Près de Montpellier, un tiers-lieu écolo bientôt expulsé
Créé en 2018, Macondo abrite cinq coopératives et quatre associations, qui expérimentent la sobriété sur 7 hectares de garrigue. - © David Richard / Reporterre
Créé en 2018, Macondo abrite cinq coopératives et quatre associations, qui expérimentent la sobriété sur 7 hectares de garrigue. - © David Richard / Reporterre
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Dans l’Hérault, la coopérative Macondo construit depuis six ans un « laboratoire de la transition écologique ». Malgré le succès et la sobriété de leur démarche, la mairie propriétaire du terrain exige leur déménagement.
Montarnaud (Hérault), reportage
Dans la combe parsemée de chênes verts, le vrombissement des perceuses répond aux battements des marteaux. Protégée du soleil hivernal par d’imposantes ombrières photovoltaïques, une fourmilière écolo s’active.
Ici, on ponce un futur composteur, là, on monte une tiny house – sorte de maisonnette en bois. Penchée sur un luminaire en cours de réparation, Thalie s’enthousiasme : « J’apprends à faire des choses avec mes mains, à être autonome, et c’est très épanouissant , explique la jeune femme, en formation. Et tout ça avec vue sur la nature ! »
Un combat mené depuis les années 1980
Promouvoir la résilience, telle est l’ambition de Macondo, « laboratoire dédié à la transition écologique » créé en 2018. Aux portes de la métropole montpelliéraine, ce tiers-lieu abrite cinq coopératives et quatre associations, qui expérimentent la sobriété sur 7 hectares de garrigue : potager permacole, toilettes sèches, four solaire, chauffage low-tech...
Mais plus pour très longtemps. Car le maire de Montarnaud, propriétaire du terrain, ne veut plus d’eux. Les vingt-sept travailleurs sont priés de plier bagage d’ici le mois de mai.
Tout avait pourtant bien commencé. Car Macondo est le fruit d’un combat écolo victorieux, engagé à la fin des années 1980. À l’époque, l’ancien édile de Montpellier, Georges Frêche, entendait implanter une immense décharge dans ce coin de maquis préservé. Après une âpre bagarre, élus locaux et habitants parvinrent à faire classer la zone Natura 2000, et à y installer quelques activités agricoles, ainsi que 16 000 m² de panneaux photovoltaïques.
En 2018, les quatre communes voisines – dont Montarnaud – validèrent d’un commun accord l’installation du tiers-lieu, alors porté par l’entreprise Ecosec, spécialisée dans l’assainissement écologique.
Des formations écolos pour les jeunes en décrochage
« Quand nous sommes arrivés ici, c’était un champ de bouillasse et d’ombrières, se rappelle Benjamin Clouet, co-fondateur de la Scop. On a tout fait de A à Z. » Bientôt rejoint par d’autres entreprises locales (Divesterram et ses composteurs, Les Zuts et leurs tiny houses), la coopérative Macondo signa un bail à construction de trente-deux ans avec la mairie de Montarnaud en 2020, juste avant le changement d’équipe municipale…
« L’idée était d’aménager le site avec des matériaux locaux, de la récup’, de l’autoconstruction et le moins d’impact possible sur l’environnement, explique le quadragénaire. Nous sommes les héritiers d’une lutte pour préserver le site. » À Macondo, certains murs sont en pneus remplis de terre, tandis que le bardage a été fait avec l’ancien plancher des Galeries Lafayette.
Un an plus tard, le projet prit son envol grâce à l’arrivée de l’école Etre, qui propose des formations gratuites aux métiers et savoir-faire écolos pour les jeunes en décrochage scolaire.
Peu à peu, les élèves ont façonné le terrain, au gré des projets pédagogiques. Salle de formation autonome en énergie, four à pizza en terre-paille, chauffage solaire... « C’est un terrain de formation extraordinaire, indique Kaïs Hannachi, coordinateur de l’école. Plusieurs de nos jeunes ont ensuite poursuivi en stage ou en service civique dans les autres entreprises du lieu. »
Des financements publics, mais un maire réticent
Dans l’écrin de verdure, le tiers-lieu s’épanouit, au rythme des subventions. Région, Ademe, Banque publique d’investissement… tout le monde voulait soutenir ce projet vert vif. D’après les chiffres fournis par Macondo, en six ans, près d’un million d’euros d’argent public ont été investis sur le site – sans compter que certaines structures, comme Etre, vivent quasi uniquement de fonds régionaux et européens.
