« Toutes les tôles étaient par terre » : un bidonville reconstruit pour résister aux cyclones à Mayotte
Des ouvriers travaillant sur les aménagements des cheminements, dans le quartier de Mahabourini, dans le village de Kawéni, dans la commune de Mamoudzou, le 25 février 2026. - © Marine Gachet / Reporterre
Des ouvriers travaillant sur les aménagements des cheminements, dans le quartier de Mahabourini, dans le village de Kawéni, dans la commune de Mamoudzou, le 25 février 2026. - © Marine Gachet / Reporterre
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Municipales — Le quartier informel de Mahabourini, à Mayotte, est en train d’être aménagé pour mieux résister aux risques naturels. Essentiel, cet enjeu est pourtant mis de côté dans la campagne des élections municipales.
Mahabourini (Mayotte), reportage
Saindou a grandi dans les hauteurs du quartier informel de Mahabourini, à Mayotte. Dans cette partie du village de Kawéni, à Mamoudzou, les cases en tôle installées sur des pentes raides luttent contre la gravité et le risque de glissement de terrain. Sur cette zone naturelle devenue urbaine, les habitants foulent quotidiennement des chemins de terre. « Il y a des cailloux partout, quand on marche, on dérape », décrit le jeune homme. Avec la pluie, ces allées se transforment en pistes glissantes et de nombreuses cases risquent l’inondation.
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En décembre 2024, le cyclone Chido a mis en évidence la fragilité de ce quartier, construit sur 3,5 hectares de foncier communal, face aux aléas naturels. « Toutes les tôles étaient par terre. Je n’ai pas assez d’argent pour reconstruire plus solide », raconte Naduifati, une habitante. Elle désigne sa case de fortune, reconstruite rapidement après la tempête, comme le reste du quartier.
Face à l’ensemble de ces risques, la commune avait commencé des travaux dès 2023, dans le cadre du nouveau programme national de renouvellement urbain concernant l’ensemble du village de Kawéni. Dans ce département où 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, les bidonvilles sont régulièrement démolis avant d’être reconstruits ailleurs, faute de solution de relogement. Là, l’opération teste une autre approche en diminuant la vulnérabilité des habitants de Mahabourini. Cela passe par des habitations spécialement conçues pour protéger les habitants des risques cycloniques, ainsi que par l’aménagement et la sécurisation des cheminements nécessitant un investissement de 5,5 millions d’euros auquel participe l’Anru, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine.
Essentielle à Mayotte, l’expérimentation peine à se généraliser sur l’ensemble du territoire. Aucune des 88 listes déposées en vue des élections municipales des 15 et 22 mars ne porte cette question de l’adaptation aux risques climatiques. L’insécurité et le manque d’écoles, au cœur des préoccupations des habitants, apparaissent comme des enjeux prioritaires des différentes campagnes électorales.
Des abris face aux aléas naturels
En contrebas, au niveau de la ravine, un mur de soutènement est en construction. À côté, des ouvriers terrassent une allée. Plus haut, un chemin boueux a laissé place à une dalle en ciment et des escaliers ont remplacé les marches faites de pneus installées par les habitants. Cinq places publiques vont être aménagées, avec des kiosques qui peuvent se fermer. « Cela sert d’abri antisismique et anticyclonique », explique Keyvan Fathi, directeur adjoint de la rénovation urbaine à la mairie de Mamoudzou.
Naduifati a hâte de voir la fin des travaux. « Pendant Chido, on ne savait pas par où passer pour trouver un abri. Alors on est restés dans nos cases », se souvient-elle. Saindou partage cette position : « C’est plus beau avec le ciment et ce sera plus facile pour se déplacer. »
Moins de 40 % des aménagements sont sortis de terre, trois ans après les premiers coups de pelle. Un retard que le directeur explique par la complexité du terrain, qui se présente comme un étroit labyrinthe de terre.
