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Plusieurs milliers de personnes ont défilé contre l’EPR de Flamanville

3 octobre 2016 / Julie Lallouët-Geffroy et Emmanuel Brossier (Reporterre)



Samedi 1er octobre, entre 3.000 et 5.000 personnes ont manifesté jusqu’au pied de la centrale nucléaire de Flamanville. Elles s’opposent à la construction du réacteur EPR, et plus largement à une industrie considérée comme « un fiasco industriel ».

- Siouville-Hague (Manche), reportage

Le rendez-vous aura duré tout le week-end dans la commune de Siouville-Hague, coincée entre l’usine de retraitement de la Hague au nord, et la centrale nucléaire de Flamanville au sud. Samedi 1 octobre, une grand marche a relié la petite ville et la centrale où se trouve le réacteur EPR (European pressurized water reactor) qui n’en finit pas d’être en travaux. 5.000 personnes, venues de toute la France, y ont participé selon les organisateurs, 3.000 selon la préfecture. Une certitude, le cortège n’en finissait pas de serpenter le flanc des collines jusqu’au pied de la falaise, qui cache, au détour d’un virage, la centrale. Étrange effet de contraste dans ce paysage de jolie carte postale de la côte ouest du Cotentin.

Ce jour-là, le ciel était le terrain d’une bataille entre soleil, nuages, pluie et grêle. A peine lancé, le cortège s’est vu gratifié d’une averse de grêle généreuse et fournie, de quoi être trempé jusqu’à l’os, mais les rires ont pris le dessus sur les bougonnements, et le cortège est reparti de plus belle avec ses combinaisons jaunes. De nombreuses associations, allant du réseau Sortir du nucléaire à la Confédération paysanne, en passant par les partis politiques, dont trois candidats à la primaire EELV (Cécile Duflot, Yannick Jadot et Michèle Rivasi), étaient présents. Le cortège a terminé sa route au pied de la centrale tenue sous bonne garde policière. Une centaine de personnes a voulu aller un peu plus loin, au plus près du site d’EDF et des forces de l’ordre, sans que cela ne déclenche de heurts.

« L’information sur le nucléaire doit être publique »

C’est à mi-route, sur le port de plaisance de Diélette, entre Souiville-Hague et la centrale de Flamanville, que le collectif organisateur, le Can Ouest, et la vingtaine d’associations ayant appelé à la mobilisation, ont pris la parole, affirmant l’importance de clore ce « fiasco industriel qu’est la filière nucléaire ».

Marc Denis est physicien, membre du Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN). : « L’industrie nucléaire contrôle elle-même ses installations et, si elle le pouvait, éviterait de les réaliser. Les anomalies récemment constatées par l’Autorité de sûreté nucléaire sont graves et préoccupantes. Étant donné les enjeux, l’information sur le nucléaire ne doit pas rester dans l’entre-soi des industriels ; elle doit être publique, analysée par des organismes indépendants afin que la société puisse prendre des décisions en toute connaissance de cause. »

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Marc Denis : « Les anomalies constatées sur le nucléaire sont graves et préoccupantes »

Si la mobilisation a eu lieu début octobre, c’est parce que les enjeux des mois à venir ne sont pas anodins. Évidemment, il y a le contexte de l’élection présidentielle, mais aussi l’échéance d’avril 2017, date à laquelle, l’EPR de Flamanville est censé être achevé. Un délai qu’il semble difficile de respecter dans la mesure où la construction de ce réacteur dernière génération lancée en 2008, accuse des retards successifs. Sa mise en service était prévue en 2012, mais des anomalies sur la qualité de sa cuve l’ont entre autres retardée, tandis que son coût est passé de 3 à 10,5 milliards d’euros.

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Au centre, Didier Anger, un militant de toujours contre le nucléaire.

Sylvie Sauvage, porte-parole du Can Ouest, parle « d’acharnement thérapeutique » et dénonce par ailleurs la volonté de prolonger la durée de fonctionnement des réacteurs existants : ils ont été conçus pour une durée de 25 à 40 ans, mais une vingtaine d’entre eux ont atteint cette limite. Et pourtant « la filière s’acharne à vouloir prolonger leur durée de vie par des rafistolages multiples, d’une fiabilité toute relative, à des coûts exorbitants ». Il s’agit en l’occurrence du « grand carénage » lancé par EDF pour un coût estimé par la Cour des comptes de 100 milliards d’euros.

