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Énergie

Les expulsions augmentent : la faute, aussi, aux factures d’énergie

Manifestation de l'association Droit au logement (DAL) à Paris, le 29 mars 2025.

En 2025, les expulsions ont atteint un niveau record. C’est notamment à cause de la précarité énergétique, liée à une baisse des aides publiques et à une hausse des prix de l’électricité.

Avec la fin de la trêve hivernale, le 31 mars au soir, des milliers de locataires vivent de nouveau dans l’angoisse d’une expulsion de leur logement. Elles n’ont jamais été aussi nombreuses : près de 30 500 ménages ont dû quitter leur logement avec le concours de la force publique en 2025, selon les données de la Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ). En un an, leur nombre a bondi de 27 %. Un chiffre sous-estimé. [1]

La hausse du coût de la vie, et notamment des factures d’électricité et de gaz, est une raison de l’incapacité de certains ménages à payer leur loyer. « La hausse des expulsions suit la même courbe que celle des difficultés à payer ses factures d’énergie, confirme Maider Olivier, chargée de plaidoyer à la Fondation pour le logement des défavorisés. Les personnes que nous accompagnons font face à un budget contraint et avec des loyers en hausse, elles arbitrent entre leurs différentes dépenses et in fine, le loyer n’est plus payé. Avant d’en arriver là, beaucoup se sont déjà privées de se chauffer. »

Ainsi, si la loi antisquat Kasbarian-Bergé adoptée en 2023 facilite et accélère les procédures, ce record s’inscrit dans un contexte de pression croissante sur les ménages les plus précaires, marqué par la hausse des factures énergétiques et une baisse des aides. Fini le bouclier tarifaire. Quant au chèque énergie, il n’est ni augmenté, ni élargi.

Résultat : selon le dernier baromètre de l’Observatoire national de la précarité énergétique, publié cet automne : 45 % des locataires ont eu des difficultés à payer leurs factures d’énergie et ont souffert du froid chez eux, en 2024.

Passoires thermiques

Les plus précaires, en plus d’être contraints par leur budget, sont en plus surreprésentés dans les passoires thermiques. « Une passoire énergétique en location sur trois appartient au décile de ménages les plus riches, indique Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons pour le réseau Cler. Dès lors, il apparaît que les propriétaires pourraient parfaitement réaliser les travaux de rénovation, ce qui baisserait les charges des locataires, et leur permettrait de payer leur loyer plus aisément. »

Pour Maider Olivier, ce record d’expulsions en 2025 n’a rien d’étonnant : « Entre les charges qui augmentent et les aides qui diminuent, rien n’est fait pour réduire les factures d’énergie, et donc prévenir les expulsions. »

« Rien n’est fait pour réduire les factures d’énergie »

Dans le détail, la hausse des expulsions remonte à la crise énergétique de 2022 qui a fragilisé de nombreux ménages. Compte tenu des délais de procédure, de huit à vingt mois en moyenne, les expulsions observées aujourd’hui correspondent à des situations enclenchées dès 2023 ou 2024, selon la Chambre nationale des commissaires de justice.

Si pendant la crise de l’énergie en 2022-2023 le bouclier tarifaire a plafonné l’explosion des coûts, celui-ci a été supprimé en 2024. Depuis, les prix restent élevés : en 2024, le prix de l’électricité a augmenté en moyenne de 18 % et le gaz de 14 %. « On reste sur un plateau haut, pour les ménages les plus précaires, la hausse des prix continue de peser lourdement sur leur budget et pour eux, la crise énergétique reste bien réelle », poursuit Maider Olivier.

Chèque énergie : pas de hausse et pas plus de bénéficiaires

Parallèlement, le chèque énergie, envoyé à partir de ce mercredi 1er avril aux 3,8 millions de foyers les plus modestes pour les aider à régler leur facture d’électricité et de gaz est d’un montant de 150 euros depuis 2019. « Malgré la hausse des prix de l’énergie, il n’a pas été revalorisé », critique Clarisse Berger, chargée d’études Énergie et logement au sein de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir. Pour elle, « s’il reste un outil indispensable pour soulager le pouvoir d’achat des ménages concernés, son montant, ne représentant qu’environ 8 % de la facture annuelle moyenne d’un foyer, reste largement insuffisant pour couvrir les dépenses en énergie ».

Et contrairement aux annonces de Sébastien Lecornu, le chèque énergie n’a pas été élargi à 700 000 personnes supplémentaires, précise Clarisse Berger : « Ces 700 000 personnes étaient déjà éligibles, mais elles n’étaient pas identifiées automatiquement auparavant. »

En outre, l’an dernier, le décalage du versement du chèque énergie en novembre au lieu d’avril, soit sept mois plus tard, a encore aggravé la situation pour les ménages les plus modestes.

MaPrimRénov’ plafonnée à 50 000 euros

À côté de ça, Clarisse Berger déplore le poids de plus en plus important des certificats d’économie d’énergie (CEE) dans les factures de gaz et d’électricité. Ce dispositif, qui oblige les fournisseurs d’énergie à financer des actions de sobriété et de rénovation, est en grande partie payé... par les consommateurs, sans réelle transparence.

« Les CEE ne sont pas suffisamment fléchés vers la rénovation énergétique des particuliers. Ces derniers servent de variable d’ajustement », estime Clarisse Berger. Cela ne devrait pas s’arranger : Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique et de la Biodiversité, a annoncé une nouvelle augmentation de 27 % de l’enveloppe allouée aux certificats d’économies d’énergie (CEE) dès 2026.

Et ce n’est pas la réouverture de MaPrimRénov’ qui va améliorer la situation. Suspendu l’an dernier, le dispositif d’aide à la rénovation des logements sera en grande partie mobilisé pour financer les 83 000 dossiers en attente. Surtout, « le plafond de financement des travaux est passé de 70 000 euros à 50 000 euros, et le bonus de 10 000 euros pour la sortie des passoires énergétique, destiné aux ménages les plus précaires a été supprimé », regrette Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons pour le réseau Cler.

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