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Quotidien

Soldes : 5 bonnes raisons de ne pas passer à l’acte

Une vitrine affichant en gros le mot «Soldes», le 8 janvier 2025 à Toulouse.

Avec le lancement des soldes revient la tentation de surconsommer à foison. Pourtant, entre manipulation, exploitation des ouvriers, toxicité et pollutions, les raisons de s’abstenir, que vous récapitule Reporterre, sont légion.

Les soldes d’hiver ont commencé le 7 janvier dans la majorité des départements métropolitains. Et avec elles, la tentation de s’acheter un nouveau manteau, des gants ou des bottes à prix cassés. Mais l’occasion aussi de se plonger dans les coulisses du monde de la mode, entre autres responsable de 20 % de la pollution mondiale de l’eau potable.

Reporterre vous propose une sélection de ses meilleurs articles pour s’armer d’outils de lutte contre le sentiment d’urgence à consommer.

Des pièges pour les consommateurs

Parmi les tactiques utilisées pour doper leurs ventes, les marques de la fast-fashion ont recours aux dark patterns, ces procédés en ligne qui manipulent les usagers pour leur faire acheter toujours plus de produits : alerte sur les faibles stocks, comptes à rebours liés aux réductions et nouvelles promotions chaque jour…

Ces stratégies peuvent même consister à culpabiliser les clients, avec des questions obligatoires avant de quitter le site comme : « Êtes-vous sûr de vouloir partir ? » Le géant de l’ultra-fast-fashion Shein est un cas d’école en la matière : c’est l’enseigne qui a le plus utilisé ces dark patterns, selon une étude réalisée au Royaume-Uni en 2021.

À lire : Les tactiques de Shein pour pousser à l’achat

Face à ces accusations, certaines enseignes tentent de faire diversion. Shein affirme qu’il permet aux plus précaires de s’habiller dignement, et en fait même un argument publicitaire : « La mode est un droit, pas un privilège. »

Cette rhétorique est « une illusion », selon Nayla Ajaltouni, spécialiste des droits humains dans les chaînes de valeur du textile. Interrogée par Reporterre, elle explique : « Les vêtements produits par la fast-fashion et surtout l’ultra-fast-fashion ont une obsolescence programmée. Ils sont conçus pour être rachetés très fréquemment. Cela peut coûter plus cher sur le moyen terme. »

À lire : Soldes : « Le discours social de la fast-fashion est un leurre »


Une industrie qui repose sur le travail forcé des Ouïghours

Zara, Levi’s, H&M… De nombreuses marques continuent de vendre des vêtements issus du travail forcé des Ouïghours. Journées de travail de quinze heures ou plus, cadences infernales, exposition quotidienne à des solvants toxiques. Un rapport d’Action Aid France sur Shein publié en août 2025 liste de nombreuses violations du droit du travail.

À lire : Soldes : « En Europe on vend des produits issus du travail forcé des Ouïghours »

La situation des Ouïghours avait conduit à une levée de boucliers du monde associatif contre l’ouverture d’un corner de Shein au BHV du Marais fin 2025, un appel réitéré lors du Black Friday.


Des vêtements toxiques pour la santé et l’environement

Les vêtements de la fast-fashion contiennent des métaux lourds et des perturbateurs endocriniens, qui peuvent déclencher des maladies de peau. « La peau est un émonctoire, si on transpire, et que de l’eau sort de notre peau, les produits toxiques pénètrent », explique la journaliste Catherine Dauriac, autrice de l’ouvrage Fashion : fake or not ? (ed. Tana). Dans un entretien pour Reporterre, elle ajoute que les perturbateurs endocriniens « peuvent jouer un rôle dans la baisse de la fertilité ».

À lire : Black Friday : « Nos vêtements sont toxiques »

224 000 tonnes de déchets textiles sont détruites quotidiennement en Europe. En France, c’est plus de la moitié des vêtements stockés dans les placards que ne sont même jamais portés. Nos vêtements sont aussi toxiques parce qu’ils sont mis à la poubelle et engendrent alors un nouveau lot de pollutions.

Des filières de recyclage qui ne peuvent pas faire face à cette masse

Les recycleries et les ressourceries n’ont pas la capacité d’absorber les quantités astronomiques de vêtements surproduits. « Environ 23 % de nos adhérents ont dû faire une pause dans la collecte, déclarait Gloria Taoussi, cheffe de projet plaidoyer et communication du Réseau national des ressourceries et des recycleries, dans un article publié par Reporterre début 2025. Les envois vers l’incinération sont aussi plus importants. »

Un constat qui avait conduit notre rédaction sur le terrain pour suivre une opération de Stop Fast Fashion contre cette asphyxie. Objectif de l’action : trier tous les vêtements collectés dans les bennes installées au cœur de la Venelle, le Village du réemploi solidaire de Montreuil, au lendemain du Black Friday.

À lire : Sous les dons, la débâcle : comment la fast-fashion asphyxie les ressourceries

« On a des bornes, les gens déposent, mais le tri, ça coûte de l’argent », expliquait Emmanuel Pilloy, président du Relais France auprès de Reporterre, lors d’une grève en juillet dernier.

Le mouvement avait entre autres été lancé pour demander l’augmentation du financement par l’éco-organisme Refashion, chargé de collecter une somme — actuellement autour de 3 centimes d’euro — sur chaque vêtement neuf vendu.

À lire : Le Relais en grève : pourquoi les bennes à vêtements débordent


Et pendant ce temps, dans les poches des distributeurs…

Depuis 2022, les entreprises présentes sur le marché français sont obligées de recycler leurs invendus, via des déstockeurs ou des associations. S’ils choisissent la deuxième option, elles bénéficient d’une réduction fiscale de 60 % de la valeur des dons. Les géants de la fast-fashion ont ainsi économisé plusieurs millions d’euros. Une enquête signée Disclose et Reporterre.

À lire : Decathlon, Shein, Kiabi : les invendus servent à encaisser des millions d’euros d’argent public


Mais alors, comment moins consommer ?

Si les causes sont collectives, les réponses à notre surconsommation de vêtements doivent l’être aussi. Elles passent par une meilleure connaissance de ses ressorts à l’échelle globale.

« Individuellement, nous sommes impuissants face à cela », affirme la chercheuse en histoire et philosophie Jeanne Guien. L’union des forces permettra, selon elle, d’arrêter la machinerie économique et de s’en réapproprier la production.

« Il faut aussi de l’auto-organisation, dit-elle. Sachant que quand vous cherchez à vous passer du marché, vous êtes dans une position positive ou créatrice : il faut trouver des solutions de remplacement. » Adepte de la convergence des luttes féministes et écologistes, c’est l’une des nombreuses propositions qu’elle lance dans son ouvrage Le désir des nouveautés (ed. La Découverte).

À lire : « Se libérer de la consommation est une bataille féministe »

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