Le béton est une source majeure du réchauffement climatique
Action des Soulèvements de la Terre devant un site cimentier à Gennevilliers, le 29 juin 2021. - © NnoMan Cadoret/Reporterre
Action des Soulèvements de la Terre devant un site cimentier à Gennevilliers, le 29 juin 2021. - © NnoMan Cadoret/Reporterre
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Le béton du cimentier Lafarge sera au centre d’actions menées par une coalition de 150 luttes dès le 9 décembre. La fabrication de ce matériau provoque de fortes émissions de gaz carbonique, et il requiert énormément de sable.
Pendant quatre jours, les activistes promettent de faire la fête au béton. C’est le sens des actions organisées du 9 au 12 décembre par une coalition de 150 luttes locales, dont Les Soulèvements de la Terre, partout en France, contre le béton et la cimenterie Lafarge-Holcim.
Des dates qui n’ont pas été laissées au hasard : elles se situent un an après une action de militants écologistes dans une cimenterie Lafarge-Holcim à Marseille, le 10 décembre 2022. Près de 200 activistes s’étaient introduits sur le site du cimentier français, et avaient détruit du matériel et mis le feu à des engins de chantier. Une trentaine d’entre eux ont, par la suite, fait l’objet d’une enquête menée par la sous-direction antiterroriste, un service de police judiciaire française, et de gardes à vue.
« D’une même voix, nous voulons porter un message clair : le règne de Lafarge-Holcim et des autres conglomérats du béton n’est plus une fatalité [...], d’autres manières de construire et d’habiter le monde sont possibles », détaillent dans leur communiqué Les Soulèvements de la Terre. Mais quels problèmes écologique le béton pose-t-il ?
80 % des infrastructures en béton
Matériau phare du domaine de la construction depuis le XXe siècle, le béton se retrouve dans presque toutes les infrastructures françaises, comme des façades ou des balcons. « En France, 80 % de ce que l’on construit est uniquement en béton, explique Guillaume Meunier, consultant bas carbone à l’Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb). Pourtant, la règle dans le bâtiment est que l’on doit construire grâce à la mixité des matériaux, le bon matériau au bon endroit. »
Selon le groupe de réflexion La Fabrique écologique, ses performances mécaniques, thermiques et sa robustesse font du béton l’un des matériaux de construction les plus répandus. Ce mélange de ciment, d’eau et de sable était d’autant plus indispensable lors de l’après-guerre, à partir de 1945 : « C’était une époque où il fallait construire vite, avec peu de monde, peu qualifié et pour pas cher. Le béton remplit ces quatre conditions, explique Guillaume Meunier. L’une des grandes raisons pour lesquelles on continue d’utiliser le béton, c’est l’habitude. À l’inverse, construire en pierre, en bois ou en terre sont des habitudes que l’on a perdues, des métiers qu’on a perdus. »
Fort émetteur de gaz à effet de serre
Le succès du béton a son corollaire, il est une gigantesque source d’émission de gaz à effet de serre. Sa fabrication entraîne d’importants rejets de CO2 : pour créer du béton, les entreprises utilisent un liant, principalement le ciment. Pour obtenir les propriétés du ciment, il faut produire du clinker, un mélange de calcaire et d’argile.
« Il y a deux sources d’émissions. Pour fabriquer du clinker, on chauffe un four à très haute température, explique Adélaïde Feraille, enseignante-chercheuse à l’École des Ponts ParisTech. Mais il y a aussi une réaction physico-chimique pour le produire qui émet du CO2 dans l’atmosphère. »
La seule production de ciment, l’ingrédient clé du béton, a généré 7 % des émissions mondiales de CO2 en 2021, selon l’Association mondiale du ciment et du béton (GCCA). D’après le bureau d’étude Elioth, filiale d’Egis, si l’industrie du ciment était un pays, elle serait en quatrième voire en troisième position du classement des pays les plus émetteurs.
Le sable, victime collatérale
Le problème du béton ne s’arrête pas là. Gourmand en ciment, il l’est aussi en sable, une autre ressource indispensable à sa fabrication. Elle est la deuxième ressource la plus consommée dans le monde après l’eau, aussi utilisée pour le béton.
« Le sable nécessaire à fabriquer du béton doit avoir des propriétés spécifiques et on ne peut pas utiliser le sable du désert. C’est le sable de dragage qui est privilégié, donc du sable de rivière et de mer. Là où l’on construit vraiment beaucoup, comme en Asie, le prélèvement de sable est très important et abîme la faune et la flore », note Guillaume Meunier.
Le dragage de sable aurait notamment conduit à la disparition de vingt-cinq îles d’Indonésie, selon le média indonésien Kompas. Ironie du sort, ce sable servirait majoritairement au développement de sa voisine, la cité-État de Singapour. En France aussi, du sable est extrait chaque année : l’extraction des minéraux non métalliques a atteint 380,6 millions de tonnes en 2018, dont 90 % consistent en sables et graviers, selon les chiffres de l’administration.
Du béton « bas carbone » de façade
Construire sans béton est-il possible ? Dans 56 % des logements individuels en France, le béton peut être remplacé par d’autres matériaux comme la pierre ou la terre crue, selon le bureau d’étude Elioth. « Cependant, certaines parties de bâtiments sont toujours difficilement constructibles sans béton, comme les planchers des hôpitaux ou les sous-sols », dit Guillaume Meunier.
Certaines cimenteries ne semblent pas encore prêtes à diminuer leur production de béton, comme c’est le cas de l’entreprise Lafarge-Holcim. Parmi ses 470 sites industriels implantés en France, répartis sur une soixantaine de départements, 300 sont des centrales à béton. Pointée du doigt pour ses conséquences sur l’environnement, l’entreprise l’est aussi pour ses liens avec l’organisation État islamique en Syrie, qu’elle a reconnus en 2022.
Sans annoncer mettre fin à sa production de béton, la société française a renforcé ses investissements pour décarboner la production de ciment dans ses usines et mettre au point un « liant » expérimental bas carbone. Elle a notamment annoncé, en 2022, investir 3 millions d’euros dans une nouvelle génération de centrales à béton à Toulouse « pour offrir des bétons plus responsables et bas carbone ».
« Les fabricants indiquent produire, pour certains d’entre eux, du “béton bas carbone”, mais la diminution est très faible : moins de 20 % d’émissions de CO2, même si des matériaux plus performants sont annoncés », nuance Sabine Barles, enseignante chercheuse sur l’aménagement de l’espace et de l’urbanisme à l’université Paris Panthéon-Sorbonne.
« On est toujours dans le combat de l’efficacité contre la sobriété, selon Guillaume Meunier. L’efficacité, c’est de mettre le béton le plus respectueux possible, mais on devrait presque plus travailler à la sobriété : mettre moins de béton tout court. »
Contactée, l’entreprise Lafarge n’a pas donné suite à nos sollicitations.