; chocs post-traumatiques fréquents...

Voici quelques faits racontés dans les témoignages recueillis par le collectif VigiZAD. Constitué d’habitants, de soignants présents sur la Zad et de soutiens, il a saisi mardi 17 avril le Défenseur des droits Jacques Toubon. Ses membres souhaitent « l’alerter sur la dangerosité des pratiques à l’œuvre dans l’opération d’expulsion en cours et les graves manquements au code de déontologie de la gendarmerie nationale. »

Dans le détail, le collectif a réussi à rassembler de nombreux témoignages de tirs de grenades offensives (GLI-F4)« lancées en cloches et/ou en rafales au lance-grenades jusqu’à 200 mètres, contrairement aux consignes de lancer au sol à la main », note le collectif dans sa lettre au Défenseur des droits. Des projectiles qui ont été « utilisés dans des chemins étroits où la dispersion est impossible », notent-ils encore.

Ils relèvent également un « usage massif de gaz lacrymogènes sur une foule inoffensive et sans capacité de dispersion », parfois alors que les gens sont de dos et tentent d’obéir à l’ordre de dispersion.

Le collectif a assemblé des témoignages tendant également à montrer que cet usage massif de grenades ne se fait pas dans le respect des règles. Ils relèvent, entre autres, des « tirs de LBD [lanceurs de balles de défense, ou Flash-Ball] non-réglementaires sur le torse et au visage pouvant entraîner des mutilations ».

Mais aussi le « non-respect de l’article R434-15 du code de la sécurité intérieure ». Celui-ci précise que les policiers et gendarmes doivent pouvoir être identifiés. Or, « l’obligation de porter un numéro RIO (...) est systématiquement bafouée », indiquent-ils encore au Défenseur des droits.

Enfin, beaucoup de témoignages relatent la sensation de se trouver en zone de guerre, l’hélicoptère et le drone présents en permanence participant « d’un climat anxiogène ». L’impact psychologique de l’intervention sur les personnes présentes apparaît ainsi très fort, certaines faisant état de « symptômes de stress post-traumatique comme des hallucinations, des crises d’angoisse et des souvenirs envahissants. »

Pour rappel, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, le jour du lancement de l’opération d’évacuation de la Zad le lundi 9 avril, assurait que des « consignes de retenue » avaient été données. Ensuite le ministre de l’Écologie Nicolas Hulot, a salué la retenue des gendarmes après sa rencontre avec les zadistes mercredi 18 avril.

Les « Médics » - médecins et soignants mobilisés sur la Zad- recensent de leur côté 272 personnes blessées dont 10 dans un état grave qu’elles ont dû évacuer.

Le collectif VigiZAD conclut sa lettre sur « l’impérieuse nécessité de l’intervention rapide d’une autorité indépendante sur le sujet des violences commises par les gendarmes mobiles à Notre-Dame-des-Landes », invitant le Défenseur des droits à se rendre sur place.

Reste à savoir si le Défenseur des droits se saisira du dossier, et dans quel délai il répondra... La procédure n’aura pas d’impact juridique mais son rapport peut avoir un impact médiatique et légitimer la parole de victimes, notamment lors des procédures juridiques. De son côté, le collectif VigiZAD continue de recueillir les témoignages.

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