Manuel Valls bétonne avec Center Parcs

12 décembre 2014 / Emilie Massemin (Reporterre)

Le Premier ministre Manuel Valls a posé la première pierre du projet « Villages Nature », porté par les groupes Euro Disney et Pierre & Vacances – Center Parcs en Seine-et-Marne, largement subventionné par les finances publiques. M. Valls, de concert avec l’UMP Christian Jacob, a stigmatisé ceux qui s’opposent à la destruction des forêts et des zones humides. Reportage en image et en radio.

- Villeneuve-le-Comte (Seine-et-Marne), reportage

Il n’y a pas à dire, la fête était réussie. Certes, le ciel gris et les arbres nus rendaient encore plus sinistres les monticules de terres nues labourées par des dizaines d’engins de chantier. Certes, un crachin déprimant a obligé les employés du groupe Villages Nature à distribuer des parapluies aux invités. Mais les applaudissements étaient là quand Manuel Valls a soigneusement couvert de mortier et posé la première pierre de ce gigantesque « Village nature », dont l’ouverture est prévue en 2016.

Ce complexe touristique occupera 180 hectares, à six kilomètres de Disneyland Paris. Les visiteurs, installés, dans quelque 916 cottages et appartements – ce nombre est amené à augmenter -, pourront profiter d’un lagon à ciel ouvert de 2 500 m² chauffé toute l’année à plus de 30°C grâce à la géothermie, attenant à un parc aquatique de 9 000 m².


- "Un chantier exceptionnel pour une destination unique" -

Ceux à qui de telles dimensions donnent le tournis pourront aller se ressourcer dans un des multiples jardins suspendus, ou dans une ferme interactive. « Après tant d’années d’efforts, nous voulons donner à nos rêves un nouvel horizon où nous conjuguerons en un seul lieu, un espace-temps de détente et de ressourcement, dédié aux joies simples et à l’émerveillement devant la beauté de la nature, mais aussi un espace de convivialité et de partage, qui apporte sa pierre à l’édifice d’un monde plus responsable », jubile Dominique Cocquet, directeur général de la société Les Villages Nature de Val d’Europe.

60 millions d’euros de subventions

Le prix du chantier s’élève à 700 millions d’euros. L’État et les collectivités locales y contribuent pour 60 millions d’euros, « un effort important mais nécessaire » d’après le Premier ministre. Qui y voit une opportunité de créer de l’emploi, 2.000 postes annoncés lors du chantier et 1.600 quand le site sera exploité, et de renforcer l’attractivité de l’Île-de-France.

Et l’environnement dans tout ça ? Pas de problème, Villages Nature a adopté un « Plan d’Action Durable en dix cibles mesurables dans le temps, inspiré de la méthodologie One Planet Living développée par BioRegional et WWF International », précise le communiqué de presse. Tout est prévu : objectif zéro carbone, 90 % des déchets valorisés, site « sans voitures », produits locaux issus de l’agriculture biologique dans les commerces et les restaurants.

« Village Nature intègre les normes les plus avancées du tourisme responsable, à la fois pour la construction et l’exploitation de village Nature, avec notamment la géothermie, précise Gérard Brémond, président-directeur général de Pierre & Vacances. Nous avons été retenus par les Nations Unies au titre de partenariat mondial pour le tourisme durable. »


- Gérard Brémond -

UMP et PS ensemble contre les "individus irresponsables"

Pour Pierre & Vacances, l’occasion est trop belle de redorer son blason. Le groupe perd de l’argent chaque année – 27,4 millions d’euros en 2012, 47,5 millions d ’euros en 2013, 26,9 millions en 2014. Son activité repose sur d’importantes subventions des collectivités locales, et sur des avantages fiscaux comme le dispositif Censi-Bouvard. Ses projets de Center Parcs en France sont très contestés au niveau local, que ce soit à Roybon, où les opposants ont installé une zone à défendre, ou à Poligny dans le Jura et au Rousset en Saône-et-Loire.

Mais jeudi, le groupe a pu bénéficier du soutien de Vincent Eblé, président du conseil général de Seine-et-Marne et sénateur de Seine-et-Marne, Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d’Île-de-France, et Christian Jacob, ancien ministre et député de Seine-et-Marne.

« Ailleurs, dans le Tarn, dans l’Isère, en Loire-Atlantique, des individus incontrôlés entravent des projets d’intérêt général, a déploré ce dernier. Gérard Brémond est bien placé pour le savoir. Mais ici, monsieur le Premier ministre, vous avez en face de vous des élus et des habitants responsables, non-violents et pacifiques. »


- Christian Jacob -

- Ecouter ici :

Des projets « pris en otage »

Le Premier ministre n’a pas manqué d’enfoncer le clou : « J’ai déjà eu l’occasion de le dire, il n’est pas acceptable que certains projets, pas ici, mais ailleurs, puissent être pris en otage par des opposants dont certains utilisent la violence pour se faire entendre et ne respectent pas le choix légitime qui est celui des élus. Certes, je l’ai dit, vous l’avez dit, il est indispensable que les projets soient irréprochables dans leur conception, dans leur instruction, dans leur réalisation, et ensuite dans leur exploitation. Mais ici, et je n’en doute pas, à Roybon, dans l’Isère, il y a des projets de très grande qualité, qui permettent à l’économie locale de se développer, qui permettent des emplois, également, et qui permettent aussi l’épanouissement des gens. »

- Ecouter ici :


- Manuel Valls -

Les esprits chagrins obsédés par la biodiversité et la protection des zones humides sont donc priés d’arrêter de plomber l’ambiance. Pour se calmer, ils pourront toujours aller barboter dans le lagon à ciel ouvert et profiter de la biodiversité de la ferme interactive, à l’ouverture de Villages nature en 2016.



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Source, photos et sons : Emilie Massemin pour Reporterre

. sauf photo du chantier : Villages nature

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