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Luttes

Pauvreté, racisme, climat : les luttes font front uni dans la rue

La marche climat du 12 mars 2022 à Paris.

Plusieurs centaines d’organisations citoyennes appellent à une mobilisation samedi 9 avril dans toute la France. À la veille du premier tour de la présidentielle, la « marche pour le futur » veut mettre la justice, le climat, l’égalité et la paix au cœur des débats.

« S’unir » pour ne pas céder aux sirènes du « fatalisme ». À la veille du premier tour de l’élection présidentielle, les mouvements sociaux ont d’ores et déjà l’intention d’enclencher un rapport de force pour les cinq prochaines années. Intitulé « marche pour le futur », l’événement, qui se tiendra samedi 9 avril, vise à montrer que les combats contre le racisme, les violences de genre, la précarité, le chaos climatique s’entremêlent, et qu’un front commun est possible.

Prenant à bras le corps les questions de logements mal isolés, de déplacements de populations, ou encore des énergies fossiles, l’initiative est portée par des organisations militantes telles que le Comité Adama, #NousToutes, Alternatiba, Les Amis de la Terre, et la Fondation Abbé Pierre. À leurs côtés, près de 300 associations, syndicats, entreprises et collectifs ont signé l’appel pour une mobilisation prévue dans soixante-quinze villes. Dans le sillage de la marche « Look up » — en référence à la fiction climatique à succès de Netflix Don’t Look Up — du 12 mars dernier, ces alliances inédites désirent mettre le climat et la justice sociale au cœur du débat présidentiel. « Toutes ces violences se renforcent mutuellement. Pour en combattre une, il nous faut les combattre toutes, car nous ne pouvons pas espérer en finir avec l’une sans s’attaquer aussi aux autres », affirment les organisateurs dans un communiqué.

La Marche du siècle en mars 2019, à Paris.

Face à une campagne présidentielle atone où la diversion de l’extrême droite sur les questions de sécurité et d’immigration occupe l’espace médiatique, l’enjeu est de taille pour ces citoyens déçus et malmenés par le quinquennat d’Emmanuel Macron. Gabriel Mazzolini, des Amis de la Terre, cite pêle-mêle : la hausse des prix à la consommation, la dépendance énergétique, et la baisse des APL (aide personnalisée au logement). Lors d’une conférence de presse mardi 5 avril, l’activiste soulignait un paradoxe : « En France, soixante-trois milliardaires polluent plus que la moitié de la population. » Des thèmes « sortis des débats » par la crise sanitaire du Covid-19, et plus récemment, la guerre en Ukraine tandis que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a publié lundi 4 avril le dernier volet de son sixième rapport sur le climat.

« Organiser ces moments de lutte commune »

Les experts de l’ONU insistent sur la « réduction substantielle » des combustibles fossiles et voient dans la sobriété et le recours aux énergies renouvelables les moyens les plus efficaces pour endiguer le réchauffement climatique. D’après leurs résultats, l’humanité dispose de trois ans pour réduire ses émissions de CO2. Le besoin d’agir se fait de plus en plus pressante. « C’est à peine plus de la moitié d’un quinquennat », a insisté Élodie Nace, porte-parole d’Alternatiba.

Surtout, les organisateurs de la « marche pour le futur » font un constat simple : ces dernières années ont été « témoins de la montée des inégalités » et d’une « amplification du dérèglement climatique », mais elles ont été riches sur le plan des mobilisations citoyennes. Parmi celles-ci on retient : les 350 000 personnes réunies pour la Marche du siècle en mars 2019, les 150 000 manifestantes [1] de la marche NousToutes contre les violences sexistes et sexuelles en novembre 2019, et les 120 000 citoyens place de la République le 13 juin 2020 mobilisés contre les violences policières. « On se retrouve dans le même schéma qu’en 2017, regrettait Youcef Brakni, du Comité Adama. Rien n’a bougé, malgré ces mobilisations inédites, ce qui pose question… » Dès lors, le mot d’ordre est donné : « Organiser ces moments de lutte commune. » Et ne pas plier face à un « système qui a compris que pour gouverner, il doit diviser », a souligné Pauline Baron, de NousToutes, qui rappelle que selon l’ONU, 80 % des personnes déplacées par les catastrophes et les changements climatiques dans le monde sont des femmes et des filles.

À Paris, la marche débutera samedi à 14 heures place de la Bastille pour s’achever place de la République en chansons puisque de nombreux artistes (Jacques, Suzanne, Terrenoire…) monteront sur scène. En parallèle, le collectif des Scientifiques en rébellion a prévu de mener une action de désobéissance civile non violente pour interpeller les candidates et candidats à l’élection présidentielle sur les enjeux de la crise bioclimatique.

Fatima Ouassak, politologue, devant la banderole de la Maison de l’écologie populaire.

Contraints par la période de réserve qui leur incombe à la veille du premier tour, difficile, pour l’heure, de savoir si ces derniers participeront à la marche. Un membre de l’équipe de campagne de l’écologiste Yannick Jadot a déjà fait savoir que le candidat sera bien présent dans le cortège samedi arguant qu’un « candidat peut aller acheter son pain ou se promener ». La militante Élodie Nace a mis en garde celles et ceux qui tenteraient de déceler un soutien potentiel dans l’initiative de l’évènement : « On appelle à voter contre l’extrême droite, et pour certaines idées. » Peut-on toutefois espérer d’autres mobilisations communes ? « Nous verrons qui sera le prochain ministre de l’Intérieur… » a grincé la féministe Pauline Baron.

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