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Nature

Même à petites doses, la nature nous apaise

Stressé par la rentrée ? Achetez-vous une plante ! La nature apaise, même par petites touches, et c’est prouvé. Cette science, encore balbutiante, est trop souvent attaquée, analyse l’autrice étasunienne de « Naturel ».

Flower power ! Une équipe scientifique de l’université de Chiba au Japon, a montré que les employés exposés à des roses pendant seulement quatre minutes se retrouvaient manifestement plus détendus. Conclusion : si la rentrée vous stresse, achetez-vous des fleurs ou une plante de bureau. C’est un des nombreux conseils que livre la chercheuse britannique Kathy Willis dans son tout nouvel ouvrage, Naturel — Pourquoi voir, sentir, toucher et écouter les plantes nous fait du bien, au Seuil.

Cette professeure de biodiversité à Oxford entend démontrer que l’exposition aux plantes peut significativement améliorer notre santé. Même à petites doses. Même sans être en pleine nature. « Si nous regardons un paysage de nature plutôt qu’un paysage urbain, même sur un ordinateur, nous nous calmons », insiste l’autrice, en citant une étude de l’université nippone de Chiba, qui constate que regarder pendant quatre-vingt-dix secondes une photo de forêt procurait « un calme physiologique ».

Au fil des pages, Katty Willis brandit les études comme autant d’arguments massues pour convaincre même les plus réfractaires. Car, explique-t-elle, cette science des bienfaits de la nature est encore balbutiante et trop souvent attaquée. Longtemps perçues comme un dada pour « amateurs de vaudou », ces théories se trouvent désormais confortées par de multiples expériences et essais cliniques. « Tout un nouveau domaine scientifique est en train d’émerger, démontrant un lien d’ordre médical d’une incroyable importance entre notre santé et le rapport à la nature », écrit-elle.

« Voir des scènes de nature restaure notre attention dirigée »

Persuadée qu’il s’agit là d’une question de santé publique, la Britannique égraine les preuves scientifiques. Avec deux originalités majeures. D’une part, elle lève le voile sur le dessous des cartes. Comment la nature opère-t-elle son tour de magie ? Comment expliquer, par exemple, que des élèves ayant une vue sur un espace vert aient de meilleurs résultats à des évaluations et une récupération post-stress plus efficace que celles et ceux qui ne voient que du béton ?

Une des pistes d’explication a été proposée par deux enseignants de psychologie de l’université du Michigan, Stephen et Rachel Kaplan, dans les années 1990. Il s’agit de la théorie de la restauration attentionnelle (ART). D’après eux, la nature améliore nos fonctions cognitives grâce à l’effet réparateur qu’elle exerce sur ce que l’on appelle notre attention dirigée – autrement dit notre capacité de concentration. Ainsi, « voir des scènes de nature restaure notre attention dirigée, parce que cela puise dans notre attention involontaire », écrit Willis. En nous « distrayant », les scènes de nature permettent à notre attention dirigée de prendre une « minipause » réparatrice.

La puissance des odeurs

L’autre singularité de l’ouvrage de Katty Willis réside dans sa dimension « multisensorielle ». La scientifique s’applique à détailler des expériences où le contact régénérateur avec la nature passe par l’ouïe ou le toucher. Sa démonstration concernant l’odorat est particulièrement convaincante. Elle raconte comment respirer des alpha-pinènes, composés olfactifs des conifères, même pendant quatre-vingt-dix minutes, « provoque rapidement une détente physiologique ». Ou comment l’odeur de rose rend les conducteurs automobiles plus prudents.

L’autre singularité de l’ouvrage de Katty Willis réside dans sa dimension «  multisensorielle  » : sentir les plantes a aussi des bienfaits. Flickr / CC BY-NC 2.0 / Stacy Brunner

Entre les lignes plutôt austères de ses exposés scientifiques, le livre de Katty Willis fourmille de pistes concrètes pour améliorer nos quotidiens stressés. En conclusion, elle admet combien « ce livre [a modifié son] mode de vie ». « Il y a désormais chez moi quatre diffuseurs, qui exhalent des parfums différents – lavande dans ma chambre, romarin dans mon bureau et huiles de cèdre. Le nombre de plantes d’intérieur a triplé – et j’ai posé des vases remplis de fleurs coupées jaunes et vertes à différents endroits ».

Si Katty Willis met en lumière un domaine surprenant et réjouissant, elle omet de souligner les implications politiques et sociales de ces découvertes. Car tout le monde n’a pas accès à un jardin ou à un espace vert. L’éducation à la nature est un angle mort de nos politiques publiques. Mais le pont qu’elle crée – ou plutôt qu’elle renforce – entre santé et écologie pourrait judicieusement venir appuyer des luttes populaires pour l’accès de tous et toutes à la nature.


Naturel — Pourquoi voir, sentir, toucher et écouter les plantes nous fait du bien, de Katty Willis, aux éditions Seuil, septembre 2024, 320 p., 16,99 euros.

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