A69 : l’opposant Thomas Brail relaxé, le parquet fait appel
Thomas Brail à la sortie du tribunal correctionnel de Toulouse, le 5 juin 2025. - © Antoine Berlioz / Reporterre
Thomas Brail à la sortie du tribunal correctionnel de Toulouse, le 5 juin 2025. - © Antoine Berlioz / Reporterre
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L’opposant à l’A69 Thomas Brail a été relaxé par le tribunal correctionnel de Toulouse. Il était poursuivi pour avoir fait obstacle aux travaux en s’accrochant à un platane.
Toulouse (Haute-Garonne), reportage
« Je n’ai pas peur du jugement des hommes, je crains surtout celui de mon fils si je ne fais rien. » Habitué aux formules choc, le militant écologiste Thomas Brail a été relaxé par le tribunal correctionnel de Toulouse jeudi 5 juin. Il lui était reproché de s’être opposé aux travaux de l’autoroute A69, en mars et en mai 2023 à Vendine (Haute-Garonne), en s’accrochant à un platane et en opposant son corps à un engin de chantier.
« Il n’y a rien qui me fera arrêter de lutter. Si on ne fait rien, on n’offrira aucun avenir à nos enfants », a-t-il avancé devant la présidente du tribunal, vêtu d’un tee-shirt du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA), association dont il est le fondateur. Le parquet a annoncé faire appel de cette relaxe.
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Comme d’habitude dans ce genre de dossier, les avocates du prévenu ont justifié les actions de Thomas Brail par un « état de nécessité » qui l’aurait poussé à utiliser, au regard de l’urgence climatique, son droit à la liberté d’expression. Elles ont également mis en avant l’illégalité de ces abattages d’arbres d’alignement durant une période de nidification de la mésange bleue. L’illégalité des travaux est, selon les avocates, d’autant plus manifeste depuis la décision de justice du 27 février annulant l’autorisation environnementale de l’autoroute A69.
Sur place, plusieurs soutiens étaient présents, notamment des « écureuils », l’économiste Geneviève Azam, l’urbaniste Karim Lahiani et le botaniste Francis Hallé. Ces trois opposants à l’autoroute se sont rendus à l’audience en tant que témoins pour expliquer devant la cour les raisons qui les poussent à soutenir Thomas Brail et à comprendre son geste.
« C’est un geste courageux qui a été largement compris par la société »
Francis Hallé, biologiste reconnu internationalement pour ses travaux sur les forêts, a notamment affirmé : « Il n’y a pas de hiérarchie dans la vie. Je ne suis pas plus vivant qu’un arbre. On peut même considérer qu’ils sont plus utiles que nous, puisque ce sont eux qui rendent notre air respirable, a avancé le scientifique de 87 ans. Thomas Brail et moi menons le même combat pour défendre les arbres. J’admire les risques qu’il a pris pour cela. »
À la barre, Geneviève Azam a appelé le tribunal à entendre l’urgence d’agir contre le réchauffement climatique et a assuré avoir vu dans le geste de Thomas Brail « une nécessité vitale. Ce geste de désobéissance civile entend obéir à des principes éthiques, scientifiques et juridiques. C’est un geste courageux qui a été largement compris par la société ».
Le concessionnaire, Atosca, et le constructeur de l’autoroute, Guintoli, considérés comme les victimes dans cette affaire, n’étaient pas représentés par leurs avocats. Le parquet a requis 3 000 euros d’amende contre le fondateur du GNSA. « Cette audience n’est pas le procès de l’A69, ne nous trompons pas de débat. Les arbres pouvaient être légitimement abattus et Monsieur Brail était en infraction en s’opposant aux travaux », a avancé Magali Duharcourt, représentante du ministère public lors de cette audience.
D’autres décisions attendues en juillet
Des arguments qui n’ont visiblement pas convaincu le tribunal correctionnel de Toulouse, qui a relaxé le militant écologiste. Ce délibéré pourrait faire jurisprudence, alors que plusieurs décisions sont attendues début juillet concernant des « écureuils » ayant occupé des arbres sur le tracé de l’autoroute.
Ce procès s’inscrit dans une répression particulièrement intense contre les opposants à l’autoroute A69. Depuis le début du chantier en mars 2023, environ 130 personnes ont été poursuivies pour s’être opposées aux travaux. Une cinquantaine de contrôles judiciaires, des condamnations à de la prison avec sursis, des peines avec bracelet électronique et des interdictions de territoire sont également à noter, selon le décompte des militants.
Avec la probable reprise du chantier, rendue possible par une décision de la cour administrative d’appel le 28 mai, Thomas Brail promet de ne pas s’arrêter là, même s’il ne reste plus aucun arbre sur le chantier. Dans un entretien à Reporterre, le militant né à Mazamet (Tarn) a promis d’entamer une grève de la soif si les travaux reprennent. Tous les collectifs opposés à l’autoroute sont également prêts à réinvestir la lutte, avec un grand week-end de mobilisation prévu les 4, 5 et 6 juillet dans le Tarn.