Retour des néonicotinoïdes : le conseil de surveillance va à l’encontre de l’Anses

Durée de lecture : 3 minutes

25 janvier 2021 / par Justine Guitton-Boussion (Reporterre)



La première réunion du conseil de surveillance des néonicotinoïdes s’est tenue vendredi 22 janvier 2021. Les membres de cette instance — une trentaine d’acteurs, dont des professionnels de l’agriculture, des représentants des ministères, des parlementaires et des associations de défense de l’environnement — devaient donner leur avis sur le projet d’arrêté visant à réintroduire temporairement les néonicotinoïdes — ces insecticides dits « tueurs d’abeilles » — pour le traitement des betteraves sucrières.

Ce conseil de surveillance est présidé par le député Grégory Besson-Moreau (LREM, 1re circonscription de l’Aube), qui avait porté devant l’Assemblée nationale le projet de loi.

Les discussions se sont cristallisées autour des cultures à implanter sur les parcelles, les années suivant la culture des betteraves traitées aux néonicotinoïdes. En décembre 2020, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) avait publié un avis détaillé sur cette question :

Après une culture de betteraves traitées avec de l’imidaclopride ou du thiaméthoxame [deux insecticides néonicotinoïdes] en année N, la possible implantation sur les parcelles des cultures suivantes (incluant les cultures intermédiaires) présenterait un risque faible pour les pollinisateurs : [...]

- À partir de l’année N+3 : Colza, Cultures fourragères mellifères, Cultures légumières mellifères, Féverole, Lin fibre, Luzerne, Moutarde tardive, Phacélie, Pois, Pomme de terre, Radis, Tournesol, Trèfle, Vesce.

« Cela faisait des semaines que la profession agricole protestait contre les dispositions de l’avis de l’Anses qui préconisait de ne pas faire revenir avant l’année N+3 un certain nombre de cultures attractives, comme le colza, rappelle François Veillerette, président de l’association de défense de l’environnement Générations futures, qui a participé au conseil de surveillance. Les betteraviers ont finalement obtenu que le conseil adopte un avis disant que dans certaines circonstances, ils pourraient semer des cultures attractives un an plus tôt. » L’argument de la filière : la préconisation de l’Anses restreindrait les rotations, et donc nuirait à l’environnement.

Cet avis a été transmis au ministère de l’Agriculture, à qui reviendra la décision finale. La consultation publique en ligne sur le projet d’arrêté se termine ce lundi 25 janvier. Générations futures et d’autres associations ont d’ores et déjà prévenu qu’elles comptaient saisir le Conseil d’État pour faire annuler l’arrêté une fois qu’il sera publié.

La réintroduction temporaire (durant trois années au maximum) des néonicotinoïdes pour le traitement des betteraves sucrières a été demandé par les professionnels du secteur, car la filière a connu une année 2020 difficile. Le virus de la jaunisse, transmis par un puceron qui a proliféré, a ravagé des cultures entières. En outre, le secteur est mal en point depuis 2017 et la fin des quotas européens de production de sucre.

  • Source : Reporterre
  • Photo : Une fois l’arrêté publié, les graines de betteraves destinées aux semis seront enrobées de néonicotinoïdes pour les protéger des attaques extérieures. Cet enrobage est fait par le semencier, et non par le producteur, qui reçoit directement les graines. © Justine Guitton-Boussion/Reporterre




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