Lobbying de la FNSEA, violences policières, EDF et les énergies renouvelables… l’édito des lecteurs

22 mars 2017 / Les lecteurs de Reporterre



Voici, comme chaque mois, l’édito des lecteurs de Reporterre, une sélection des nombreux courriels que nous recevons tous les jours. Messages de soutien, réactions à des articles, coups de cœur, coups de gueule, témoignages… cette tribune mensuelle vous est ouverte. Merci de nous lire et de réagir !

Si vous souhaitez participer au courrier des lecteurs, n’hésitez pas à nous envoyer un courriel à planete (arobase) reporterre.net, en spécifiant [courrier des lecteurs] dans l’objet. À bientôt !


Violences policières : des dizaines de victimes, la police impunie

N’ayant jamais été confrontée aux forces de l’ordre moi-même, j’écoute partout autour de moi pour comprendre l’ambiance actuelle et démêler le vrai du faux, l’exagéré du non vérifié et du détourné, etc. J’en entends de toutes les couleurs, et ce que je comprends surtout, c’est que chacun parle de ce sujet à travers sa sensibilité personnelle et quasiment jamais en cherchant la stricte vérité et le neutre. Cependant est-ce possible ?

Il me manque une info cruciale pour comprendre l’article sur les violences policières : les cas relevés font-ils partie d’une liste choisie d’affaires où les policiers n’ont pas été sévèrement condamnés, ou bien d’une liste d’affaires tout court, qui se veut exhaustive et sans tri fondé sur la nature du jugement ? L’hypothèse 2 signifierait que les policiers ne sont jamais condamnés sévèrement. Par contre, l’hypothèse 1 ne prouve pas cela, puisque c’est une liste restreinte à cette hypothèse. Or le ressenti à la lecture de l’article est bien différent, et va de « c’est tous des pourris et des vendus » à « y a beaucoup d’affaires où les proches ont porté plainte, où les médias ont parfois promu cette vision du flic ripou, mais où la justice a conclut que ce n’était pas le cas ».

Hélène

  • Reporterre — Il n’existe pas de liste exhaustive relatant l’ensemble des personnes décédées en présence des forces de l’ordre ainsi que les suites judiciaires éventuelles, et les décisions de justice définitive.
    J’ai fondé mon travail sur deux documents : la liste de personnes décédées établie par des collectifs de victimes (essentiellement Urgence notre police assassine), recoupée avec celle effectuée par nos confrères de Bastamag !. À partir de ces éléments, je suis allée vérifier dans les coupures de presse les décisions de justice.
    Étant donné le nombre d’affaires, j’ai choisi de mettre en avant celles où il y avait des suites judiciaires et une peine prononcée. J’ai ensuite extrait plusieurs exemples d’affaires où le dossier n’aboutit pas à des peines, mais à des classements sans suite ou des non-lieux, ce qui était la conclusion dans de très nombreux dossiers, proportionnellement au nombre de cas où des peines ont été prononcées. Je n’ai pas opéré de sélection en fonction de la lourdeur ou légèreté de la peine ni en fonction des chefs d’inculpation.

L’écopsychologie veut renouer le lien entre les humains et la nature

Pour moi, cet article induit en erreur, car l’auteur parle surtout du « travail qui relie », un ensemble d’exercices pour se relier à la Terre et au vivant. Or ces exercices ne représentent qu’une petite partie du champ beaucoup plus vaste de l’écopsychologie.

Il y a aussi pour moi un contresens, quand une des personnes interviewées explique que « l’écopsychologie ne vise pas la résolution de nos problèmes psychiques, mais bien un changement de société ». L’écopsychologie a été pensée au départ pour comprendre comment nos problèmes avec la planète sont en lien avec les problèmes que nous avons avec nous-mêmes. Tout changement de société a à voir avec un changement personnel.

