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Parler d’écologie aux jeunes : pas facile, racontent les profs

Durée de lecture : 5 minutes

12 juin 2019 / Laury-Anne Cholez (Reporterre)

Alors que la jeunesse marche régulièrement pour le climat, des professeurs essaient d’intégrer l’écologie aux programmes scolaires. Mais il n’est pas toujours facile de sensibiliser les élèves à ces thématiques. Exemple dans un collège à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis.

  • Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), reportage

Ils sont des milliers à descendre dans les rues tous les mois. Des milliers à brandir leurs pancartes colorées, teintées d’humour noir, qui demandent « plus de pingouins sur la banquise, moins de manchots à l’Élysée ».

Les participants — souvent mineurs — aux marches pour le climat prouvent que la jeunesse s’intéresse désormais à l’écologie. Avec un bémol toutefois : la grande majorité des manifestants sont blancs, souvent scolarisés dans les établissements parisiens. À seulement quelques kilomètres de la capitale, dans la ville de Saint-Ouen, les élèves du collège Michelet n’ont jamais marché pour la justice climatique. Bien peu étaient informés de ces mobilisations, jusqu’à ce que certains professeurs leur en parlent. « Dans leurs familles, ce genre de thématique n’est pas abordée. Ils sont plutôt dans une optique de consommer, détruire, racheter », constate Coralie Desangle, professeure d’anglais dans cet établissement classé réseau d’éducation prioritaire (REP). Avec sa classe de troisième, elle a décidé de monter un projet pédagogique autour du climat. « Quand j’ai vu le discours de Greta Thunberg à l’ONU, j’ai sauté sur l’occasion. »

« Il faut tout faire dans l’urgence : la santé, l’environnement, la vie des êtres vivants, c’est expéditif » 

Pour trouver des idées pédagogiques et un peu de soutien, elle se rend régulièrement sur un groupe Facebook baptisé « profs en transition », qui compte près de 5.500 personnes. « Si vous aussi vous considérez qu’il est de notre devoir d’œuvrer pour éveiller les consciences de nos élèves aux défis écologiques qu’ils rencontreront demain (…), le groupe Profs en transition est fait pour vous », précise la description.

Sa collègue Élodie Wahl, professeure de français, a également mis en place un cycle de travail sur le thème du réchauffement climatique, avec le support d’articles de Reporterre. Non sans difficultés : « Lorsque nous avons parlé des incendies en Californie, ils ne savaient pas qu’en craquant une allumette sur des feuilles mortes, la forêt s’enflammait. » Pour ces élèves en classe de quatrième, l’écologie se limite au ramassage des déchets et au recyclage, souvent timide. « Ma mère, elle garde les bouteilles de Cristaline pour mettre du jus de bissap dedans », explique une élève. « La mienne, elle essaie de faire le tri, mais on n’a qu’une seule poubelle chez nous », enchérit sa camarade.

Lors de la marche pour le climat parisienne du 25 mai 2019.

Dans le même collège, Églantine Schneider Maunoury, professeure de SVT, estime que le temps qu’elle consacre au changement climatique dans sa classe n’est jamais suffisant : « Il faut tout faire dans l’urgence : la santé, l’environnement, la vie des êtres vivants, c’est expéditif. » Seuls les troisièmes ont assez de temps pour travailler en détail sur les énergies renouvelables. Il y a deux ans, une épreuve du brevet portait justement sur ce sujet. En histoire-géographie, Élie Diraison regrette que la thématique écologique ne soit pas plus intégrée aux programmes, par exemple pour parler de la chute de certaines civilisations. Ou encore de la révolution industrielle. De même qu’en éducation civique, il est surtout question de laïcité et bien rarement d’écologie. « Ce thème pourrait pourtant servir de fil rouge pour faire dialoguer les matières entre elles », explique Élie Diraison.

« Donner aux élèves des outils pour faire des choix en tant que citoyens » 

Faire de l’écologie une matière transdisciplinaire : tel est le projet du programme « éco-école », lancé en 2005 par l’association Teragir.

« On doit donner aux élèves des outils pour faire des choix en tant que citoyens, car on ne sait pas comment sera le monde lorsqu’ils seront adultes », enchérit François Bénichou.

Mieux préparer les plus jeunes à un futur totalement incertain, c’est également l’avis d’Hervé Le Treut, climatologue et membre de l’Académie des sciences. « Il faut avoir une capacité à réagir aux nouvelles alertes, à raisonner, à être rebelles face aux fausses informations. Éveiller l’esprit critique pour se dresser contre les injustices. » Pour lui, cela doit commencer dès le plus jeune âge et dans toutes les filières, même lorsqu’on ne maîtrise pas toutes les théories scientifiques. « On peut bien expliquer les choses sans forcément utiliser des équations, par exemple en s’appuyant sur l’histoire des sciences. Dire qu’il faut forcément posséder une base technique pour comprendre les enjeux ne me paraît pas recevable car cela va limiter la connaissance aux gens qui savent déjà. » Car l’école doit apprendre aux plus jeunes à connaître la planète pour la protéger « sans tomber dans le catastrophisme ni la culpabilisation ».


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Source : Laury-Anne Cholez pour Reporterre

Photos :
. chapô : Alexandre-Reza, journaliste à Reporterre, lors d’une présentation devant des élèves du collège Michelet de Saint-Ouen, en mai 2019. © Laury-Anne Cholez/Reporterre

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