Monsanto-Bayer : un géant de l’agriculture industrielle naît, l’Europe ferme les yeux

23 mars 2018 / José Bové

Mercredi 21 mars, la Commission européenne a autorisé le rachat de Monsanto par Bayer. La nouvelle entreprise planétaire, explique l’auteur de cette tribune, fabriquera à la fois les « poisons » et les médicaments pour soigner les maladies qu’ils induisent, ce qui n’a pas ému la Commission.

José Bové est député européen EELV depuis 2009.

José Bové.

Les grandes manœuvres lancées depuis 2017 dans le monde de l’agrochimie se poursuivent. La fusion de Chemchina, le poids lourd chinois avec Syngenta puis celle de Dow et Dupont a fait émerger deux géants planétaires. Mercredi 21 mars, Mme Vestager, commissaire européenne à la Concurrence, a donné le feu vert au rachat de Monsanto par Bayer. L’entreprise allemande a mis 51 milliards d’euros sur la table pour racheter son concurrent américain.

Cette fusion pose des questions qui vont bien au-delà de la concentration dans le secteur agricole. L’agriculture de précision pointe son nez. Comme dans les autres domaines économiques, la révolution du big data arrive. Les moissonneuses-batteuses ne récoltent pas que des céréales. Elles engrangent de nombreuses données qui servent aux industriels à renforcer leur emprise sur les agriculteurs. La mise en commun de ce potentiel place Bayer dans une position dominante inquiétante que Mme Vestager a préféré sous-estimer.

Lien entre l’explosion des maladies neurodégénératives et l’utilisation de produits chimiques 

En combinant leurs forces, Bayer et Monsanto mettront tout en œuvre pour bloquer le développement de l’agriculture biologique que nous appelons de nos vœux. Car le développement d’une agriculture et d’une alimentation saine va à l’encontre de leurs intérêts financiers.

La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager.

Plus préoccupant encore, la création d’une entreprise planétaire qui vend des poisons (insecticides, fongicides, herbicides) ainsi que les médicaments pour guérir les maladies induites par une alimentation et un environnement pollué par les pesticides pose une question éthique. Il est pourtant inacceptable qu’une entreprise de cette importance puisse avoir les mains libres pour développer ce qu’elle appelle des produits phytopharmaceutiques et, dans le même temps, vendre des médicaments pour soigner des maladies dégénératives comme Alzheimer ou Parkinson. De très nombreuses études médicales indiquent un lien entre l’explosion de ce type de maladie qui frappe des millions de personnes et l’utilisation de produits chimiques, en particulier les pesticides.

Ce point n’émeut pas la commissaire Vestager qui ne l’a pas abordé une seule fois lors de sa conférence de presse. Cet aveuglement de la part de la Commission européenne est totalement irresponsable.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Monsanto fusionne avec Bayer

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : des militants demandant à l’Europe de bannir le glyphosate de l’Union, à Bruxelles, en octobre 2017. Flickr (CC0)
. portrait : Flickr (EQUO/CC BY-SA 2.0)
. Vestager : Flickr (Friends of Europe/CC BY 2.0)

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

DOSSIER    OGM

THEMATIQUE    Agriculture
18 octobre 2018
La préfecture confirme des risques liés à l’ammonitrate en Alsace
Enquête
17 octobre 2018
Bure : sans le prévenir, le tribunal juge l’écrivain Gaspard d’Allens
Info
16 octobre 2018
Le changement climatique interpelle les citoyens, mais pas les dirigeants de Rhône-Alpes
Chronique


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       OGM



Sur les mêmes thèmes       Agriculture





Du même auteur       José Bové