Manifestation contre l’A69 : l’État prépare les esprits à une répression brutale
Action d'Extinction Rebellion à Toulouse contre l'autoroute A69, le 4 juin 2024. - © Antoine Berlioz / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Action d'Extinction Rebellion à Toulouse contre l'autoroute A69, le 4 juin 2024. - © Antoine Berlioz / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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L’État a interdit la grande manifestation contre l’A69, du 7 au 9 juin, entre Toulouse et Castres. Présentant les militants comme voulant en « découdre », il prépare l’opinion aux débordements dans les deux sens.
« N’en déplaise à Gérald Darmanin et ses sbires, nous n’allons pas nous arrêter là. » Hors de question de tergiverser. Les militants opposés au projet d’autoroute A69 appellent à un rassemblement massif, du 7 au 9 juin, entre Toulouse et Castres. Le 4 juin, face à une Assemblée nationale tumultueuse, le ministre de l’Intérieur a déclaré vouloir interdire la tenue de l’acte 3 de cette mobilisation nationale, baptisé « Roue libre ». Gérald Darmanin assurait alors à l’hémicycle que « 5 000 personnes dont 600 black blocs » s’apprêtaient à « en découdre avec les forces de l’ordre, s’en prendre aux biens et attaquer des personnes ».
Dans la foulée, cette décision a été confirmée par Michel Vilbois, le préfet du Tarn. Celui-ci a par ailleurs averti que les contrevenants s’exposeront « à une amende de 4e classe », autrement dit de 135 euros. « Cette interdiction est scandaleuse et irresponsable, déplore un activiste du collectif La Voie est libre. Comment peut-on museler à ce point l’opposition dans un pays démocratique ? » Il craint que ce retournement de dernière minute ne sème le trouble, alors que « des dizaines de milliers de personnes sont attendues ».
Le 4 juin, le locataire de la place Beauvau ajoutait : « Aujourd’hui, douze unités de forces mobiles sont en route pour le Tarn. Des contrôles ont commencé à avoir lieu. Et depuis hier [le 3 juin], des couteaux, des marteaux et des haches sont saisis dans les véhicules. » Cette stratégie, visant à dépeindre des personnages sanguinaires, colle comme deux gouttes d’eau à celle employée en amont de Sainte-Soline, lors de la manifestation contre les mégabassines. « Jamais des militants n’ont couru dans des champs avec des haches pour s’attaquer aux forces de l’ordre », soulignait d’ailleurs déjà à Reporterre Léna Lazare, des Soulèvements de la Terre, le 29 mars 2023.
« Darmanin nous pousse à désobéir »
Par ces déclarations anxiogènes, les autorités semblent à nouveau préparer les esprits au scénario d’une répression brutale. « S’il y a des débordements et des actes de violence, ceux-ci ne seront pas de notre fait, mais bien de celui des forces de l’ordre disposant d’armes létales », rétorque Daniel Coutarel, de la Confédération paysanne. Depuis janvier, les méthodes de répression préoccupent la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty International et même le rapporteur spécial des Nations unies, Michel Forst. Fin février, il exprimait ses « vives préoccupations », notamment suite à des témoignages de militants frappés au sol à coups de poings et de pieds.
Pour une militante d’Extinction Rebellion Toulouse, aller à l’encontre de la loi est aujourd’hui indispensable : « Légalité et légitimité sont deux mots bien différents. Aujourd’hui, nous avons le devoir de nous interposer face à cette autoroute. Nous continuerons à lutter jusqu’à la victoire. » Deux bastions de résistance, baptisés Crem’arbre et Cal’arbre, sont d’ailleurs occupés par les militants depuis le 5 janvier et le 20 février. Une stratégie payante à croire l’une des habitantes de ces bois, situés sur des propriétés privées en passe d’être expropriées : « Ces endroits seraient déjà couverts de bitume si nous ne nous étions pas opposés à l’avancée des bulldozers. »
Pour d’autres, ces leviers sont plus difficiles à saisir : « La désobéissance civile n’a jamais été dans notre ADN, admet Peter, porte-voix des douze collectifs antibitume du Tarn. Beaucoup d’entre nous sont des habitants du territoire, sans véritable histoire militante. » Du moins, jusqu’à présent : « Aujourd’hui, la politique de Darmanin nous pousse de plus en plus à désobéir. Nous sommes beaucoup plus déterminés qu’il y a quelques mois, je dirais même en rage. »
Désireux de ne pas tomber dans l’embuscade pour autant, les collectifs organisateurs, que sont La Voie est libre, Extinction Rebellion, Les Soulèvements de la Terre et la Zad de l’A69, promettent toutefois une mobilisation « festive, populaire et familiale ». Des ateliers, des conférences, des spectacles, des concerts et des jeux pour enfants animeront le camp de base, où « plusieurs dizaines de milliers de personnes » sont attendues.