Notre Dame des Landes : violents heurts avec la gendarmerie

Durée de lecture : 10 minutes

15 avril 2013 / par villalard

La préfecture a envoyé des gendarmes ré-occuper le carrefour de la Saulce, qui avait été évacué avant la fête de « Sème la Zad ». Cela a provoqué de violents heurts, et plusieurs blessés. L’équipe médicale de la Zad témoigne.


Equipe Médicale de la Zad (vers 20 h 00)

Communiqué de l’équipe médic 15.04.2013

Dans la presse vous entendrez beaucoup parler des trois gendarmes blessés mais peu des personnes subissants les violences physiques et psychologiques de cette opération militaire.

En tant qu’équipe medic on voulait transmettre ce que l’on a vu aujourd’hui. Alors qu’hier on celebrait la libération du carrefour de la Saulce deux jours plus tôt par un pique-nique festif sans autres blessures que des coups de soleil, ce matin les gendarmes sont revenus en nombre reprendre le carrefour, réinstaurer leur occupation militaire. Dans ce cadre là, on a vu de nombreux tirs tendus de flashball et grenades assourdissantes a courte distance, qui ont infligé de nombreuses blessures dont certaines pris en charge par l’équipe médic :

impacts par flashball :

oedèmes et hématomes :

- trois personnes dans les jambes

- une personne dans le bras

- une personne dans les épaules

- trois personnes dans le thorax

- une personne dans le dos

un impact dans la tête entrainant une plaie ouverte du crâne nécéssitant cinq points de suture
un impact dans le visage provocant un arrachement important de l’arcade et un enfoncement des sinus accompagné par une hémoragie importante nécéssitant une prise en charge par les pompiers
impacts par des grenades assourdissantes :

plaies, brûlures et corps étrangers faits par les éclats de grenade :

- trois personnes dans les jambes

- une personne dans une fesse

blaste [détonations sonores] :
- multiples personnes choquées (désorientations, acouphènes)

- une personne plus gravement atteinte malgré la présence d’une palette la protégant des impacts des éclats

des nombreuses intoxications liées à l’emploi massif de gaz lacrimogène et poivré

Les pompiers ayant évacué la personne ont été bloqués par les gendarmes qui leur ont refusé l’accès et ne les ont laissé passer qu’après l’insistance d’occupants présents. Ils ont de nouveau empêché leur départ afin de contrôler la personne blessée, retardant en tout plus de vingt minutes la pris en charge des secours.

Une occupation militaire ne s’installe jamais sans violence. Cette liste non-exhaustive ne voudrait pas oublier toute la violence psychologique d’un tel déploiement policier ainsi que celles subies au quotidien dues à leur présence permanente et leurs agissements.


Acipa et Adeca (21 h 35)

Communiqué de presse - Notre-Dame-des-Landes, le 15 avril 2013

Affrontements déplorables carrefour du chemin de Suez à Notre-Dame-des-Landes

L’opération « Sème ta ZAD » fut une belle réussite malgré les conditions climatiques, avec une ambiance conviviale et familiale, témoignage d’une réelle complicité entre les divers mouvements de la lutte contre le projet d’aéroport.

Les gardes mobiles s’étaient retirés des carrefours des Ardillères et du chemin de Suez, dit la Saulce, permettant le bon déroulement de cette manifestation d’installation de projets paysans.

La journée fut paisible et la circulation fluide.

Les forces de police sont revenues aux Ardillières et au carrefour de Suez. En ce dernier lieu, des affrontements ont dégénéré dans une violence réciproque, ce que nous déplorons.

L’ACIPA et l’ADECA regrettent que des tranchées aient été creusées sur la seule route encore utilisable normalement, offrant un prétexte à l’affrontement et entraînant l’escalade de la violence de part et d’autre.

Elles déplorent la présence policière à ces deux carrefours et n’en comprennent pas la raison, puisque suite aux conclusions des différentes commissions, les travaux seront inévitablement retardés de plusieurs mois.

Elles réaffirment leur soutien aux actions créatives de projets porteurs d’avenir pour de nombreux habitant-e-s et paysan-ne-s sur la ZAD, dans un climat de dialogue et de partage entre tous les opposants.


