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EntretienClimat

Nouvelles inondations dans le Nord : l’État n’anticipe toujours pas

Lors des inondations du 4 janvier 2024 à Arques, dans le Pas-de-Calais.

Dans le nord de la France, les inondations se succèdent et rien n’évolue : les sinistrés sous toujours laissés-pour-compte et impréparés. Francine Herbaut, de Nord Nature Environnement, a lancé un « appel au secours ».

De nouvelles inondations et coulées de boue ont ébranlé le Nord et le Pas-de-Calais, il y a quelques jours. À l’heure du nettoyage et du calcul des pertes, un même sentiment submerge les habitants sinistrés : ces désastres se multiplient, et pourtant, rien ne change.

Présidente de Nord Nature Environnement, Francine Herbaut lance « un appel au secours et un cri d’alerte » au Premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal. Elle dénonce la paralysie des services publics face à ces catastrophes, et réclame la création d’une cellule officielle facilitant la participation citoyenne.


Reporterre — Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, un orage a frappé le département du Nord. En première ligne, vous avez assisté à la détresse des sinistrés.

Francine Herbaut — La crue a été brutale. En quelques heures, les fortes précipitations ont déversé 90 mm d’eau. Charriant de la terre, des blocs de béton et toutes sortes de débris, l’eau est entrée dans les garages, a provoqué d’énormes dégâts puis est ressortie aussitôt. Cette énième inondation a réveillé le traumatisme des précédentes.

En tombant au mois d’août, ces inondations ont révélé des trous dans la raquette. Les forces de l’ordre sont mobilisées aux Jeux olympiques. Les maires, pour certains, étaient en vacances. Durant l’orage, le téléphone d’une mairie a été coupé et aucun plan B n’avait été prévu. Des sacs de sable ont été distribués pour sauver les logements, mais ceux-ci fuyaient.

Les bénévoles sont confrontés à la stupeur des familles sinistrées : « Toutes mes denrées sont perdues, comment je vais nourrir mes enfants ? Est-ce que je peux avoir accès aux Restos du cœur ? », « Est-ce que je peux rester chez moi si le niveau d’eau a diminué ? », « Y a-t-il un danger ? Lequel ? » Personne ne sait comment réagir. Il n’y a aucune consigne, aucun guide. Clairement, nous n’étions pas prêts. Or, plus le temps passe, plus il faut l’être à chaque instant.


Observez-vous malgré tout une amélioration de la riposte, d’un épisode à l’autre ?

Non. Au lendemain des inondations de janvier, j’ai assisté à ce que l’on a appelé des « collectifs d’inondés ». J’ai observé la détresse la plus totale des sinistrés. Sept mois plus tard, leur souffrance est intacte. Une grande majorité des lacunes n’a pas été résolue. Sans arrêt, la même interrogation revient : « Pourquoi rien ne change ? »

J’ai rencontré une dame, dont l’appartement au rez-de-chaussée avait été inondé sur 80 cm de hauteur. Tous ses meubles étaient foutus. Elle a dû tout jeter, tout détapisser, tout laver encore et encore. Plusieurs mois après, et malgré un déshumidificateur tournant à plein régime, ça sent l’humidité à plein nez. Certains habitants commencent même à avoir des difficultés pulmonaires à la suite de ces épisodes.

Lire aussi : Inondations : au « village des sinistrés » du Pas-de-Calais

Alors, je m’interroge. Dans les zones inondables, ayant déjà essuyé plusieurs catastrophes, comment se fait-il qu’aucune formation n’ait été dispensée ? Comment se fait-il qu’aucun exercice pratique de simulation n’ait jamais été organisé ? Ces signaux sont catastrophiques. Aujourd’hui encore, les habitants ne savent pas à qui s’adresser pour demander de l’aide. Et celle-ci n’arrivant pas, pourtant plusieurs mois après les inondations records, certains refusent désormais de déclarer leur sinistre à la mairie. Ils sont convaincus que ça ne servira à rien.


Comment expliquez-vous cette éternelle impréparation ?

On s’est aperçus que tous les services destinés à venir en aide aux sinistrés travaillaient en silos. D’un côté, les services sociaux font de leur mieux avec ce qu’ils ont. Seulement, il n’y a jamais de logements d’urgence en nombre suffisant. De l’autre, certains maires, n’ayant pas de police municipale ni de services municipaux techniques, abandonnent leurs compétences d’entretien des fossés. Beaucoup sont désespérés, et tentent d’agir avec les moyens du bord.

« Un véritable ras-le-bol »

Gabriel Attal s’est déplacé jusqu’ici. Il a créé une mission pour modifier un peu la législation et alléger le cadre réglementaire et les procédures. C’est déjà un pas, mais ça n’est pas du tout suffisant. Tout cet éventail ne se coordonne pas. Et la parole n’est jamais accordée aux premiers touchés. Les inondés tentent de se dépatouiller, de trouver des solutions pratiques à partir des situations vécues, mais ils ne sont pas écoutés. Alors on dit : « Stop, ça suffit ». Un véritable ras-le-bol est en train de s’exprimer.


Vous avez adressé une lettre ouverte au Premier ministre démissionnaire. Que lui avez-vous dit ?

Cette lettre ouverte est un appel au secours. Des inondations, il y en a eu, il y en a et il y en aura encore. On connaît les zones les plus fragiles. Les experts savent désormais que l’absence de haies, les tracteurs de plus en plus lourds créant des sillons et tassant la terre, participent à la survenue de ces grandes inondations. La connaissance théorique est là.

Seulement maintenant, place à la pratique. Comment doit-on agir ? Comment s’organiser pour mettre fin à cette impréparation éternelle ? Comment faire pour que les citoyens, les inondés, les sinistrés et les habitants puissent être entendus ? L’expérience des victimes, dont on fait fi, est pourtant précieuse et doit nous guider. Nous avons donc proposé à Gabriel Attal la création d’une cellule officielle, qui aura pour mission de faciliter la participation citoyenne.


À vos yeux, qu’est-ce qui empêche la construction d’une politique plus efficace ?

Les intérêts financiers. Quand on voit que le plan Écophyto a été arrêté sous la pression de la FNSEA [le syndicat agricole majoritaire], ça saute aux yeux. Dans les commissions officielles — auxquelles participent les élus, les techniciens, les associations —, le monde agricole est surreprésenté, et notamment la FNSEA. Alors d’entrée de jeu, les dés sont pipés. Les associations et les experts peinent à être entendus, dès lors qu’ils questionnent les pratiques de l’agriculture conventionnelle. Guidés par la rentabilité, il est hors de question pour eux d’accepter une réduction des parcelles, de la taille des tracteurs ou encore de planter des haies. C’est vraiment embêtant.

Aujourd’hui, il faut une volonté politique forte. Il faut accepter la réalité du changement climatique et s’y adapter. Certains parlent de Plan Marshall. Ils n’ont pas tout à fait tort. Une chose est sûre, il faut un plan de grande ampleur prenant à bras-le-corps ces problématiques. Un plan capable d’accompagner socialement, écologiquement et pratiquement les habitants des zones inondables. Un plan capable de combler le fossé qui s’est créé entre les décideurs et les premiers concernés.

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