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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Reportage — Politique

Mélenchon relance sa campagne dans un grand bain populaire

Jean-Luc Mélenchon acclamé par ses militants, le 17 octobre 2021.

Réunis à Reims, Jean-Luc Mélenchon et ses soutiens ont esquissé les stratégies de leur campagne présidentielle : effacer La France insoumise derrière la plus fédératrice Union populaire, et aller chercher les voix des 10 millions de Français mal ou non inscrits.

Reims (Marne), reportage

La voix de l’Insoumis est nouée. À six mois de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a réuni 2 000 personnes dimanche 17 octobre au Parc des expositions de Reims. Selon son équipe, ils sont de surcroît près de 12 000 à le suivre en direct sur les réseaux sociaux. Le candidat est venu clore la convention de l’Union populaire, son nouvel attelage de campagne. Il faut quelques minutes pour que l’homme de 70 ans s’échauffe et réveille les réflexes acquis par une vie de politique. Le ton s’affermit. Les gestes se font plus secs, plus sûrs, plus amples. Cette étape marque le départ de sa troisième campagne présidentielle. À l’horizon, s’il la remporte, il dessine : « Vivre bien, vivre mieux, ensemble, sans haine, sans guerre de religion, dans le partage ! »

Pour atteindre l’objectif, l’équipe de La France insoumise (LFI) pave le chemin de la présidentielle de bonnes résolutions. La première d’entre elles : combattre l’abstention. Soit inscrire sur les listes électorales 1 million de Français sur les 10 millions qui sont non ou mal inscrits. Militant dans le quartier de Wazemmes, à Lille, Aurélien Riche y plante régulièrement les tonnelles de l’Union populaire : « Notre but, c’est de combattre l’abstention qui donne des voix à Macron. On fait du porte-à-porte pour inciter les gens à s’inscrire. » La semaine dernière, ce jeune instituteur est passé devant les sonnettes six jours d’affilée : « Les gens ont une colère folle, ils ont besoin d’en parler. Quand on toque à leur porte, ils ont enfin face à eux quelqu’un qui peut prendre leur colère. Et on y va avec un programme, des choses concrètes à proposer. »

Pour convaincre, les Insoumis ont affûté leurs outils de campagne. Un kit militant distribué à la convention enseigne un argumentaire en quatorze points pour convaincre et répondre aux critiques : passer à la VIe République, la planification écologique, l’insoumission à l’Europe, etc. Il est complété par sept fiches pratiques pour détailler les actions utiles et comment les appliquer : agir sur les réseaux sociaux, récolter des dons, rencontrer et convaincre des élus de parrainer leur prétendant, etc. Le kit conseille notamment de viser en priorité les maires « divers gauche » ou « sans étiquette » en « zone rurale », de privilégier les rencontres directes sans « hésiter à se rendre directement en mairie pour obtenir une rencontre sans prévenir de son arrivée ». Et si l’élu concerné ne souhaite appuyer aucun des candidats ? « Ne fermez jamais la porte à la discussion et recontactez l’élu·e dans deux ou trois semaines. »

Alors que Mélenchon s’est déjà éclipsé, la jeune garde insoumise reste profiter de la foule. © Moran Kerinec/Reporterre

L’équipe de Jean-Luc Mélenchon a aussi développé une application militante : Réseau Action Populaire, disponible sur iOS et Android. Cette plateforme permet de créer des événements militants, de commander du matériel, faire des dons, mettre à jour sa fiche personnelle, trouver des militants à proximité, etc. « Ça fait un peu Tinder », s’amuse l’eurodéputée Leïla Chaibi en présentant l’application, puis d’ajouter sérieusement : « Surtout, ça nous permet d’être autonomes vis-à-vis des plateformes américaines. » Les militants espèrent prioritairement convaincre les primovotants de la présidentielle de 2022, soit 5 millions de 18-24 ans, d’aller voter et de déposer un bulletin siglé Jean-Luc Mélenchon. Un pari basé sur le soutien reçu à l’édition 2017 : les jeunes électeurs avaient alors majoritairement voté pour l’Insoumis au premier tour.

