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ReportageLuttes

Licenciements à ExxonMobil : « Ce qu’il se passe ici, c’est le contraire de la transition »

À Port-Jérôme, le 21 juin 2024.

Le géant pétrolier Exxonmobil a annoncé la suppression de 647 emplois en Seine-Maritime. Un choc pour ces salariés de la pétrochimie qui, inquiets du futur des conditions de travail dans le secteur, se mobilisent.

Port-Jérôme (Seine-Maritime), reportage

« On a une direction qui est inhumaine, qui ne respecte aucun accord et aucun salarié », lâche Christelle Lemonnier, responsable informatique et déléguée Force ouvrière à la raffinerie de Port-Jérôme, en Seine-Maritime.

Cuves, cheminées et torchères s’y étendent telle une forêt sur plus de 300 hectares dans ces lieux immenses. Aux alentours de l’entrée A du site industriel ExxonMobil, le bitume calciné témoigne de l’opiniâtreté avec laquelle les ouvriers de la raffinerie tiennent tête à la direction depuis plus de deux mois.

Les salariés sont mobilisés depuis plusieurs semaines en Seine-Maritime. © Émilie Sfez / Reporterre

Vendredi dernier à l’appel de plusieurs syndicats, plusieurs centaines de personnes se sont réunies en face de l’usine située en bord de Seine, à une trentaine de kilomètres en amont du Havre. Elles ont contesté la décision du groupe texan de fermer l’unité chimie de la raffinerie, qui produit des plastiques, et exigé de meilleures conditions de départ.

C’est le 11 avril dernier que les salariés ont appris sans aucun préavis la décision de la multinationale qui annonçait également la revente de sa raffinerie de Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône. Une nouvelle particulièrement dure à encaisser, au vu des 647 emplois qui devraient être supprimés sur le site normand.

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté aux abords de l’usine. © Émilie Sfez / Reporterre

« Je suis rentré en 2007 dans l’unité Vistalon et qui a été fermée en 2020, il y a aussi une autre unité de caoutchouc synthétique, l’unité Butyl qui a été fermée en 2015 », confie Pierre-Antoine Auger, opérateur sur la ligne polypropylène et délégué Force ouvrière. Selon lui, il ne fait aucun doute que cette décision du groupe s’inclue dans un plan de fermeture progressive de ses activités en France.

Pourtant, cette société qui a engrangé 55 milliards de bénéfice en 2022 et près de 40 milliards en 2023 est très loin d’être en mauvaise santé financière. Elle est au contraire l’une des entreprises les plus rentables de la planète. Cette même année, son président, Darren Wood, a quant à lui empoché la somme de 37 millions de dollars pour son activité de direction.

« Ce qu’il se passe ici, c’est le contraire de la transition »

« Ce qu’il se passe ici, c’est le contraire de la transition », déplore Céline Brulins, sénatrice PCF qui était venue soutenir les salariés en lutte. Rencontrée durant le rassemblement, cette dernière dénonce l’avidité du groupe : « On va aller produire avec du gaz et du pétrole de schiste aux États-Unis et dans le Sud-est asiatique avec des activités pétrolières qui vont polluer tout autant voir encore plus », fait remarquer l’élue.

Sur les coups de 14 heures, la manifestation s’élance en direction de la mairie de Port-Jérôme. La foule composée de salariés de l’unité chimie, mais également de nombreux autres soutiens, semblait bien petite en empruntant le large et vide boulevard industriel qui longe la raffinerie sur plus de 2 km, perdue dans ce lieu aux proportions surréalistes.

« Nous ce qu’on demande c’est de quitter cette entreprise, mais dignement »

Désormais, la question pour les salariés est de savoir dans quelles conditions se passeront les départs. Si la direction a accepté un certain nombre de mises à la retraite anticipée, les garanties données aux employés plus jeunes sont, selon les syndicats, insuffisantes. « Nous ce qu’on demande c’est de quitter cette entreprise, mais dignement », glisse Pierre-Antoine Auger.

Sur cette zone industrielle, de nouvelles usines présentées comme « vertes » devraient ces prochaines années voir le jour avec notamment la construction du plus grand site de production d’hydrogène par électrolyse au monde.

Même si ces nouvelles installations impliqueront la création de nouveaux emplois, Gilles Telal de la CFE-CGC évoque pourtant le risque de perte de droits pour les employés se retrouvant dans ces nouveaux secteurs, souvent dépourvus d’accords de branche.

Les syndicalistes se disent inquiets pour le futur des salariés qui resteront dans ce domaine de l’industrie. © Émilie Sfez / Reporterre

« Un opérateur en raffinerie qui va aller s’occuper des éoliennes au large de Fécamp ne sera sûrement pas payé de la même manière » déplore le syndicaliste — également représentant des salariés français de son syndicat au comité européen — qui déplore autant l’inhumanité du groupe Exxon que des industries « vertes » qui se développeraient aux dépens des droits des travailleurs.

Une appréhension également partagée par Christelle Lemonnier : « Les personnes qui vont être licenciées vont aller dans d’autres boîtes, certes, mais elles seront payées au lance-pierre parce que ce sont des boîtes qui pour l’instant ne font pas partie de conventions comme la convention pétrolière. »




Notre reportage en images :


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