« Nous n’avons jamais été climatosceptiques » : comment le RN a retourné sa veste
Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, le 20 mai 2026 au Parlement européen, à Strasbourg. - © Sébastien Bozon / AFP
Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, le 20 mai 2026 au Parlement européen, à Strasbourg. - © Sébastien Bozon / AFP
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Après des années de discours climatodénialistes et relativistes, le Rassemblement national fait volte-face à la faveur des canicules qui s’enchaînent. Un changement de cap dans les mots… mais toujours pas dans les actes.
« Nous n’avons jamais été climatosceptiques », a affirmé Jean-Philippe Tanguy, député Rassemblement national (RN) de la Somme, le 28 juin sur BFMTV. Une façon, sans doute, de se prémunir du contre-feu de l’opinion, en plein été caniculaire, et une stratégie de greenwashing que le RN avait déjà tenté de mettre en œuvre en 2025. Toutefois, une simple recherche dans les archives des interventions d’élus du parti d’extrême droite suffit pour déterrer des discours mettant en doute les faits scientifiques sur le réchauffement climatique.
Il y a seulement trois ans, Marine Le Pen estimait ainsi dans le Journal du dimanche que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) avait « toujours été alarmiste ». Quelques mois plus tard, c’est le député du Vaucluse Hervé de Lépinau qui fustigeait sur X les « propagandistes du Giec », qui auraient « un côté effrayant », et dont il craignait que « bientôt ils suggèreront l’extermination de l’espèce humaine, au motif qu’elle constituerait une catastrophe pour la biodiversité et le climat ».
« J’emm…de le Giec ! »
La même année, le député du Var Philippe Lottiaux ironisait sur le réseau social d’Elon Musk : « Visiblement, pour certains, il n’y a qu’un Dieu, le Dieu climat, et le Giec est son prophète. Or, rapports du Giec [sic] ne font pas forcément l’unanimité y compris dans la communauté scientifique ! » En 2019, il attaquait le groupe d’experts encore plus fort : « J’emm…de le Giec ! Qu’ils réfléchissent aux problèmes de surpopulation et après on en reparle. »
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« Il faut savoir dire en politique qu’on n’a pas été clairs et qu’on a même dit des bêtises », a malgré tout reconnu, le 21 juin, le porte-parole du groupe RN à l’Assemblée, Thomas Ménagé, invité de l’émission « Questions politiques ». En effet, à l’été 2023, alors que plusieurs canicules s’abattaient déjà sur la France, son discours était tout autre. Il dénonçait sur France Inter des experts du Giec qui auraient « parfois tendance à exagérer ». « Si on suit bêtement les données du Giec, on risque de contrevenir à la qualité de vie des Français », avait-il ajouté.
« Une communication hystérique qui vise à faire peur aux Français »
Est-ce que le RN s’est « trompé dans l’évaluation du risque climatique » ? À cette question posée par l’animateur Ali Baddou sur France Inter le 30 juin, le porte-parole du parti, Julien Odoul, affirmait toutefois avec aplomb : « Non, pas du tout. » Celui qui critique aujourd’hui l’inaction des gouvernements face aux vagues de chaleur, et pointe des « leçons [qui] n’ont pas du tout été tirées des épisodes de 2003 et 2019 », est le même qui, en 2019, dénonçait sur LCI « une communication hystérique qui vise à faire peur aux Français » sur la canicule.
Le RN préférait s’intéresser au « réchauffement islamiste »
Il reprochait à l’exécutif d’en « faire trop » et l’exhortait à « s’intéresser à d’autres sujets beaucoup plus importants, comme le réchauffement islamiste ». « C’est le début de l’été, il fait chaud, c’est tout à fait normal », relativisait le porte-parole.
Quelques années plus tard, c’est le même homme, désormais député de l’Yonne, qui affirme : « On est d’accord sur le constat, il est très clair et nous le partageons, il est incontestable. » Malgré cette épiphanie, il reste mesuré quant aux réponses à apporter, précisant qu’« on peut avoir des appréciations différentes sur tel ou tel dispositif, sur les mesures de transition énergétique à adopter. »
Selon Julien Odoul, « l’élément central » pour lutter contre le réchauffement climatique serait « le nucléaire ». Avec la généralisation de la climatisation, il s’agit de la seule proposition d’atténuation et d’adaptation dans le programme du parti d’extrême droite. Celui-ci vient d’ailleurs de sortir un « plan clim » à 40 milliards d’euros, aux contours flous.
De belles paroles... et des actes qui ne trompent pas
Pour le reste, on ne peut pas dire que le climat et l’écologie fassent partie des principales préoccupations du parti, qui assume d’ailleurs toujours sa volonté de supprimer le Fonds vert, un soutien financier aux collectivités locales, notamment pour la rénovation du bâti scolaire, parce qu’il « ne permet pas la climatisation ». En 2025, le Rassemblement national a aussi fait voter à l’Assemblée nationale un amendement pour un moratoire sur le développement de l’éolien et du photovoltaïque.
Les budgets de l’Agence de la transition écologique (Ademe), de l’Agence nationale de sécurité sanitaire ou encore de la Commission nationale du débat public ont été remis en cause par ses députés, qui ont aussi souhaité supprimer l’Office français de la biodiversité et l’Agence bio. Ils soutiennent également la suppression des zones à faible émission et un assouplissement de la loi Zéro artificialisation nette.
Favorables à la loi Duplomb, à l’implantation facilitée de data centers et à l’autorisation de louer des bouilloires thermiques, ils se sont aussi opposés à la taxation du kérosène, des jets privés et des yachts, comme l’a relevé le média Bon Pote. Enfin, au niveau européen, le RN milite pour la « suspension » du Pacte vert, qui vise à atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre en Europe d’ici à 2050. Derrière l’écran de fumée des discours, les faits, eux, ne trompent pas.