Le gouvernement efface la limitation des produits ultratransformés de sa stratégie alimentaire
D’après Radio France, la mention « limiter les produits ultratransformés » a été retirée à la demande du ministère de l'Agriculture, avec le soutien du Premier ministre. - Wikimedia / CC0 1.0 / Klaus-Dieter Keller
D’après Radio France, la mention « limiter les produits ultratransformés » a été retirée à la demande du ministère de l'Agriculture, avec le soutien du Premier ministre. - Wikimedia / CC0 1.0 / Klaus-Dieter Keller
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Malgré leurs dangers pour la santé, récemment mis en lumière par 43 chercheurs dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, le gouvernement laisse la voie libre aux produits ultratransformés.
D’après les informations de la cellule investigation de Radio France, la mention « limiter les produits ultratransformés » a été effacée de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), plan censé déterminer « les orientations de la politique de l’alimentation durable ».
Une précédente version du texte, adopté début septembre par le gouvernement de François Bayrou mais jamais publié, contenait cette formule. D’après les informations du média, elle été retirée dans la version finale, censée paraître le 28 novembre, à la demande du ministère de l’Agriculture, avec le soutien du Premier ministre Sébastien Lecornu. Ceux de la Santé et de la Transition écologique auraient tenté de s’opposer en vain.
Un « renoncement politique »
La SNANC ne propose désormais plus, sur ce sujet, que d’aboutir à une « définition opérationnelle » de l’ultratransformation. Il s’agit d’une demande récurrente de l’Association nationale des industries alimentaires (le principal lobby du secteur en France), précise Radio France. L’Ania considère en effet la notion « arbitraire », ce que contestent les spécialistes de la nutrition.
Ces aliments, produits via des processus et des ingrédients industriels, comptent pour environ 80 % de l’offre de la grande distribution. Et la recherche montre que leur consommation est liée à un risque accru de développer des maladies chroniques : obésité, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, dépression… Aux États-Unis, elle serait responsable de 14 % des morts prématurées, toutes causes confondues, souligne la récente analyse de The Lancet.
La suppression de cette mention est « un renoncement politique et un signal inquiétant sur l’emprise des lobbies agroalimentaires sur les politiques de santé », estime une source proche du dossier interrogée par Radio France. Le directeur de la communication de l’Ania, Benjamin Le Sant, a été nommé le 17 novembre conseiller technique en charge de la presse au sein du cabinet du Premier ministre Sébastien Lecornu.
En septembre, déjà, l’objectif de « réduction de la consommation » de viande, présent dans une première version de la SNANC, avait été remplacé par un objectif de « consommation de viande équilibrée ».