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Les riches utilisent davantage les TGV, indiquent les statistiques

10 février 2011 / Julien Milanesi



Les études statistiques confirment que les TGV sont d’abord utilisés par les couches les plus prospères de la société.

Selon Guillaume Pepy, président de la SNCF, « en France, 120 millions de voyages sont faits chaque année en TGV, et 70 % par des voyageurs individuels pour raisons familiales, loisirs, tourisme... Ce n’est pas un train de luxe ».[1] Cette opinion est partagée par Jean Sivardière, président de la FNAUT (Fédération nationale des usagers de transport), qui affirmait récemment dans un courrier au site Reporterre que : « en 2009, le TGV a transporté 97 millions de voyageurs. Si seuls les Français riches, dont les hommes d’affaires, utilisaient le TGV, un tel chiffre n’aurait pu être atteint. La clientèle du TGV (comme celle de l’avion) est plus diversifiée socialement qu’on ne le croit généralement. » [2]

Voyons ce que disent les données les plus récentes sur le sujet, récoltées entre 2007 et 2008 lors de la dernière Enquête Nationale Transport et Déplacement (ENTD)[3].

Les plus aisés voyagent davantage

L’observation a malheureusement l’allure de l’évidence, mais plus on est riche et plus on voyage. Selon les services du ministère des Transports, « la mobilité à longue distance[4] (…) demeure très inégalement répartie au sein de la population, près de la moitié des personnes enquêtées n’ayant pas voyagé au cours des trois mois précédant le passage de l’enquêteur. Une partie de la population voyage donc de plus en plus, tandis qu’une part constante ne voyage pas. (…) Une interprétation centrale que nous développerons au fil des notes à venir, est que la mobilité à longue distance, en tant que mobilité non contrainte, est beaucoup plus sensible aux paramètres socioéconomiques que la mobilité locale, et en particulier aux ressources financières résiduelles des ménages disponibles pour les dépenses non contraintes. Elle dépend donc à la fois de l’évolution des revenus, de leur distribution au sein de la population, du poids des dépenses contraintes dans le budget des ménages, mais elle dépend aussi du pouvoir d’achat de ces revenus, et donc du coût d’usage. »[5]

Le nombre de kilomètres parcourus par personne lors de voyages à longue distance varie du simple au quintuple selon qu’on fait partie des 10% de français les plus pauvres (1er décile) ou des 10% les plus riches (10e décile). La mobilité à longue distance augmente avec le revenu, un phénomène accentué par les voyages professionnels.

Ces résultats peuvent être complétés par les données différenciant les voyages selon la catégorie socio-professionnelle (CSP). Celles-ci montrent que les ouvriers voyagent environ quatre fois moins que les cadres (trois fois moins si on ne considère que les voyages personnels) et que plus généralement les employés, les agriculteurs, les chômeurs et les retraités voyagent également moins que les cadres, les professions intermédiaires et les artisans-commerçants.

Plus on est riche, plus on voyage, ceci crée donc un premier biais social dans l’usage du TGV, qui est quasi essentiellement un moyen de transport à longue distance.

Le TGV est un moyen de transport socialement marqué

Resserrons à présent l’analyse sur les voyages à longue distance réalisés en train. L’ENTD montre que ce mode de transport est particulièrement sélectif socialement : les ouvriers ont fait en 2008, en moyenne, 0,4 voyage en train tandis que les cadres en faisaient 4. La comparaison avec la dernière étude réalisée en 1994 montre par ailleurs que cette différence s’est accrue.

Venons en maintenant plus particulièrement à l’usage du TGV. 28 % des déplacements [6] réalisés en TGV en 2008 étaient effectués par des individus appartenant à la catégorie des 10 % les plus riches. A l’opposé, seulement 3 % des déplacements ont été effectués par des individus appartenant aux 10 % les plus pauvres. Si nous élargissons un peu le spectre des revenus, nous constatons que plus de 50 % des déplacements en TGV ont été réalisés par des voyageurs comptant parmi les 30 % de français les plus riches, tandis que moins de 14 % des déplacements concernaient les 30 % les plus pauvres. A l’inverse nous observons sur le même graphique que les autres types de train sont proportionnellement beaucoup plus utilisés par les individus les plus pauvres. La clientèle de ces trains n’est indéniablement pas la même que celle des TGV.

Les usagers du TGV sont en majorité issus de ménages dont la personne de référence est cadre ou a une profession intermédiaire. Ils représentent 56 % des déplacements réalisés avec ce type de train (et 28 % de la population totale) contre 15,4 % pour les ménages d’employés et d’ouvriers (dont la part dans la population totale est de 31 %). A l’inverse les autres trains apparaissent davantage comme des trains d’ouvriers et d’employés [7].

Les résultats de la dernière enquête de grande ampleur sur la mobilité réalisée en France apportent ainsi une image différente de l’usage du TGV que celle qu’en ont les présidents de la SNCF et de la FNAUT. Les données récoltées montrent que les ménages français les plus aisés voyagent beaucoup plus sur des longues distances que les plus pauvres et que l’usage du TGV est socialement marqué en faveur des ménages les plus riches, dont la personne de référence est cadre ou exerce une profession intermédiaire.

L’investissement public dans de nouvelles lignes à grande vitesse n’est donc pas socialement neutre.

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Notes :

[1] Le Monde, 16 octobre 2008

[2] http://www.reporterre.net//spip.php...

[3] Enquête conduite par le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de la Mer (MEEDDM), l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) et l’Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS).
Les données sont téléchargeables ici.

[4] La mobilité à longue distance est définie dans l’enquête comme l’ensemble des déplacements réalisés par les individus à plus de 80 kilomètres à vol d’oiseau de leur domicile.

[5] Setra, Avril 2010, Fiche 2, "Evolution des volumes et caractéristiques des voyages à longue distance".

[6] "La notion de voyage se réfère à l’ensemble des déplacements effectués par une personne au départ de son domicile jusqu’à ce qu’elle y revienne. (…) Un déplacement est défini comme un mouvement d’une personne entre un lieu de départ, dénommé « origine », et un lieu d’arrivée, dénommé « destination ». Par définition, il est associé à un motif unique, tout changement de motif entraînant un nouveau déplacement." (Setra, Avril 2010, Fiche 2, "Evolution des volumes et caractéristiques des voyages à longue distance").

[7] La distinction entre déplacements professionnels et personnels n’apporte que des modifications marginales à ces résultats. C’est pourquoi nous avons choisi de ne pas la faire apparaître.




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Lire aussi : Les LGV sont nécessaires

Source avec les graphiques : http://blogs.mediapart.fr/blog/juli...

Julien Milanesi est économiste.

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