AFP et Reuters (mise à jour 18h30)

De vifs affrontements se sont déroulés, lundi 15 avril, sur le site du projet d’aéroport contesté de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) après plusieurs mois de calme relatif.

Les heurts ont éclaté vers 7 heures lundi matin, non loin du carrefour de la Saulce, l’habituel point de contrôle que les forces de l’ordre occupaient jour et nuit depuis fin novembre, mais dont elles s’étaient retirées vendredi, à la veille d’une manifestation de « remise en culture des terres » qui a pacifiquement réuni plus d’un millier d’opposants samedi.

Selon les opposants, les gendarmes ont voulu reprendre leur position habituelle sur ce carrefour. La préfecture et les officiers de gendarmerie sur place ont indiqué que leurs hommes avaient été pris à partie en début de matinée et qu’ils avaient riposté. Selon un officier de gendarmerie, les opposants divisés en quatre groupes, les ont assaillis « 50 de l’est, 50 du nord, 50 du sud et 200 à l’ouest ».

Effectuant plusieurs charges précédées de sommations, puis de tirs nourris de grenades lacrymogènes, les gendarmes ont essuyé des tirs de cailloux et de cocktail Molotov, a constaté l’AFP. Sur le « chemin de Suez », barré et tenu par les opposants depuis fin décembre, la première barricade a été enfoncée.

Au moment de la charge, un homme d’une soixantaine d’années est venu au contact des gendarmes et des journalistes, demandant un arrêt de l’intervention et des « destructions ». « Nous avons travaillé pendant quatre mois sur ces terres, pendant tout l’hiver, n’essayez pas d’avancer, prenez votre carrefour et faites ce que vous voulez de votre carrefour », a-t-il demandé en se mettant à genoux dans l’herbe devant gendarmes et caméras.

[Reporterre : on peut aussi voir une video de cet homme rappelant, « Nous sommes là pour cette terre », sur Rue 89.]

« Il ne s’agit pas de procéder à des expulsions mais de se donner du champ par rapport au carrefour », a affirmé le colonel François Alegre de la Soujeole, commandant la gendarmerie des Pays-de-la-Loire. « Nous rétablissons la circulation ». Les forces de l’ordre avaient en effet entrepris d’enfoncer des barricades établies par les manifestants du week-end sur la route départementale 81, un axe qui traverse la zone du nord au sud.

A la mi-journée, plusieurs dizaines de véhicules de gendarmerie et quelque 200 gendarmes mobiles, étaient présents sur place. En début d’après-midi il restait encore une barricade, a constaté l’AFP. Et peu après 14 heures, un calme relatif était revenu.

DES BLESSÉS

Selon la préfecture, deux manifestants ont été interpellés et trois gendarmes ont été blessés, dont l’un a été hospitalisé après avoir été atteint par un cocktail Molotov. De leur côté, les opposants comptent « une quinzaine de blessés, dont un évacué par les services de secours, victimes d’éclats de grenades défensives tirées à tir tendu », a déclaré un opposant chargé de répondre à la presse.

Dans un communiqué, le préfet de Loire-Atlantique, Christian de Lavernée, a « regretté profondément ces incidents qui interviennent alors qu’il engage des discussions avec les différentes catégories d’opposants au projet, pour évoquer les modalités de mise en œuvre des préconisations des différentes commissions qui ont rendu leurs conclusions la semaine dernière ». Remis au gouvernement le 9 avril, le rapport de la commission de dialogue a confirmé la nécessité d’un nouvel aéroport tout en émettant des réserves sur l’argumentaire du projet.


Zad.nadir.org

En réaction à la réoccupation du carrefour de la Saulce appel à rassemblement devant les lieux du pouvoir :

Aubenas (Ardèche) : 17h30 à « PONSON »
Beauvais : 17h00 Prefecture
Bordeau : 18h devant la pref
Brest : 18h place de La Liberté, devant l’Hôtel de Ville.
Caen : 17h Prefecture
La Roche : 16h devant le théâtre
Lyon : 17h30 près de la Lutine, 91 rue Montesquieu Métro Saxe
Nantes : 16h devant la préfecture
Paris : 18h Métro Belleville
Quimper : 18h prefecture
Rennes : 18h devant la préfecture (rue martenot)
Saint Brieuc : 17h devant la préfecture
Strasbourg : 16h Place de la République coté préfecture
Tours : 16h devant la mairie
Vannes : 18h Préfecture.