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Reims, 17 octobre 2021. © Moran Kerinec/Reporterre

La France insoumise s’efface derrière l’Union populaire

Nouveau nom, nouvelle marque, même recette ? Sur les affiches, « l’Union populaire » remplace déjà « La France insoumise ». Elle aura même son propre « parlement de campagne », qui ouvrira ses portes en janvier. Les Insoumis espèrent bâtir une « nouvelle maison commune » qui accueillera les syndicalistes, les intellectuels ou encore les acteurs culturels. « Il y a des gens qui n’ont pas envie de rejoindre un mouvement politique déjà constitué, observe le député LFI Adrien Quatennens. Les signataires de la plateforme Mélenchon2022 sont plus de la moitié à ne pas être membres de La France insoumise. Celle-ci soutient l’Union populaire comme une composante qui continue d’agréger de nouvelles personnes. »

Quitte à supplanter à terme La France insoumise ? « Si ça agrège convenablement au cours de la campagne présidentielle, il faudra voir si ça débouche sur un nouveau mouvement politique », louvoie le député du Nord. D’un point de vue pratique, le parlement de l’Union populaire aura le rôle de « nourrir les plans, les propositions de la campagne, de mettre en pratique la fédération populaire », espère Manon Aubry, eurodéputée LFI.

De g. à dr. : Danièle Obono, Mathilde Panot, Manon Aubry et Caroline Fiat en prélude de l’allocution de Jean-Luc Mélenchon. © Moran Kerinec/Reporterre

Macron, l’ennemi politique n°1

Côté casting, la garde rapprochée du candidat reste peu ou prou la même qu’en 2017. Manuel Bompard, Éric Coquerel, Alexis Corbière, Adrien Quatennens... L’expérience en plus. L’équipe insoumise assure s’être « professionnalisée » en se frottant aux arcanes de l’Assemblée. Elle semble également laisser une place de premier plan aux femmes du mouvement. « Vous avez vu celles qui seront un jour les visages de notre gouvernement », a assuré Jean-Luc Mélenchon après un prélude à son allocution animée par la présidente du groupe insoumis Mathilde Panot, ses collègues députées Danièle Obono, Caroline Fiat et leur consœur au Parlement européen Manon Aubry.

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Reims, 17 octobre 2021. © Moran Kerinec/Reporterre

Une fois sur scène, le tribun mène un discours offensif, tout consacré à s’ériger en seul adversaire du président sortant. L’extrême droite est à peine évoquée. Les candidats de gauche sont égratignés sans les nommer. Seul Emmanuel Macron est digne de son attention. Jean-Luc Mélenchon passe son bilan à la moulinette. Il en liste les renoncements : « Les glyphosates, il disait “on n’en veut plus”. Il a lâché prise, et on s’est retrouvé avec cinq ans [supplémentaires]. Tout le monde sait qu’il ne tient pas la longueur ! » Les promesses non tenues : « Contre les violences faites aux femmes : rien ! » Il vilipende la stratégie nucléariste d’Emmanuel Macron : « Le président ayant entendu dire que vous n’aimiez pas les éoliennes, vous propose de mettre des mini-réacteurs partout. Je vous garantis qu’un mini-réacteur qui dysfonctionne fait des maxi-dégâts ! » Et d’assurer à rebours : « Il n’y aura pas de mini-réacteur si nous gagnons l’élection présidentielle, et nous fermerons tous les réacteurs en France. »

Dans la salle, les militants s’avouent conquis. En toile de fond avec les autres élus insoumis, le député Alexis Corbière a plusieurs fois fait tomber le masque pour rire aux pointes d’humour du candidat. Nathalie, animatrice du groupe Le Mans insoumis, l’a trouvé « pétillant, même quand c’est grave ». La militante puise son énergie d’avant-campagne dans cet exercice oratoire : « Ça me motive à partir faire du porte-à-porte, il faut vraiment gagner cette année ! Si on repart avec une politique libérale, on finira par détruire tous nos acquis sociaux, notre solidarité. Ce pays qui était le pays des droits de l’Homme sera fini. » Son champion s’est déjà éclipsé de la tribune. Derrière lui, sa jeune garde reste profiter des applaudissements. Eux aussi auront besoin d’énergie.

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