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Agriculture

« Construire un poulailler prend plus de temps que rénover Notre-Dame » : quand Emmanuel Macron reprend un refrain du lobby agro-industriel

Un éleveur peut implanter un élevage comptant jusqu’à 85 000 poulets de chair sans avoir à passer par l’étape de l’autorisation. Ici, dans un poulailler de la société Gatineau à Menomblet, dans l'ouest de la France, en septembre 2023.

Au Salon de l’agriculture, Macron a promis d’accélérer les procédures pour la création de nouveaux poulaillers. Les règles en la matière se sont pourtant déjà assouplies au détriment de l’environnement et du bien-être animal.

« On ne peut pas mettre plus de temps à faire un poulailler qu’on a pris à rénover Notre-Dame. » C’est ce qu’a déclaré Emmanuel Macron le 21 février, au premier jour du Salon de l’agriculture. Aussi le président de la République a-t-il promis à la filière volaille d’accélérer les procédures d’installation de poulaillers, sur le modèle de la reconstruction de la cathédrale parisienne — réalisée en cinq ans — ou des Jeux olympiques 2024.

Ces modifications législatives pourraient être intégrées dans le projet de loi d’urgence agricole annoncé le 13 janvier par le Premier ministre, et qui reprendra une bonne part des demandes de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire et productiviste.

Demande croissante des consommateurs 

Pour la profession, construire plus vite des poulaillers serait « la condition indispensable » pour atteindre l’objectif de « reconquête et maintien de la souveraineté française », tel qu’a été intitulé le manifeste dévoilé le 23 février par l’interprofession volaille, avec les filières du porc, du lapin et des palmipèdes gras. Parmi les quinze propositions listées dans ce document, la première consiste à installer 2 200 poulaillers de volaille de chair d’ici 2035 (la France compte plus de 10 000 élevages aujourd’hui), et 575 poulaillers de poules pondeuses (plus de 3 000 élevages aujourd’hui).

Pour les professionnels du secteur, c’est le seul moyen de répondre à la demande croissante des consommateurs sans avoir recours à l’importation : « Plus de la moitié des poulets consommés en France sont aujourd’hui importés (52,4 %, + 2 pts [par rapport à] 2024), principalement sous forme de filets et de préparations longue conservation à bas coût, utilisés massivement dans l’industrie agroalimentaire et la restauration. »

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La filière œufs avance, quant à elle, une projection de 269 œufs consommés chaque année par habitant en 2035. En 2025, la consommation a déjà atteint un record avec une moyenne de 237 œufs par habitant. La filière a même revu récemment ses objectifs à la hausse : elle vise désormais 575 nouveaux poulaillers construits d’ici à 2035 — c’est-à-dire 10 millions de places de poules en plus — contre les 300 fixées initialement à 2030, a-t-elle indiqué lors de la conférence de presse du 23 février.

Et encore, ces estimations ne prennent pas en compte « la perte potentielle de places liée à la transition vers la fin de la cage et la diminution de densité », prévient-elle.

Des règles déjà assouplies

Pour faciliter la production, le secteur réclame la création d’un régime ICPE (pour Installations classées pour la protection de l’environnement) spécifique à l’élevage, « distinct des logiques industrielles ». La FNSEA estime en effet que la réglementation ICPE, initialement prévue pour l’industrie, ne devrait pas s’appliquer à l’agriculture. Le manifeste plaide également pour qu’aucune réglementation européenne ne soit imposée à la filière sans étude d’impact économique, que les élevages de viandes blanches ne soient plus soumis à la directive relative aux émissions industrielles, que soit mise en place une simplification des contrôles et des obligations administratives ainsi qu’une réduction des charges « accablant les entreprises » (écocontribution emballage, redevance eau, etc.).

Pourtant, les règles qui encadrent les poulaillers industriels ont été déjà largement assouplies ces derniers mois, avec l’adoption de la loi Duplomb et la publication de ses décrets d’application.

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D’une part, les seuils à partir desquels les exploitations sont soumises à autorisation environnementale ont été relevés. Désormais, un éleveur peut implanter un élevage comptant jusqu’à 85 000 poulets de chair sans avoir à passer par l’étape de l’autorisation, qui impose la fourniture d’une étude d’impact et la mise en place d’une consultation du public. Auparavant, celle-ci était obligatoire à partir de 40 000 poulets.

Même chose avec les poules pondeuses : l’autorisation n’est obligatoire qu’à partir de 60 000 poules pondeuses, contre 40 000 avant. Les éleveurs peuvent se contenter d’un simple enregistrement, avec un dossier détaillé sur les impacts environnementaux. Une procédure beaucoup plus légère et bien moins coûteuse. Autre mesure de la loi Duplomb : plus besoin d’organiser une enquête publique avant l’installation d’un gros élevage. La mise en place d’une simple permanence en mairie suffit. Autant de mesures qui permettent déjà de faire gagner du temps aux porteurs de fermes-usines.

« Une mauvaise réponse à un vrai problème »

D’ailleurs, la pression du lobby agro-alimentaire est telle que les élevages pourraient sortir complètement du cadre des ICPE avant même le futur projet de loi d’urgence agricole. En effet, le 18 janvier, les sénateurs ont adopté, dans le cadre d’un autre projet de loi — le projet portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (Ddadue) — un article ouvrant la porte à la création d’une nouvelle police administrative spéciale pour les élevages. Ce qui permettrait de soustraire tous les élevages à la législation des installations classées pour la protection de l’environnement, expliquait le média Actu-environnement dans un article du 28 novembre 2025. Le texte doit désormais être examiné par les députés.

Or, comme l’écrivait Actu-Environnement, les élevages constituaient en 2024 « le troisième secteur le plus accidentogène parmi les ICPE, du fait en particulier d’incendies et de déversements d’effluents d’élevage, et représentaient l’une des sources principales des émissions d’ammoniac dans l’air », selon le dernier bilan de l’inspection des installations classées.

« On ne peut pas installer des poulaillers sans prendre en compte les impacts sur l’environnement et les habitats »

Pour la Confédération paysanne, la volonté présidentielle d’accélérer les procédures de construction des poulaillers est « une mauvaise réponse à un vrai problème ». Stéphane Galais, porte-parole national du syndicat agricole, considère que cette approche très segmentée du gouvernement ne permet pas de réfléchir au problème systémique de l’accessibilité à une alimentation de qualité. « On ne peut pas installer des poulaillers partout sans prendre en compte les impacts sur l’environnement et les habitats. On doit avoir une réflexion à plus long terme sur ce qu’est une alimentation résiliente et durable, et comment elle doit s’articuler avec l’agriculture. »

Par ailleurs, Stéphane Galais met en garde : « C’est bien de vouloir installer de nouveaux paysans et paysannes, mais il faut aussi faire attention à ne pas les envoyer dans le mur. On a déjà vu ce cas de figure où on incitait les gens à s’engager dans une production parce qu’il y avait une demande, et ils se sont retrouvés dans une impasse quand le marché s’est modifié. »

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