Des habitant.e.s qui résistentt (dimanche 14 avril).

Soit ils nous virent, soit ils se cassent ! (et s’ils nous virent, on revient !)

La veille de la manifestation « Sème Ta ZAD », le carrefour de Fosses Noires / Chemin de Suez, est liberé de la présence des gendarmes mobiles...

Pendant 2 jours, ce carrefour, nombril de la zad, est spontanément redevenu ce qu’il était : un endroit de passage, où l’on se croise, où s’échangent des nouvelles, un point de rencontre. Ces jours-ci, la ZAD fut parcourue par des centaines de personnes outils en main.

Le dimanche, nous avons fêté la fin de l’occupation militaire. Rêve éphémère ou réalité des jours à venir ?

Depuis plus de 141 jours, nous sommes, habitant-e-s du centre ZAD, pris au piège par les deux barrages de flics. Notre quotidien, c’est du bleu. Pas un matin, midi au soir sans être confronté.e.s à leur présence. Sans être contrôlé.e.s, fouillé.e.s, humilié.e.s. Nous n’avons pas le choix de les éviter. Nos enfants vont à l’école, nous avons pour certain-e-s des activités professionnelles. Fini les balades à vélo, fini les marches tranquilles, les rencontres avec les voisin.e.s et les ami-e-s qui n’osent plus venir. L’endroit où nous et nos enfants vivons, est devenu une zone d’enfermement, dans le silence, depuis le weekend du 15 décembre 2012.

Doit-on continuer à subir sans réagir alors qu’il n’y a aucune légitimité et utilité à leur présence ? Nous ne le pensons pas ! Alors il faut relever la tête, s’unir et refuser cette mascarade !

Le prétexte officiel de bloquer le carrefour n’a jamais empêché d’apporter des denrées sur la ZAD, du gaz, des matériaux inflammables ou de construction. Le réel objectif est plutôt de donner l’illusion qu’ils contrôlent la zone, de faire pourrir la situation tout en tentant de contenir la lutte aux frontières de la ZAD, d’établir une pression psychologique et de créer une répression constante qui provoque un climat de tension permanente. Enfin, lors d’un contrôle, quand on craque et qu’on exprime notre ras le bol, la réponse des flics est systématique : « vous n’avez qu’à partir ». Ce qui représente une autre forme d’expulsion, plus insidieuse, à l’heure où la commission du dialogue avait demandé la fin des interventions pendant la durée de son mandat...

Leur petite comédie de « commission du dialogue » a pris fin, maintenant la conclusion doit être claire : soit ils nous virent, soit ils se cassent !

Il est évident que nous ne nous laisserons plus occupé.e.s de la sorte : s’ils reviennent chez nous, nous irons chez eux !

Il y a quelques mois, un appel à occuper les lieux de pouvoir avait été lancé en cas d’attaque sur la ZAD. Or, la ZAD est habitée sur toute sa surface et on n’habite pas un endroit sans ses routes, ses champs et les liens qu’ils génèrent. Nous considérons donc que la réoccupation militaire du carrefour serait une attaque directe de notre lieu de vie. Nous appelons en conséquence à des actions décentralisées, que ce soit par des occupations de lieux de pouvoirs et de carrefours de circulation stratégiques, ou par toute autre type d’actions jugées pertinentes !



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Source :
- Communiqué de l’équipe médic : Zad.nadir.org
- Communiqué Acipa-Adeca : courriel à Reporterre de l’Acipa
- lemonde.fr
- Appels à rassemblements : Zad.nadir.org
- « Soit ils nous virent... » : Zad.nadir.org.

Photos :
- Homme mains jointes : lemonde.fr

Consulter par ailleurs : Dossier Notre Dame des Landes

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