« Nantes Green Capital », ou comment cacher un aéroport avec des arbres en plastique

Durée de lecture : 5 minutes

2 juin 2014 / Erwin



Retour sur l’opération « Nantes Green Capital » - « Nantes capitale verte ». Ou comment des coins de « nature » montés de toutes pièces servent à dissimuler une politique clairement anti-écologique.


Je viens de lire le bref article intitulé A Nantes, « capitale verte », l’écologie se retrouve à la poubelle.

Je pense intéressant de signaler un fait qui m’a particulièrement marqué en tant qu’habitant nantais : outre les nombreux panneaux et banderoles proclamant « Nantes Green Capital » (dont certains avaient astucieusement été completés ainsi : « Nantes Green Capital-ISME »), la mairie avait eu la bonne idée de « verdir » le centre-ville.

En quelques jours, des dizaines de camions ont déchargé un peu partout d’énormes sacs (plus d’un mètre de haut, gros comme la moitié d’une voiture) remplis de plantes diverses allant des herbes en tous genres au petit arbuste, au lierre, etc.

Ces sacs (très moches, qui ont ensuite été graffés - pour faire plus « jeune » - avec des couleurs chatoyantes en « Nantes Green Capital ») étaient disposés en divers endroits de la ville et plus ou moins intégrés au décor ambiant. Le lierre pouvait monter sur un réverbère ou un poteau électrique, par exemple.

Au bout du canal de l’Erdre (qui se termine au commencement du cours des Cinquante otages, devant la préfecture, là où les manifs se terminent généralement en faisant face aux cars de CRS), on avait recréé un décor de marais avec diverses plantes flottant sur des caissons en bois. Des caisses en bois disposées autour étaient autant de points de vue pour observer les espèces animales qui nicheraient dans ces petits ilôts flottants.

Toute cette installation, cet écosystème en kit, a tenu plusieurs mois le temps des festivités. Les gens avec lesquels j’en ai discuté réagissaient plutôt bien à cette écologie de façade. L’aspect temporaire de la démarche ne semblait pas les effleurer.

Une fois l’initative Green Capital terminée, les sacs ont commencé à disparaitre jour après jour en même temps que les banderoles. C’était amusant de se demander s’ils allaient quand même en laisser quelques-uns. Après tout, Nantes n’est pas une ville si verte que ça sur le plan visuel et les récents aménagements de grandes places pavées vides ou de bâtiments immondes ont plutôt tendance à abattre les arbres qu’à en faire pousser.

Au final, tous les sacs ont disparu. Tous ? Non. A ma connaissance il ne reste qu’un endroit où les aménagements n’ont pas disparu. C’est le fameux marais du bout du canal de l’Erdre. Ils en ont même profité pour refaire les pavés tout autour. Il faut dire que ce « marais » construit de toutes pièces (il n’y avait rien avant) jouxte une autre installation construite à l’occasion de Nantes Green Capital : un bar-restaurant construit sur pilotis au bord du canal. Ce bar pour bobos (là, c’est moi qui juge) aux prix bien entendu exorbitants connait un succès certain.

Nature en toc contre vrais combats

Nantes est une ville très en pointe dans le symbolisme et les images qui marquent. Cela fait des années que cette ville éminemment culturelle cherche à se créer ce fameux patrimoine culturel (et faire disparaitre au plus vite son image de port négrier ; en douceur, tout de même, il existe bien un musée de l’esclavage, il est sous terre, si vous ne savez pas où il est, ne perdez pas votre temps à le chercher du regard).

Ainsi les créations de la Royal de Luxe, par exemple, sont comme la Tour Eiffel ou l’Arc de Triomphe de Paris. On les voit partout, déclinées en bouquins, objets souvenirs, peintures, tags homologués sur les murs (pour faire plus jeune !). Comme pour l’écologie, la réalité culturelle est toute autre, mais c’est un autre sujet.

Ce que je voudrais dire pour terminer c’est que cette façade écolo est à double-tranchant, pour qui veut bien le voir. Car, en effet, comment ne pas voir tout le cynisme qu’il y a à être promu capitale verte l’année où le mouvement contre l’aéroport (sur lequel la ville a tellement investi) a pris toute son ampleur ?

Comment ne pas voir ce même cynisme à l’œuvre avec ces camions qui amènent toutes ces plantes, ces bouts de « nature » (qui viennent d’où, au fait ? d’un pépinieriste ? ou directement prélevés sur le terrain du futur aéroport ?) et qui les enlèvent aussitôt la manifestation terminée ?

Et cynisme encore avec ce dernier coin de nature tout à côté de la préfecture ? La préfecture dont les rues sont systématiquement barrées à la moindre manif anti-aéroport ?

Après tout, le bar sera un endroit de choix pour observer les manifestants se confronter aux gardes mobiles : la rue qui le longe est habituellement fermée pendant les manifs et c’est celle-ci dans laquelle les CRS se maintiennent en nombre, près à intervenir.

Quelques mètres plus haut que le bar, sur la même rue, se tenaient, il y a encore deux ans, tous les jours une ou deux personnes avec une petite roulotte sur laquelle était marqué en grosses lettres rouges « NON A L’AEROPORT ». Je passais devant régulièrement, sans trop savoir quoi leur dire. C’était avant les premières violences sur le terrain. Avant les manifs hebdomadaires du vendredi soir. Avant que la cause de NDDL ne prenne tant d’ampleur.

On sait se battre contre les CRS (les zadistes l’ont bien prouvé). Mais contre des bars à bobo, des plantes en kit, des espaces de représentation qu’on vole en douceur aux manifestants, aux habitants… on fait quoi ?





Source : Courriel à Reporterre

Images :
. Dessin de Frap : Frap Dessins Blog
. Blog La méforme d’une ville

Lire aussi :
. A Nantes, « capitale verte », l’écologie se retrouve à la poubelle‏
. A Nantes, championne du « greenwashing », le banquet écolo a été vampirisé par une multinationale

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