Dauphins joueurs et oiseaux : en patrouille avec la police de l’environnement
Des agents de l'OFB en patrouille : ils s'occupent d'observer la biodiversité ainsi que de contrôler les bateaux des pêcheurs amateurs. - © Guy Pichard / Reporterre
Des agents de l'OFB en patrouille : ils s'occupent d'observer la biodiversité ainsi que de contrôler les bateaux des pêcheurs amateurs. - © Guy Pichard / Reporterre
Durée de lecture : 4 minutes
Reporterre a embarqué sur le zodiac des agents de l’Office français de la biodiversité pour une patrouille le long de la côte normande. Au programme : comptage de dauphins à gros nez et conseils distillés à des pêcheurs amateurs.
Granville (Manche), reportage
Subitement, le zodiac bimoteur des agents de l’Office français de la biodiversité (OFB) décélère, passant d’une vitesse de patrouille d’environ 10 nœuds à quasiment l’arrêt. En cette matinée de fin septembre, moins de deux heures après le départ du port normand de Granville, un premier groupe de grands dauphins (Tursiops truncatus) est repéré.
Un protocole s’enclenche : chaque agent observe une partie de la surface de l’eau et comme l’un d’entre eux vient d’identifier un mouvement à la surface caractéristique d’un cétacé, tout le monde s’immobilise au milieu de l’eau, ce jour-là très calme. L’équipage s’agite, il s’agit bien de cétacés.
« Le comportement des dauphins est très variable, ils peuvent venir à notre rencontre mais nous restons toujours à bonne distance, juste pour les photographier, explique Pierre Scolan, inspecteur de l’environnement à l’OFB. Une fois les individus définitivement repérés, nous passons en mode suivi avec pour but les photos d’identification. »
Des dauphins menacés
Plus connue pour ses missions de protection de l’environnement à terre, la police de l’environnement intervient aussi en mer pour, notamment, « améliorer les connaissances sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes littoraux et marins afin d’appuyer la surveillance et l’évaluation de l’état écologique des milieux », selon ses prérogatives officielles.
En d’autres termes, surveiller les zones maritimes sensibles et affectées par les activités humaines, et enrichir les connaissances sur la biodiversité, en comptabilisant certaines espèces. Notamment celles sous protection, comme les grands dauphins. S’ils sont classés en « préoccupation mineure » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, ce statut diffère selon les zones étudiées.
C’est donc équipé de cette embarcation rapide que, depuis un an et après environ 200 heures en mer effectuées, l’OFB du département de la Manche patrouille le long de la côte normande.
Par chance, les souffleurs — autre nom donné à l’espèce des grands dauphins, avec dauphins à gros nez — sont joueurs et tournent autour du Cérianthe, le bateau gris semirigide de l’État. En plus d’un moment presque magique, les photos seront parfaites pour être envoyées ensuite au GECC, le Groupe d’étude des cétacés du Cotentin et des mammifères marins de la mer de la Manche, chargé d’identifier en aval les mammifères marins et les répertorier.
Rencontrer ici de tels animaux n’a rien d’étonnant : la zone abrite probablement la plus grande population de grands dauphins côtiers d’Europe. Mais suivre leur population (qui compterait environ 400 individus) ne constitue qu’une petite partie des missions maritimes des agents de l’OFB.
576 oiseaux en sept heures
Dans les faits, le zodiac opère essentiellement dans la Manche, le Cotentin mais surtout dans l’aire marine protégée de Chausey et sa zone Natura 2000, qui s’étend du nord de l’archipel du quartier insulaire de Granville à quasiment la pointe du Groin, en Bretagne.
Ainsi, le 30 septembre, date de notre reportage, près de 60 milles nautiques (soit 111 km environ) ont été effectués par la patrouille pendant sept heures autour de Chausey, près des eaux territoriales de Jersey puis vers la Bretagne.
« Ici les enjeux portent surtout sur les oiseaux, les colonies de nicheurs », détaille Arnaud Guigny, lui aussi inspecteur. « À Chausey, il y a des colonies d’importance nationale comme le cormoran huppé, l’huîtrier pie et le goéland argenté. L’autre enjeu principal, ce sont les habitats et les espèces marins, notamment les herbiers de zostères. »
Lors de notre sortie, plus de 576 oiseaux de sept espèces différentes ont été recensés en mer par les agents et intégrés dans une base de données. Un comptage minutieux souvent ignoré du grand public. « Il s’agit là de notre double casquette, explique le troisième agent à bord. Nous sommes des techniciens de l’environnement : nous faisons des suivis de différents écosystèmes ou encore des populations. Et aussi des inspecteurs de l’environnement, avec procès-verbaux et enquêtes, sous l’autorité du procureur. »
Lors de notre sortie en mer, seuls deux petits bateaux ont été contrôlés afin de vérifier la conformité des pêches à bord. L’occasion de distiller des conseils au passage, notamment sur la taille légale des animaux capturés et leur nombre.
Après cela, cap sur Cancale pour continuer les observations, cette fois-ci à plus grande vitesse. Des centaines d’oiseaux sont annotés, puis un nouveau groupe de grands dauphins apparaît. Ces derniers sont plus distants et difficiles à photographier : l’importance des clichés réside dans les ailerons qui affichent des cicatrices uniques à chaque individu pour les différencier. L’heure tourne, le Cérianthe rentre faire le plein de gazoil et préparer les prochaines sorties, avec en ligne de mire les futures grandes marées.