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Quotidien

Nagui, Camille Étienne... Leurs corps contaminés par les polluants éternels

Dix des treize cobayes sont contaminés avec au moins un composé de PFAS, une famille de toxiques.

Treize personnalités ont accepté de donner une mèche de leurs cheveux pour une recherche de substances perfluorées, les PFAS. Une proposition de loi pour interdire ces polluants éternels sera débattue le 4 avril.

« Je ne suis pas contaminé aux PFAS d’après cette étude. Est-ce lié au fait que je suis végétarien ? s’interroge Guillaume Meurice. J’ai vu que les produits de la mer faisaient, par exemple, partie des sources de contamination. Et puis, j’ai grandi dans la campagne profonde, en Haute-Saône. Est-ce que ça joue ? »

L’humoriste et chroniqueur radio ne sait pas comment expliquer qu’il soit l’une des rares personnes testées à être épargnées – avec le champion de décathlon Kevin Mayer et le réalisateur Nathan Ambrosioni – par les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), ces « polluants éternels », qui regroupent entre 4 et 12 000 composés différents.

À la demande du député écologiste de Gironde, Nicolas Thierry, treize personnalités issues du monde du cinéma, du sport et des médias ont accepté de donner une mèche de leurs cheveux pour une recherche de PFAS. Selon les résultats dévoilés le 21 mars, dix de ces cobayes sont contaminés avec au moins un composé de cette famille de toxiques. C’est le cas de Nagui, animateur radio et télé, de Mélanie Laurent, actrice et réalisatrice, ou encore de Camille Étienne, activiste du climat. « Il est plus qu’urgent d’agir politiquement », assure le député joint par Reporterre, qui a donc déposé une proposition de loi.

« Il est plus qu’urgent d’agir politiquement »

Six sont contaminés par l’acide perfluoro-octanoïque (PFOA), substance classée « cancérogène avéré » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) et interdite depuis 2009 en France. Quatre le sont par l’acide perfluoro-octane-sulfonique (PFOS), interdit depuis 2020, classé « cancérogène probable » par le Circ. Quant à l’acide carboxylique perfluoré, le PNFA, qui a notamment remplacé le PFOA, il est présent dans 8,3 % des échantillons.

152 personnes âgées de 11 à 93 ans partout en France

Rien de très surprenant, en réalité. Déjà, en juin 2023, quatorze députés écologistes s’étaient prêtés au jeu. Tous avaient des perfluorés dans leurs cheveux. Grâce à ce test sur des personnes célèbres, Nicolas Thierry souhaite attirer l’attention et sensibiliser face à ce qu’il considère comme « un scandale sanitaire ».

Le député est également parti pendant sept mois à la rencontre des Français dans douze zones géographiques. Son équipe a réalisé des prélèvements capillaires sur 152 personnes âgées de 11 à 93 ans. Résultat : 94 % des personnes testées ont au moins un PFAS dans leur corps. La personne qui en possède le plus réside à Lyon, dans la vallée de la chimie. Dans cette zone, deux industriels sont justement dans le collimateur : Arkema et Daikin. La Métropole de Lyon les a assignés le 19 mars pour faire la lumière sur leur responsabilité éventuelle dans la pollution aux PFAS.

« Il y a énormément de facteurs qui influent sur la contamination ou non aux PFAS », souligne le député écologiste. Le lieu d’habitation et le mode de vie peuvent expliquer les résultats. « Certaines études ont démontré que la contamination aux PFAS pouvait se faire dans le lait maternel ou dans le fœtus. » Les personnes vivant proches d’un site industriel sont d’autant plus exposées si, par exemple, ce dernier a déjà utilisé des mousses anti-incendie ou rejeté de l’eau contaminée.

Des substances quasi indestructibles

On trouve aussi ces substances dans des objets de la vie quotidienne, dans les poêles en téflon, le papier toilette ou encore les emballages alimentaires. Les industriels affectionnent les PFAS car ils permettent de rendre leurs produits plus résistants à l’eau, la chaleur, la lumière, les taches. Mais leur capacité de résistance est telle qu’ils sont quasi indestructibles une fois relargués dans la nature.

« Personne n’échappe aux PFAS »

« Personne n’échappe aux PFAS, nous sommes face à une pollution d’une ampleur inédite », affirme Nicolas Thierry. Il en a fait son cheval de bataille : il faut couper le robinet de cette pollution. C’est également ce que défend Camille Étienne : « On ne peut pas attendre que l’Europe agisse en 2030, ni que les lobbies aillent demander un à un des dérogations. Aujourd’hui, Tefal dit que ses poêles sont sans PFOA et que le problème est donc résolu. Mais il suffit qu’une petite molécule soit modifiée pour que les industriels puissent continuer à utiliser des PFAS. »

Interdire les PFAS dans les cosmétiques et les textiles

La proposition de loi visant à « protéger la population des risques liés aux substances per- et polyfluoroalkylées » sera examinée le 4 avril prochain dans le cadre de la niche parlementaire du groupe écologiste. Son objectif : interdire à compter du 1ᵉʳ juillet 2025 l’utilisation de PFAS dans tous les produits destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires, les produits cosmétiques, les produit de fart (pour les skis), les produits textiles, « à l’exception des vêtements de protection pour les professionnels de la sécurité et de la sécurité civile ».

Pour les autres usages, l’interdiction est prévue pour entrer en vigueur en juillet 2027, « date à laquelle le projet d’interdiction européenne soutenu par la France devrait également aboutir », précise le texte dans ses motifs. Les Écologistes souhaitent également imposer le contrôle des PFAS dans les eaux potables et assujettir les pollueurs aux PFAS à la redevance pour pollution de l’eau.

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