En tant que psychiatre et psychothérapeute m’intéressant au domaine de l’écopsychologie, j’aimerais signaler également que les stages proposés ne sont pas tout à fait sans risque puisque, comme il est dit, il est question d’accueillir « ses émotions négatives » et de dynamique de groupe. Est-ce que les personnes qui accompagnent ce genre d’expérience sont vraiment habilitées à le faire ? De quelle formation relèvent-elles ?

Marie

  • Reporterre — L’« autre son de cloche » que vous proposez est le bienvenu, car il illustre la pluralité des approches de l’écopsychologie.
    De fait, les personnes interrogées dans mon enquête proposent, elles aussi, différentes visions, politiques, thérapeutiques, écologiques. S’il était impossible de traiter la totalité d’un tel sujet dans un seul article, il importait à la rédaction que la parole soit donnée à des gens à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, avec de solides connaissances académiques pour apporter un regard critique sur le phénomène.
    Pour ce qui est du « travail qui relie », je l’ai en effet choisi comme angle principal de cette enquête, car il semble le plus représentatif de ce qui est actuellement proposé au public d’Europe francophone comme porte d’entrée dans l’écopsychologie. 

Ecosia dans tous les lycées !

J’ai seize ans, je suis actuellement en seconde et ne suis pas spécialement écolo. J’ai créé une pétition sur le site change.org, qui servira à installer Ecosia sur les ordinateurs des lycées et collèges de France. Ecosia est une extension de navigateur qui permet la reforestation de certaines forêts. Elle est intégralement gratuite, sécurisée et très simple à installer. Je suis détaché des créateurs de ce système, c’est personnellement que j’ai choisi de soutenir cette cause. Seulement, nombre d’entre nous se plaignent aujourd’hui de la pollution, du réchauffement climatique… Les arbres permettent de réguler la température et absorbent une partie des gaz toxiques. Ils équilibrent l’air en consommant du CO2 et en relâchant de l’oxygène. Ils sont essentiels à la survie humaine et à beaucoup d’espèces animales qui vivent à leurs dépens. Si cela vous intéresse, en voici le lien.

Gaspard


L’enseignement agricole devrait parler de l’agriculture de l’avenir, pas du vieux productivisme

Merci d’avoir pris la parole dans Reporterre, M. Burnet. Je ne pense pas vous avoir eu comme enseignant, et quel dommage ! Moi aussi, étudiante de l’enseignement agricole, je n’en peux plus des travers de cet enseignement pourtant si prometteur par bien des aspects.

Je ne veux plus que l’on m’apprenne à emprunter, car seule la dette a une valeur lorsque l’on s’installe. Je ne veux plus que l’on me parle d’un renouvellement de matériel aberrant dans le seul but de provoquer l’achat. Je ne veux plus que le Crédit agricole vienne m’expliquer que le pire ennemi de l’exploitant agricole, ce sont les médias. Je ne veux plus que, seul à intervenir, le syndicat des Jeunes Agriculteurs s’impose comme l’unique interlocuteur pour celui ou celle qui va s’installer, me parlant de sa ferme idéale, spécialisée et intégrée aux filières.

Je ne veux plus que mes enseignants me coupent la parole pour m’expliquer que les jeunes de Maisons familiales rurales « ne sont pas capables d’avoir ce niveau de réflexion », et ce, en leur présence !

Je ne veux plus voir d’étudiants Bac +2 (BTS) incapables d’avoir un esprit critique, faute d’apprentissage. Je ne veux plus que les étudiants agricoles ne représentent pas l’avenir de l’agriculture. Je ne veux plus que les enseignants n’osent pas proposer des contenus alternatifs, de peur de créer le débat. 

Camille


L’arnaque d’EDF sur les énergies renouvelables

Avec sa campagne Mon soleil & moi, EDF ENR booste la promotion de l’autoconsommation dans les grands médias, dans le but de faire croire que c’est une bonne affaire pour les particuliers.

EDF ENR dans son dossier de presse présente l’autoconsommation comme « une innovation au service de la transition énergétique », mais propose pour les particuliers des puissances photovoltaïques réduites de 1 à 5 kWc, alors que le meilleur tarif d’achat de l’électricité solaire, avec des modules intégrés en toiture, permet d’aller jusqu’à 9 kWc. Ainsi, EDF ENR propose donc une transition énergétique peau de chagrin, optimisée pour nuire le moins possible à sa « chère » production nucléaire.

