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EntretienSanté

Pourquoi nos excréments ont retardé les épreuves des JO

Le triathlon féminin des JO de Paris 2024 s'élance dans la Seine, le 31 juillet 2024.

Le report d’une épreuve du triathlon des JO de Paris en raison de la pollution de la Seine met en lumière notre mauvaise gestion des excréments, selon Paul Minier, docteur en sciences et techniques de l’environnement.

C’était la grande inconnue des Jeux olympiques (JO) de Paris : la Seine sera-t-elle suffisamment propre pour accueillir les épreuves de nage en eau libre ? L’épreuve masculine du triathlon a été reportée d’une journée, au mercredi 31 juillet, en raison d’une eau trop polluée. Les deux entraînements prévus les 28 et 29 juillet avaient déjà été annulés pour le même motif. Les organisateurs ont justifié ce report pour des « raisons sanitaires », à cause des fortes pluies tombées les jours précédents qui ont dégradé la qualité de l’eau. Rien d’étonnant selon Paul Minier, docteur de l’École des Ponts ParisTech et auteur d’une thèse sur le tout-à-l’égout et les risques sanitaires liés aux matières fécales.


Reporterre — Pourquoi le report de l’épreuve de triathlon en raison de la pollution de la Seine n’est-il pas surprenant ?

Paul Minier — Les risques sanitaires sont dus à la présence de bactéries indicatrices de contamination fécale. Les matières fécales peuvent contenir des pathogènes à l’origine de maladies infectieuses communément appelées gastro-entérites qui se transmettent par les mains ou par l’ingestion d’eau ou d’aliments souillés par des matières fécales de personnes contaminées. La transmission dépend donc du système d’assainissement.

À Paris, comme dans de nombreux pays à revenus élevés où l’eau est abondante, le système du tout-à-l’égout est largement utilisé. Cependant, il présente plusieurs inconvénients du point de vue sanitaire. Les matières fécales sont mélangées au reste des eaux usées dans un égout dit unitaire qui collecte également les eaux pluviales. Les égouts possédant des capacités limitées, en cas de fortes pluies, ça déborde et tout ce mélange va directement dans la Seine. C’est une des hypothèses pouvant expliquer l’origine de la contamination ayant conduit au report de l’épreuve de triathlon.

Par ailleurs, après la collecte, les eaux usées sont dirigées vers une station de traitement des eaux usées (Steu). Mais seulement 1,6 % des stations d’épuration sont équipées d’un traitement désinfectant en France. Ces systèmes ne sont souvent pas conçus pour éliminer efficacement les pathogènes fécaux, de ce fait, les risques sanitaires persistent.

De plus, si 1,4 milliard d’euros ont été investis pour assainir la Seine avec la création d’un immense réservoir pour les eaux de pluie capable de stocker 46 000 m3 d’eau, la vérification des mauvais branchements, la désinfection des eaux usées… ces mesures permettent de réduire la contamination microbiologique, mais elles ne l’éliminent pas entièrement. Structurellement, le tout-à-l’égout ne permet pas une barrière entre les déjections humaines et l’environnement.


Si le tout-à-l’égout ne fonctionne pas si bien, pourquoi s’est-il répandu dans l’ensemble des pays de l’hémisphère nord ?

Le tout-à-l’égout est considéré à tort comme l’une des plus grandes avancées médicales du XIXe siècle. Il est souvent admis que ce système a permis de faire baisser les cas de choléra au XIXe siècle à Paris. Or, celui-ci déclinait déjà avant le déploiement du tout-à-l’égout grâce à l’alimentation en eau potable, un meilleur accès aux soins ou une meilleure alimentation.

« 99,9 % de la contamination microbiologique présente dans les eaux usées provient des matières fécales »

Dès le départ, la décision du passage au tout-à-l’égout à Paris en 1894 était contestée par plusieurs personnalités comme Louis Pasteur ou Victor Hugo, dénonçant la diffusion de pathogènes fécaux dans l’environnement et la pollution des rivières.

La critique n’a jamais cessé tout au long du XXe siècle, mais le verrouillage sociotechnique autour du tout-à-l’égout s’est renforcé par l’urbanisation, l’industrialisation et le confort apporté pour l’utilisateur. Il faut dire que le système de fosse d’aisance et de pot de chambre utilisé avant posait des problèmes pour l’évacuation des matières et la diffusion d’odeurs nauséabondes dans les immeubles et les rues. Ces problèmes ne sont pas une fatalité et des solutions existent aujourd’hui pour y remédier.


Séparer les matières fécales des eaux usées, c’est donc ça la solution ?

Oui c’est déterminant, car 99,9 % de la contamination microbiologique présente dans les eaux usées provient des matières fécales, alors qu’elles ne représentent que 0,1 % du volume des eaux usées produites par personne et par jour. Séparer les matières fécales des eaux usées permettrait ainsi de retirer la quasi-totalité du risque sanitaire et de confiner les matières fécales de la toilette jusqu’à un traitement hygiénisant.

C’est ce que pourraient permettre les toilettes sèches si elles sont mises en œuvre avec rigueur. Pour cela, il faudrait utiliser des contenants fermés pour éviter les risques de renversement pendant le stockage et le transport. Ensuite, le compostage des matières fécales doit être effectué dans un endroit fermé, pendant deux ans. Enfin, il convient d’être vigilant pour éviter la formation de lixiviats — le liquide résiduel issu de la pluie et de la fermentation des déchets enfouis — en protégeant le compost des intempéries et en empêchant les infiltrations.

Ce système est déjà répandu en zone rurale et il y a plusieurs expérimentations en zone urbaine dans des bâtiments à Bordeaux ou à Dol-de-Bretagne. Bien qu’il reste encore des progrès à faire en termes d’acceptation, je suis convaincu que les toilettes sèches seront plus largement déployées dans un avenir proche. Cette solution semble indispensable pour économiser l’eau, tout en protégeant la santé publique et l’environnement.

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