« La seule industrie qui vend un produit qui ne fonctionne pas »

Véronique Bérégovoy, vice-présidente EELV de la région normande, enfonce le clou en illustrant « ce fiasco industriel » par la récente plainte déposée par l’opérateur finlandais, TVO contre Areva, qui construit avec de grandes difficultés un EPR en Finlande. Mme Bérégovoy pointe aussi les risques induits par la restructuration d’Areva.

Elle estime que « le nucléaire est la seule industrie au monde qui continue de vendre un produit qui ne fonctionne pas ». En effet, malgré les incidents multiples qui émaillent l’histoire de l’EPR, la France vient de signer pour la construction de deux EPR au Royaume-Uni à Hinkley Point.

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Allan Jeffery (à droite) est opposé à la construction d’EPR à Hinkley Point.

Allan Jeffery est venu du sud-ouest de l’Angleterre, de Bridgewater, à 20 km d’Hinkley Point, pour parler de ce récent accord. « Nous avons tous le même problème. La population semble baigner dans le conte de fées du monde merveilleux du nucléaire, alors que nous savons que ces lendemains qui chantent n’arriveront pas avec une telle technologie. » L’Angleterre dispose de quinze réacteurs répartis dans sept centrales. Cela fait une vingtaine d’années qu’aucune nouvelle construction n’a été entreprise, d’où l’accord sur deux nouveaux réacteurs, accord auquel s’oppose le collectif Stop Hinkley.

Un renouvellement militant difficile

Face à ces enjeux financiers, sanitaires et environnementaux, les organisateurs de la mobilisation ont affirmé « la nécessité de reconstituer un mouvement capable de remporter des combats dans les mois qui viennent ». Sur le port de Diélette, l’un des porte-paroles évoque le surgénérateur Superphénix, un échec majeur de l’industrie nucléaire, en cours de démantèlement : « Nous ne sommes pas Superphénix, car nous ne sommes pas morts, mais nous ne renaissons pas non plus. » Face au constat d’une génération qui ne se renouvelle pas assez, la jeunesse est tout de même présente, à l’image de Marie-Anne et Nayizid, la vingtaine.

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Marie-Anne et Nayizid : « Cette expérience va me donner envie de m’impliquer ».

« Je suis tout nouveau, c’est la première fois que je viens, explique Nayizid. D’habitude j’envoie plutôt des messages de soutien sur les réseaux sociaux. J’espère que cette expérience va me donner envie de plus m’impliquer ». Son amie, Marie-Anne, considère que la délocalisation des conséquences du nucléaire freinent les gens à se mobiliser : « L’uranium est extrait au Niger, c’est loin ; par contre, l’enfouissement de déchets près de chez soi, là les gens se mobilisent ».

L’EPR de Flamanville, emblème d’une lutte ancrée sur tout le territoire

L’EPR était en ce samedi le sujet du jour, le combat emblématique, mais la lutte contre l’enfouissement de déchets nucléaires à Bure était sur toutes les lèvres.

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Myriam : « Il s’agit de l’avenir de nos enfants ».

Myriam, qui a passé la nuit sur la route pour venir depuis les Vosges, rappelle les promesses liées à la centrale de Fessenheim qui concentre son attention. « Il faut que l’on soit tous ensemble pour obtenir la fermeture de cette centrale qui a été promise par le gouvernement. J’ai l’impression qu’il veut prolonger la durée de vie de la centrale jusqu’à l’éventuel accident. C’est grave car il s’agit de l’avenir de nos enfants, des générations futures. Nous devons exiger, et non plus demander gentiment, la fermeture de cette centrale et des autres. »

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Johan : « Le nucléaire est une question qui nous concerne tous ».

Pour Johan, il s’agit d’un problème national et international : « Je préside l’association Confluence pour sortir du nucléaire qui représente les habitants des Yvelines, parce que le nucléaire est une question qui nous concerne tous, même si nous n’avons pas de centrales à proximité. »

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Jean : « Le nucléaire c’est la mort ».

Jean quant à lui se mobilise sur de nombreuses manifestations. De Notre-Dame-des-Landes à Flamanville, le retraité n’hésite pas à quitter son village, proche de Colmar en Alsace, pour être présent. « Mon combat c’est le nucléaire et les OGM, c’est important pour moi d’être là et pas de me contenter de signer une pétition. Le nucléaire, c’est la mort, c’est pour ça que je suis là. »




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Lire aussi : Les centrales françaises ne sont plus à l’abri d’un accident

Source : Julie Lallouët-Geffroy pour Reporterre

Photos : © Emmanuel Brossier/Reporterre

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