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En bref — Transports

Le trafic maritime menace l’Antarctique d’espèces invasives

Des manchots à jugulaire, sur un iceberg proche de l'île de la Déception, dans les Shetland du Sud.

L’Antarctique est souvent perçu comme un continent isolé et préservé des activités humaines. Une étude publiée le 10 janvier dans la revue de l’Académie des sciences étasunienne (Pnas) remet en question cette vision idyllique. L’équipe de chercheurs montre que le trafic maritime connecte le « continent blanc » à des milliers de ports internationaux, ce qui favorise l’introduction d’espèces marines potentiellement invasives. Ces dernières pourraient perturber l’écosystème austral.

Afin de parvenir à ces conclusions, la chercheuse Arlie McCarthy (de l’université de Cambridge) et ses collègues ont analysé des données portuaires et des observations satellitaires réalisées entre 2014 et 2018. Cela leur a permis de produire une cartographie précise de la circulation maritime en dessous du 60ᵉ parallèle et d’évaluer les risques « d’encrassement biologique ». Ce terme désigne la formation de couches d’êtres vivants (algues, plantes aquatiques, éponges, etc.) sur des surfaces immergées, comme les coques de bateaux. Ces derniers peuvent faire office de « taxi » et permettre à des organismes de traverser sans effort des dizaines de milliers de kilomètres. L’introduction de ces espèces dans de nouveaux milieux peut avoir des conséquences dramatiques pour la biodiversité.

Les résultats de cette étude montrent que l’Antarctique est connecté, de manière directe ou indirecte, à 1 581 ports à travers le monde. Les îles Shetland du Sud et la péninsule Antarctique, qui concentrent 88 % du trafic maritime dans la région, sont les plus exposées au risque de transfert d’organismes exogènes. Les espèces en provenance de l’Europe du Nord, du sud de l’Amérique latine et du nord-ouest du Pacifique sont les plus susceptibles d’être disséminées jusque dans l’océan Austral, selon l’équipe de chercheurs.

Afin d’atténuer ce risque, les auteurs recommandent de renforcer les protocoles de biosécurité et les normes environnementales. Protéger le continent blanc des espèces invasives est d’autant plus important, expliquent-ils, que la température de l’océan augmente. Cela pourrait faciliter l’implantation d’espèces invasives dans les eaux froides de l’Antarctique, et avec elle « l’homogénéisation biotique » de la planète.

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