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EntretienLuttes

« Saint Val en train » : ils déclarent leur flamme au fret ferroviaire

Capture d'écran du clip « On veut du fret ferroviaire », écrit, chanté et tourné par le collectif Planète Boum Boum.

Speed dating militant, DJ sets... La « Saint Val en train » est organisée samedi 17 février à Pantin par des techno-activistes. Le but : venir « déclarer son amour au fret ferroviaire », explique Rémi Reboux, d’Alternatiba Paris.

Rémi Reboux est activiste chez Alternatiba Paris depuis cinq ans, mouvement au sein duquel il a cofondé Planète Boum Boum. Ce collectif techno-activiste organise aux côtés de Sud Rail et de l’Alliance écologique et sociale (AES ; ex-Plus jamais ça !) une soirée « Saint Val en train » à la Cité fertile, à Pantin, samedi 17 février



Reporterre — Pourquoi est-ce important pour vous de fêter la « Saint Val en train » plutôt que la Saint-Valentin ? Et a fortiori de déclarer son amour au transport de marchandises en train ?

Rémi Reboux — On s’est dit que ce serait drôle de jouer sur le côté un peu cliché de la Saint-Valentin, et de le retourner de façon décalée sur la question du train : aujourd’hui, le ferroviaire est désinvesti par l’État, alors que c’est l’un des moyens de transport qui émet le moins de gaz à effet de serre.

En ce moment, beaucoup de luttes écologistes se concentrent sur des axes autoroutiers (l’A69 entre Castres et Toulouse, l’A13 à Rouen…), et il y a un besoin urgent de stopper ces projets-là au profit du ferroviaire, qui est beaucoup plus écologique.

«  On s’est dit que ce serait drôle de jouer sur le côté un peu cliché de la Saint-Valentin, et de le retourner de façon décalée sur la question du train  », explique Rémi Reboux. © Alice Vivien

Avec cette soirée, nous souhaitons donc déclarer notre amour au ferroviaire dans son ensemble et au fret ferroviaire en particulier. Cela s’inscrit dans la continuité du travail entamé avec notre collectif Planète Boum Boum lors de la mobilisation contre la réforme des retraites : créer du lien entre militants de différents horizons, mélanger musique, ambiance festive et militantisme et détourner les codes populaires au service de nos mobilisations communes. 



Le gouvernement a présenté en mai 2023 un plan de liquidation du Fret SNCF, la filiale de la SNCF dédiée au transport de marchandises. En quoi une telle mesure est-elle, selon vous, une catastrophe à la fois écologique et sociale ?

La mise en concurrence du fret ne date pas d’aujourd’hui : sa privatisation a débuté dès 2006, avant même celle qui a touché le secteur du transport de voyageurs. La liquidation de Fret SNCF est ainsi une pierre de plus à la dégradation du fret ferroviaire au niveau national, alors même qu’aujourd’hui, il rencontre déjà de grandes difficultés et ne fonctionne pas correctement.

Le collectif techno-activiste Planète Boum Boum est à l’initiative de la soirée «  Saint Val en train  », le 17 février à Pantin. © Planète Boum Boum

Avec cette mesure, un grand nombre de lignes jusqu’ici portées par Fret SNCF vont être ouvertes à la concurrence, avec le risque que celles-ci ne trouvent pas de repreneur et que les entreprises préfèrent utiliser des camions, bien plus polluants, pour transporter les marchandises. 

« Le fret ferroviaire a une dimension écolo et sociale, ce qui permet d’unir nos combats »

Sur le versant social, ce sont 500 emplois qui vont être directement supprimés. Cela va participer davantage encore au détricotage des acquis sociaux des cheminots et de la SNCF.

Avec cette ouverture à la concurrence du fret ferroviaire, les cheminots vont devoir travailler dans des boîtes privées ou bien renégocier leurs contrats avec d’autres entreprises. Au global, l’Alliance écologique et sociale chiffre à 5 000 le nombre d’emplois menacés par cette mesure. 


Vous organisez cet événement avec des cheminots et des syndicats, avec qui vous avez même tourné un clip. Pourquoi est-il essentiel que le mouvement écolo fasse de telles alliances ?

Ce qui s’est passé pendant la réforme des retraites autour de l’Alliance écologique et sociale a été un très bon exemple de mobilisation commune des mouvements écolos avec les syndicats et les travailleurs et travailleuses. Faire le lien entre luttes écologistes et luttes sociales est hyper important pour que nos luttes aboutissent : en l’occurrence, ce sujet du fret ferroviaire a à la fois une dimension écolo et une dimension sociale très fortes, ce qui permet d’unir nos combats.



À l’heure où l’écologie est souvent présentée comme une chose qui s’opposerait à la question sociale – on l’a vu récemment lors de la mobilisation des agriculteurs –, il est essentiel de montrer que c’est faux, que l’on est dans le même camp et que l’on se bat pour les mêmes choses. 



Après cette soirée, qu’est-ce qui est prévu du côté de Planète Boum Boum  

Il s’agit déjà de continuer à porter ce combat pour le fret – on a par exemple lancé un challenge vidéo sur les réseaux sociaux, pour essayer de faire parler au maximum du sujet, qui reste assez obscur pour pas mal de gens.

Lire aussi : En France, le fret ferroviaire cherche à raccrocher les wagons

Après, nous préparons déjà plusieurs projets autour d’autres mobilisations, d’autres luttes. Nous voulons sortir régulièrement de nouveaux sons qui évoquent d’autres combats. Le relais de la musique permet de sortir de nos cercles et de parler de sujets politiques dans d’autres contextes. On commence d’ailleurs à être un peu sollicités pour jouer dans des festivals, dans des événements un peu plus mainstream : l’idée serait d’amener notre touche politique avec nous.

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