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Cerise bio sur le gâteau, Macondo décrocha en 2022 une enveloppe rondelette de 250 000 euros de l’Agence nationale de la cohésion des territoires, dans le cadre du concours de la « Manufacture de proximité ». Objectif : proposer des formations écologiques pour les adultes, créer un lieu de ressource sur les low-tech et accompagner des projets « d’adaptation vers la sobriété ». De quoi sabrer le champagne avec Christophe Béchu ! Las, le maire de Montarnaud, Jean-Pierre Pugens, n’était pas de cet avis.
Car pour l’édile, membre du Parti radical de gauche, Macondo n’est pas dans les clous : « Leur permis de construire est caduc, on ne peut pas construire n’importe comment », précise-t-il à Reporterre. L’élu pointe l’absence d’accès à l’eau potable, et le risque incendie, très élevé sur la zone.
« Nous avons proposé des solutions avec un forage et une citerne, insiste de son côté Benjamin Clouet, rappelant que c’est normalement à la municipalité d’effectuer le raccordement au réseau d’eau. Mais le maire n’a rien voulu entendre, à part exiger notre déménagement. »
Un « immense gâchis » sur fond de politique locale
Après plus d’un an de discussions difficiles, la sentence est tombée début janvier 2024 : les locataires de la garrigue doivent avoir quitté les lieux d’ici début mai, sous peine d’une astreinte financière de 500 euros par jour. Sans solution de relogement pour le moment.
Sur place, la colère se mêle à la résignation. « C’est un immense gâchis, soupire Benjamin Clouet. Nous cochions toutes les cases d’un projet écolo, social, innovant. » Du côté de l’école Etre, Kaïs Hamamchi cherche tous azimuts un plan B pour finir l’année scolaire, « mais ce n’est pas facile de trouver un lieu qui convienne aussi bien que celui-ci », souffle-t-il.
Autour de la table photovoltaïque – qui permet de recharger son téléphone une tasse à la main – les questionnements s’accumulent, faute de pouvoir lire dans le marc de café. Pourquoi le maire de Montarnaud s’acharne-t-il contre ce lieu exemplaire ? Est-ce parce que le projet a été validé par son prédécesseur et rival ? Parce que certains usagers de Macondo sont connus pour leur militantisme écolo ou leur opposition aux élus socialistes locaux ?
Interrogé par Reporterre, Jean-Pierre Pugens se retranche derrière sa « responsabilité légale » : « En cas de feu, on me demanderait des comptes, insiste-t-il. La loi doit s’appliquer à tout le monde, toute construction doit être faite dans les règles. »
Certes, Macondo tient plus de la République des palettes que de l’édifice en bonne et due forme auquel M. Pugens a pu être habitué pendant ses vingt ans à la tête de Hérault Habitat, bras armé du département en matière de bâtiment. « S’il était venu nous voir, nous aurions peut-être pu le convaincre de l’intérêt et du bien-fondé de notre projet », regrette Benjamin Clouet.
Au téléphone, l’élu nous assure pourtant s’être rendu sur place. Vrai : il y a emmené son ami et président de la métropole montpelliéraine, Mickaël Delafosse – sans contacter les occupants. Présent aux vœux de la mairie de Montarnaud mi-janvier, le baron socialiste a d’ailleurs décrit ce coin de garrigue comme « un endroit exceptionnel qui peut être un des grands écrins respectueux de l’environnement et du dialogue entre les hommes et la nature dont nous avons tant besoin ». Mais… sans Macondo, et ses « occupations illicites qui dégradent » le lieu. Avant de conclure : « Le moment venu, nous travaillerons à un projet commun ». Plus à la sauce socialiste locale.