Le calendrier écologiste de Reporterre : une année de temps libre et de révolution !
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Nous entrons dans l’an 09 après l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ! Découvrez la nouvelle édition du calendrier révolutionnaire de Reporterre, qui célèbre le vivant et les luttes.
Pour la troisième année, Reporterre vous offre son calendrier écologique et révolutionnaire. Disponible ici en téléchargement, il rebaptise les noms des mois et des jours en hommage au vivant, aux luttes et aux penseurs de l’écologie. Le décompte des années est lui aussi chamboulé : pour marquer le besoin pressant de changer d’ère et de bâtir une civilisation écologique, nous ne fêtons pas l’an 2026 après Jésus-Christ, mais l’an 09 après l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
La démarche (plus amplement expliquée dans cet autre article) invite à prendre davantage conscience du vivant qui nous entoure et de ses rythmes, et plaide avec humour pour une révolution culturelle mettant la conscience écologique au centre de notre rapport au monde.
Notre calendrier vise également, avec plus de gravité, à rappeler l’enjeu crucial qu’est celui du contrôle du temps. Dans sa vaste entreprise de destruction du monde, de transformation des humains, du vivant et de la nature en marchandises, le capitalisme a besoin de maîtriser le temps.
L’hystérie de l’IA, symptôme de l’accélération
C’est lié à sa nature profonde : le système capitaliste s’écroule s’il cesse d’accumuler des profits. Il lui faut en permanence dégager de nouveaux gains de productivité et inventer de nouveaux débouchés commerciaux pour maintenir ses marges. Autrement dit, il faut produire toujours plus et toujours plus vite : une fuite en avant à l’origine de catastrophes sociales et environnementales en cascade.
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Le constat d’un système qui doit sans cesse accélérer est aussi vieux que la critique du capitalisme, mais il devient alarmant au moment où cette grande accélération de la consommation de ressources et des destructions qu’elle engendre nous rapproche de mortels points de bascule planétaires.
L’hystérie actuelle du monde économique autour de l’intelligence artificielle générative constitue le dernier avatar de ce phénomène. Alors que ces IA, aux conséquences écologiques désastreuses, ne servent fondamentalement à rien et ne répondent à aucune demande émanant de la société, elles nourrissent de folles spéculations et des investissements pharaoniques.
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Certains voient dans l’IA leur planche de salut, un Graal qui prolongerait la quête de croissance économique infinie, laquelle commence à buter sérieusement sur la finitude du monde.
Ainsi que l’analyse le philosophe John Holloway (Penser l’espoir en des temps désespérés, Éditions Libertalia, 2025), le mythe de la croissance est devenu largement fictif, mais continue d’être alimenté pour éviter l’effondrement du système. Le capitalisme est un poulet sans tête. Sa course frénétique vers l’abîme serait simplement ridicule si elle ne nous entraînait pas avec lui.
Libérer le temps
Face à cette accélération mortifère, il y a urgence à ralentir. Le projet écologique de décroissance est l’antithèse du capitalisme, comme le souligne l’économiste Timothée Parrique. Aujourd’hui, la révolution ne doit plus être « la locomotive de l’histoire » que décrivait Marx mais bien « un frein d’urgence », ainsi que le propose le titre de l’ouvrage de Michael Löwy consacré à la pensée de Walter Benjamin.
Accélération contre ralentissement. On pourrait ainsi résumer la bataille du siècle. Cette lutte pour la réappropriation du temps est visible chaque jour. Que ce soit en repoussant l’âge de départ à la retraite ou en supprimant des jours fériés, comme avait tenté de le faire en 2025 François Bayrou lors de son passage à la tête du gouvernement, les élites capitalistes ont besoin de renforcer leur contrôle sur notre temps, de nous faire passer plus d’heures à produire du PIB, pour nourrir la cupidité du système.
En face, notre vitalité, notre désir de créativité, de joie, de liens, d’autonomie et nos refus de n’être que des maillons asservis à la machine productive, constituent le talon d’Achille du capital, explique John Holloway. En bref : notre désir de temps libre est la clé. Nos résistances, nos envies d’être autre chose que des êtres productifs, mis bout à bout, assèchent le moteur de la croissance et pourraient faire vaciller ce colosse aux pieds d’argile.
Il existe mille manières de lutter et mille raisons de le faire, mais nous pensons que cette grille de lecture, de la bataille pour la réappropriation du temps, peut ne pas être inutile pour alimenter ces résistances. Voilà pourquoi, derrière la proclamation bravache et potache d’entrée dans une nouvelle ère écologique, derrière le clin d’œil à Gébé et son utopie de l’an 01, nous espérons contribuer à pousser la bataille des imaginaires.
Le frein d’urgence pourrait se déclencher plus tôt qu’on ne le croit. En attendant, nous vous souhaitons un très bel an 09, dans la joie et la lenteur !