Près de Paris, des militants investissent le chantier d’une gare « inutile »
Opposés à la bétonisation des terres de Gonesse, les militants ont investi une future gare de la ligne 17, le 17 novembre 2024. Au premier plan, Bernard Loup, engagé dans la lutte depuis 2011. - © NnoMan Cadoret/Reporterre
Opposés à la bétonisation des terres de Gonesse, les militants ont investi une future gare de la ligne 17, le 17 novembre 2024. Au premier plan, Bernard Loup, engagé dans la lutte depuis 2011. - © NnoMan Cadoret/Reporterre
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Une vingtaine de militants du Collectif pour le triangle de Gonesse, d’Extinction Rebellion et des Soulèvements de la Terre ont investi le chantier d’une gare du Grand Paris Express, à Gonesse. Ces terres fertiles sont menacées.
Gonesse (Val-d’Oise), reportage
Dans le froid matinal du dimanche 17 novembre, une vingtaine de militants d’Extinction Rebellion (XR), des Soulèvements de la Terre et du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG) se réunissent sur la commune de Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis. Ils s’apprêtent à mener une action de désobéissance civile contre la future gare de la ligne 17 du Grand Paris Express sur le triangle de Gonesse, à quelques kilomètres de là, dans le Val-d’Oise.
Répartis dans des voitures, ils sont déposés en quelques secondes au bord d’une route départementale, pour emprunter un chemin de terre. Casque de chantier, pancartes, pelle, gilet jaune… Chacun s’équipe, avant de s’élancer à toute allure vers le chantier de la gare et d’en ouvrir les barrières pour s’y introduire. Sur place, c’est un entremêlement de gravats, de béton et d’acier dans une vaste crevasse surplombée de grues. Le tout, en plein milieu de champs céréaliers, à plus de 1 kilomètre de la première habitation.
Destruction de terres nourricières
« C’est un des derniers greniers de la région parisienne, et on sait que la gare est le cheval de Troie qui ouvre la voie à l’urbanisation de ces terres », dit Marguerite, membre de XR, arborant une banderole « Qui sème le béton, aura bientôt la dalle ». Une artificialisation jugée « anachronique » dans le contexte de l’objectif zéro artificialisation nette (ZAN) d’ici à 2050, et alors que la région se fixe des objectifs ambitieux pour « retrouver son indépendance alimentaire ».
Avec leur pelle, les militants feignent de « reboucher le trou » de la future gare de la ligne 17 Nord dont la mise en service est prévue en 2028, et qui reliera Le Bourget et l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, déjà relié à la capitale par deux lignes de train. Dans un nuage de fumigènes, une banderole et des pancartes sont déployées contre la bétonisation des terres fertiles du triangle de Gonesse, une zone agricole de 670 hectares au nord de Paris, cernée par les voies routières.
Engagé dans cette lutte depuis 2011, Bernard Loup ne faiblit pas, malgré les rebondissements qui ont jalonné son combat. Le retraité, fondateur du Collectif pour le triangle de Gonesse, a d’abord bataillé contre le mégacentre commercial et de loisirs EuropaCity, abandonné en 2019. Au fil des années, le collectif a organisé des marches, des occupations, des rencontres mensuelles à côté du chantier baptisées « Zadimanche », et engagé des milliers d’euros de frais d’avocats pour mener des recours. Mais l’abandon d’EuropaCity n’a pas empêché l’arrivée des pelleteuses.
Aux yeux du militant, même si les travaux de la gare ont bien avancé, il n’est pas trop tard pour renoncer. D’autant que « cela permettrait de faire de grosses économies d’argent public ». Selon un rapport de la Cour des comptes, paru en avril, « la non-réalisation de la ligne 17 Nord [...] réduirait le coût global du projet [du Grand Paris Express] de 9,6 milliards d’euros ».
Une cité scolaire dans les champs
Désormais, l’État prévoit de bâtir, à côté de la gare, une cité scolaire internationale et un internat de 5 hectares, comprenant une filière agricole, et pouvant accueillir 600 collégiens et 1 500 lycéens, sous le couloir aérien de Roissy-Charles de Gaulle. Pour le militant, ce projet est « inadmissible » et vise à « justifier la gare après coup ». « Ils veulent mettre un internat à un endroit où l’habitat permanent est interdit », ajoute Bernard Loup.
Son collectif prévoit de se rendre début décembre devant le rectorat de Versailles pour réclamer une concertation publique afin d’envisager que la cité scolaire soit relocalisée « à proximité des lieux d’habitat ». Il estime qu’il serait bien plus adapté de la construire à Villiers-le-Bel ou Sarcelles, « les villes du territoire où l’accroissement de la population de la tranche d’âge 0-19 ans est le plus fort ».
En parallèle, la participation des militants de XR et des Soulèvements de la Terre redonne du souffle à cette lutte historique. « Au printemps, on souhaite agréger cette lutte à d’autres contre des grands projets inutiles en Île-de-France, comme celle contre l’entrepôt géant Green Dock », annonce Luna, des Soulèvements de la Terre Sud Seine-et-Marne, opposée à la mise à grand gabarit de la Seine dans son département. Objectif : « Construire un récit commun francilien contre l’agroindustrie et l’artificialisation des terres. »
Au bout de quelques minutes, les militants quittent le chantier de la gare, avec une promesse : « On reviendra ! »