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ReportageLuttes

Les énergies renouvelables en sursis : « Détruire la filière, c’est détruire notre avenir »

Lucie, salariée de l’association Énergie Solidaire, lors de la mobilisation à Montpellier, le 10 février 2026.

Les salariés des renouvelables se sont mobilisés, le 10 février, contre la « léthargie » du gouvernement qui menace leurs emplois. Au cœur des inquiétudes, la très attendue programmation pluriannuelle de l’énergie.

Montpellier (Hérault), reportage

Ils ont bravé la pluie pour défendre le solaire. Une centaine de salariés travaillant pour des entreprises d’énergies renouvelables se sont réunis, le 10 février, devant la préfecture de Montpellier — tandis que d’autres manifestaient à Paris. Sur leurs pancartes ruisselantes, des messages d’alerte : « Détruire la filière, c’est détruire notre avenir. »

« Les non-décisions du gouvernement menacent nos emplois », dénonce Éric Honville, l’un des porte-parole du rassemblement, organisé par treize comités sociaux et économiques (CSE) d’entreprises du secteur. Au cœur des inquiétudes, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui doit fixer des objectifs précis pour chaque filière : éolien, photovoltaïque, nucléaire...

Attendue depuis 2022, maintes fois reportée, elle pourrait finalement être dévoilée « en fin de semaine » par décret, selon les dires du Premier ministre, Sébastien Lecornu. « Parmi les scénarios sur la table, certains correspondent à des moratoires, autrement dit à un arrêt du développement des renouvelables », précise Florence Vollaro, également porte-parole de la mobilisation.

Selon France Renouvelables, le lobby du secteur, une trajectoire énergétique revue à la baisse pourrait entraîner « la destruction de 30 000 à plus de 40 000 emplois » en fonction des scénarios retenus. Les énergies vertes emploieraient, directement ou indirectement, quelque 118 000 personnes en France.

Une centaine de salariés ont participé à la mobilisation à Montpellier. © David Richard / Reporterre

Pas de quoi rassurer les salariés de Valorem — un poids lourd de quelque 520 employés —, groupés sous leur parapluie. « On voit des ralentissements spectaculaires dans la réalisation des projets, des plans de restructuration, des licenciements, détaille Aurélie, gilet orange enfilé sur son K-way. On subit la léthargie et les aléas de nos politiques. »

« C’est le climat qui trinque »

Les macronistes n’ont en effet cessé de souffler le chaud et le froid sur les pales des éoliennes. « D’un côté, le gouvernement a poussé une loi d’accélération sur les énergies renouvelables [par ailleurs fortement critiquée], de l’autre, il a brandi l’idée d’un moratoire », se désole Florence Vollaro.

Un « stop and go » délétère, selon Julia Mignacca, travailleuse du secteur et membre de la liste insoumise aux municipales de Montpellier. « On connaît tous des projets portés pendant des années par des salariés passionnés, qui s’effondrent du jour au lendemain parce qu’un tarif d’achat a changé », explique-t-elle. En 2025, l’État a notamment sabré les aides aux petites et moyennes installations solaires.

Pour nombre de manifestants, il s’agit d’un «  intérêt général  ». © David Richard / Reporterre

In fine, « c’est le climat qui trinque », soupire Françoise, administratrice au sein de la coopérative Enercoop Languedoc-Roussillon. 60 % de l’énergie française provient toujours des fossiles. Pour sortir de cette dépendance, « on a besoin d’électrifier nos usages, et de le faire tout de suite, poursuit la militante. Développer le nucléaire, ça va prendre des années, alors que les renouvelables, on peut les déployer rapidement ! »

Pour nombre de manifestants, il ne s’agit donc pas « d’un combat corporatiste, mais bien d’intérêt général », comme l’explique Julia Mignacca. Parmi les trajectoires analysées par le Giec, toutes celles qui sont compatibles avec les objectifs climatiques s’appuient sur un développement massif des renouvelables. « L’énergie de demain crée les emplois d’aujourd’hui », résume ainsi une affiche dégoulinante.

Salariés et membres d’associations étaient présents à la mobilisation. © David Richard / Reporterre

À côté d’un panneau photovoltaïque indiqué « Hors service pour cause de lâcheté politique », Lucie sert son drapeau Solidaires. Elle travaille pour une association de la rénovation, Énergie Solidaire, mais se sent aussi concernée par la mobilisation. « On ne fera pas la transition énergétique sans réduire nos consommations — notamment via la rénovation — ni sans développer les renouvelables, souligne-t-elle. Ce sont les deux jambes avec lesquelles il faut avancer. » Des jambes toutes deux amputées par le gouvernement.

Une socialisation de l’énergie

L’ensemble des manifestants réclame donc un « cap politique clair » et une « PPE ambitieuse, stable et cohérente », selon les revendications du syndicat Printemps écologique. Au micro, Adrien enfonce le clou : « Nous refusons que des compétences, des savoir-faire et des outils industriels soient sacrifiés alors même que la France doit renforcer sa souveraineté énergétique et industrielle », insiste ce salarié de Q Energy — 220 employés en France —, son communiqué de presse froissé par l’humidité.

Les travailleurs et syndicats demandent notamment une «  PPE ambitieuse, stable et cohérente  ». © David Richard / Reporterre

Mais pour Tom, syndicaliste à Sud Énergie, le problème n’est pas uniquement dû à « l’instabilité réglementaire ». « On touche surtout aux limites d’un modèle énergétique fondé sur la concurrence et la marchandisation, affirme-t-il. Notre filière dépend à la fois de la puissance publique et d’un marché libéralisé, c’est totalement contradictoire ! » C’est pourquoi son syndicat propose ainsi une socialisation de l’énergie — avec un retour d’une forme de propriété publique.

Le militant espère aussi que le mouvement du 10 février débouchera sur une syndicalisation plus grande des travailleurs du secteur. « Jusqu’ici les renouvelables ont été portées et défendues par des lobbies, comme France Renouvelables, qui représentent avant tout les intérêts patronaux, indique-t-il. Il faut que les salariés s’organisent pour ne plus être la variable d’ajustement. »

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