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Oiseaux coachs de chant, baleines profs… Quand les animaux apprennent les uns des autres

Les diamants mandarins se choisissent des coachs de chant.

Des oiseaux qui apprennent à d’autres leurs techniques de chant, des singes qui se refilent leurs bonnes adresses, des bourdons qui partagent leurs tutos... Les animaux aussi apprennent les uns des autres.

[Chronique « Animaux géniaux »] On nous le serine depuis l’Antiquité : la mémoire des poissons serait courte, la cervelle des moineaux minuscule, la cruauté des ours sans pareille… Pourtant, les études scientifiques démontrant que les non-humains rivalisent d’intelligence, de sensibilité et d’ingéniosité s’accumulent. Chaque mois, Reporterre vous propose un florilège consacré à ces vivants si fascinants.



  • Les diamants mandarins se choisissent des coachs de chant

Avez-vous déjà, ado, cherché à imiter votre chanteur préféré dans le secret de votre salle de bain, votre brosse à cheveux en guise de micro ? Chez les diamants mandarins (Taeniopygia guttata), petits oiseaux chanteurs originaires d’Australie, l’apprentissage des vocalises se fait aussi façon The Voice.

Dans une étude publiée en 2025 dans Journal of Neuroscience, les chercheurs Tomoko Fujii et Masashi Tanaka, de l’université japonaise de Waseda, ont montré que les jeunes mâles se choisissent et imitent des « coachs » pour s’exercer. Les adultes les plus convoités sont ceux qui chantent le moins souvent, mais le plus longtemps.

Ce choix est en grande partie émotionnel, ont découvert les chercheurs. Ils ont en effet désactivé l’amygdale — la partie du cerveau qui gère les émotions chez les mammifères — chez certains jeunes oiseaux. Surprise : ces derniers ont continué d’imiter correctement les chants ; en revanche, ils se sont mis à s’approcher de tous les adultes et à copier un peu n’importe qui. Chez les diamants mandarins, cet organe agirait donc plutôt comme un filtre social, aidant l’oiseau à décider qui mérite d’être imité.

  • Des baleines à bosse s’enseignent de nouvelles techniques de chasse

Les fjords de Kitimat, à l’ouest du Canada, n’ont rien du « monde du silence ». Dans leurs profondeurs, les baleines à bosse partagent leurs connaissances, se donnent des conseils de chasse… C’est ce qu’a découvert une équipe de scientifiques, dont les résultats ont été publiés en janvier dans la revue Proceedings of the Royal Society.

Les chercheurs ont étudié pendant vingt ans un groupe d’environ 500 baleines à bosse, vivant au nord de la Colombie-Britannique. Leurs observations suggèrent que quelques individus clés ont diffusé, au sein de la population, un savoir précieux : l’art de confectionner des « filets de bulles » en relâchant de l’air par l’évent, afin de former des cages d’air dans lesquelles les proies se retrouvent piégées. Cette technique permet aux baleines de multiplier par sept leurs prises.

Une baleine à bosse pêchant avec un «  filet de bulles  » avec son baleineau. © Proceedings of the Royal Society

L’équipe est parvenue à cette conclusion en cartographiant les interactions entre les baleines à bosse du groupe — à l’aide de plus de 7 500 photographies —, ainsi que la date à laquelle chacune d’entre elles s’était mise à chasser en utilisant des « filets de bulles ». La technique s’est diffusée en même temps que se tissaient des liens entre baleines expertes et novices. Ce comportement s’est propagé particulièrement « rapidement » lors de la canicule marine de 2014-2016, qui a profondément ébranlé l’écosystème du Pacifique, et réduit la quantité de nourriture disponible.

Selon l’une des autrices de cette étude, cette population a sûrement découvert cette technique en frayant avec un autre groupe en provenance d’Alaska, à Hawaï, où tous deux se rendent l’hiver pour se reproduire. Ce n’est pas le seul cas « d’apprentissage social » recensé chez les mammifères marins : d’autres travaux ont montré que les techniques du « lobtail » (qui consiste à chasser en frappant l’eau avec sa queue) et du « trap-feeding » (où les baleines profitent de la présence d’oiseaux en action de chasse pour piéger à la surface les harengs en fuite) se transmettaient de manière culturelle.