Il nous est aussi proposé l’installation dans notre jardin d’une Smartflower avec tracker, d’un prix double d’une installation photovoltaïque courante, et aussi une version améliorée avec batterie, d’un prix triple, de quoi satisfaire les bobos friqués.

Les installations photovoltaïques traditionnelles produisant une électricité moins chère que celle que nous vend EDF, cette campagne de promotion de l’autoconsommation vise donc à rendre plus complexes, donc plus fragiles et moins rentables les centrales solaires des particuliers. Aussi, ne cédez pas à l’intoxication ambiante financée par EDF grâce à nos factures, et installez chez vous une centrale photovoltaïque basique jusqu’à 9 kWc, pour bénéficier du meilleur tarif d’achat et consommer une électricité moins chère que celle d’EDF.

Jean-Louis, ingénieur, ancien artisan en énergie solaire


La FNSEA veut faire disparaître les petits cours d’eau de nos cartes

Pour être en discussion régulièrement avec des agriculteurs et représentants agricoles (Chambre et FNSEA) sur les problématiques de protection de la ressource en eau — en tant que salariée de l’Agence de l’eau — je peux témoigner que les agriculteurs cherchent à concilier production agricole et entretien des territoires en bonne intelligence. Par exemple, l’entretien des fossés s’avère nécessaire notamment pour la prévention des risques inondation.

J’avoue être gênée par le discours qui condamne systématiquement la profession agricole et la FNSEA. Tout n’est pas noir, et chercher à motiver et soutenir les pratiques qui évoluent positivement sur le terrain me semble primordial. Par exemple, dans le guide de la FNSEA, le cas des zones humides est mentionné ainsi que la diversité des cours d’eau à prendre en compte (cours d’eau anthropisé, temporaire).

Et la carte des cours d’eau va déboucher sur des guides d’entretien des cours d’eau, pour clarifier des situations qui deviennent inextricables sur le terrain. N’est-ce pas une démarche qui prouve l’avancée constructive de la concertation avec la profession agricole, en cohérence avec les problématiques du terrain ?

Ainsi, il me semble que la sanctuarisation systématique de la nature n’est pas une posture souhaitable. Dédouaner les pratiques de l’agriculture intensive non plus d’ailleurs. Mais quand les acteurs de la protection de l’environnement cherchent à tout mettre sous cloche, c’est prendre le risque d’avancer des objectifs inatteignables, et que rien n’avance concrètement sur le terrain. Stigmatiser la profession agricole, c’est renier les efforts qui sont effectués par des agriculteurs, qui peuvent se braquer et ainsi empêcher une relation où un dialogue constructif puisse être envisagé pour une réelle évolution des pratiques.

Solène

  • Reporterre — Il n’était pas question avec cette enquête de stigmatiser les agriculteurs — qui bien souvent cherchent à avancer et à améliorer les choses —, mais de pointer un lobbying puissant mené par la FNSEA pour assouplir les normes environnementales. Plusieurs associations (très inquiètes) nous ont contactés, non pas dans un but de « mise sous cloche », mais dans l’idée de préserver ce bien commun que sont nos cours d’eau. Nous sommes en tout cas sur la même longueur d’onde : défendre une écologie qui prenne en compte tous les acteurs, et trouver un équilibre entre sanctuarisation et destruction.



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Lire aussi : Tafta, nucléaire, miel, cotons-tiges… L’édito des lecteurs

Source : Courriels à Reporterre

- Dans le courrier des lecteurs, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Dessin : © Red ! /Reporterre

Illustrations :
. violences : © Nnoman pour Reporterre
. écopsychologie : © Samuel Socquet/Reporterre
. enseignement agricole : © Berth/Reporterre
. rivière : Wikipedia (Pierre Bona/CC BY-SA 3.0)

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