Les leçons sont parfois plus ludiques : dans les années 1980, une orque femelle de Puget Sound, dans l’État de Washington, a appris à ses congénères à… porter des saumons sur leur tête, comme un chapeau.

  • Les singes-araignées partageraient entre eux les meilleurs spots de fruits

Chez les singes-araignées aussi, on se refile ses bonnes adresses. Dans une étude publiée en janvier dans la revue NPJ Complexity, une équipe de chercheurs soutient que ces primates « partagent » des informations sur l’emplacement des meilleurs arbres fruitiers dans la forêt.

Les scientifiques ont étudié pendant sept ans une colonie de singes-araignées de Geoffroy — reconnaissables à leurs longs bras et leur queue effilée —, vivant dans la péninsule du Yucatán, au Mexique. Pour chercher leur nourriture, ces primates se divisent en sous-groupes, dont la composition change chaque jour.

Ces changements d’équipe ne sont pas influencés par l’âge, le genre ou le statut, précisent les auteurs. « Il ne s’agit pas simplement de contacts sociaux aléatoires, c’est un système ingénieux, explique Matthew Silk, écologue à l’université d’Édimbourg et coauteur de cette étude. En modifiant constamment la composition de leurs sous-groupes, les singes qui connaissent différentes parties de la forêt peuvent échanger des informations sur les endroits où l’on trouve des fruits. »

Cette dynamique leur permet de ne pas se limiter aux parties de la forêt les plus connues — comparables aux « restaurants les plus populaires d’une ville », selon Matthew Silk —, mais de profiter collectivement de ses « trésors cachés ». On connaît des humains qui partagent moins facilement leurs trouvailles gourmandes !

  • Les bourdons imitent leurs congénères pour résoudre un casse-tête

Les humains ont inventé le tuto sur YouTube, mais les bourdons n’ont malgré tout pas grand-chose à leur envier. Une étude publiée en 2024 dans la revue Nature montre qu’ils peuvent apprendre de leurs congénères un comportement qu’ils ne parviennent pas à découvrir seuls. En témoignent les travaux d’Alice D. Bridges et ses collègues, qui ont confronté des spécimens de Bombus terrestris à une diabolique boîte-puzzle nécessitant deux actions successives pour accéder à une récompense sucrée.

Le dispositif impose d’abord de pousser une languette bleue, sans sucrerie immédiate, puis une languette rouge permettant d’ouvrir la boîte. Aucun insecte naïf n’a jamais réussi à ouvrir la boîte. Les bourdons avaient bien trifouillé les mécanismes, mais avaient fini par perdre tout intérêt pour ce trop ambitieux casse-tête.

Les bourdons devant la languette rouge permettant d’ouvrir la boîte. © Nature

Des bourdons « démonstrateurs » ont ensuite été entraînés sur environ deux jours pour maîtriser l’ouverture de la boîte. La formation n’a pas été une mince affaire : ils refusaient d’effectuer la première action sans récompense. Les chercheurs ont donc dû tricher en ajoutant temporairement du sucre sous la languette bleue avant de le retirer progressivement.

Dernière étape, l’apprentissage social. Quinze bourdons naïfs ont observé un démonstrateur pendant 30 à 40 sessions, soit jusqu’à treize heures d’exposition. Résultat : 5 observateurs sur 15 ont appris à ouvrir la boîte complète, sans jamais avoir été récompensés pour la première étape. Ils ont ensuite reproduit le comportement lors de sessions en solo, confirmant l’acquisition.

Comment s’est effectuée la transmission ? Deux techniques ont été observées : la méthode « en deux poussées » et la technique dite « squeezing », consistant à se faufiler en un mouvement continu. Les élèves ayant réussi ont tous adopté la seconde, suggérant que les bourdons copient non seulement le résultat, mais aussi le style. Les chercheurs ont aussi observé un comportement de « filature » : les élèves suivaient de très près le démonstrateur, parfois antennes contre antennes, comme des stagiaires collés à leur tuteur. Plus cette observation rapprochée durait, plus l’apprentissage avait de chance de réussir.

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