« On travaille dans un contexte où on ne peut pas faire venir les machines. Il faut monter les sacs de ciment avec des brouettes », détaille celui qui espère que 90 % des travaux seront livrés cette année. Il rappelle que l’objectif n’est pas de légaliser le bidonville, mais « face à cette réalité, de mener des actions concrètes et durables ». À long terme, l’idée est de construire la ville sur ces prémices, en bâtissant du logement social, en régularisant les constructions qui peuvent l’être mais aussi en détruisant celles trop exposées aux risques.
À l’entrée du quartier, les structures en bois de deux bâtiments en chantier s’élèvent. Il s’agit d’un projet de huit logements sociaux, adaptés aux risques naturels. « Il y a un noyau en béton pour servir d’espace refuge en cas de cyclone, même si la structure bois est conçue selon les normes parasismiques et paracycloniques », développe Sylvain Gouyer, architecte pour le cabinet AIR Architectures, qui travaille pour la commune sur ces différents projets. Le but est d’aboutir à « une maison qui soit peu coûteuse, avec un système constructif simple et réplicable ».
Des habitants à convaincre
Ce projet bouleverse la vie du quartier, ce qui divise les habitants : si la plupart sont enthousiastes, d’autres le sont moins. Keyvan Fathi rend visite à un homme qui, comme d’autres riverains, doit décaler sa construction en tôle pour permettre de percer un chemin. Quand Reporterre l’interroge sur ce qu’il pense de ces nouveaux aménagements, il paraît excédé : « Ça commence à faire beaucoup », souffle-t-il sans vouloir s’épancher davantage.
Faire accepter le projet et encourager les habitants à adapter leur logement aux risques passe par le dialogue et la sensibilisation, « c’est là que les associations jouent un rôle complémentaire », indique le directeur.
Implantée dans le quartier depuis dix ans, l’association Actes et Cités intervient dans les cases pour diminuer les risques face aux aléas naturels et sensibiliser les riverains. En 2016, c’est vers elle que la commune se tourne pour demander le diagnostic et les recommandations à l’origine des aménagements en cours.
Agathe Korganow, une des architectes de l’association, arpente les ruelles de Mahabourini pour vérifier l’état d’habitations dans lesquelles elle est intervenue. Il y a par exemple le rebouchage de toits en tôle pour réduire les infiltrations d’eau, ou encore des petits travaux de soutènement pour éviter que la terre se dérobe sous les cases. « On fait de la réduction des risques en travaillant sur l’existant », explique-t-elle. Depuis l’année dernière, cette mission est financée par la Fondation de France.
Ce jour-là, elle rend visite à un habitant qui a fait appel à l’association. « Quand il pleut, l’eau passe par le toit et par le sol », expose ce dernier. Après avoir examiné l’habitation, l’association affirme qu’elle va réfléchir aux solutions possibles. Elle tient à travailler avec des habitants de Mahabourini, afin qu’ils s’approprient le sujet des risques naturels. Actuellement, deux jeunes hommes du voisinage sont intégrés à l’équipe. « Ils ont des savoirs sur le fonctionnement du quartier, les matériaux utilisés, ce qui permet d’avoir l’approche la plus adéquate », estime Agathe Korganow.
Un enjeu « mis de côté » dans les municipales
Ce projet d’aménagement fait partie de ceux recensés par l’ONG Oxfam dans son rapport « Pour des villes résilientes » publié en février, à l’approche des élections municipales. Robin Ehl, auteur du rapport, pense qu’il est nécessaire de montrer que les villes peuvent agir et sont en première ligne. « Dans les territoires d’outre-mer, il y a une exposition très forte aux aléas climatiques. [Le projet de Mahabourini] nous a intéressé car il facilite la circulation des personnes et des secours en cas de cyclone », développe-t-il.
« Il n’y a aucune vision, les candidats ne dégagent pas de perspectives »
Pour Saïd Saïd Hachim, géographe spécialiste des risques naturels à Mayotte, si toute réponse aux vulnérabilités environnementales est bonne à prendre, le territoire manque néanmoins d’une vision globale sur la question, les aménagements de ce quartier étant expérimentaux.
Alors que 80 % de l’archipel est soumis aux aléas naturels, sans prendre en compte le risque sismique qui touche sa totalité, il déplore un manque de prise en main de ce sujet par les communes. « Les plans communaux de sauvegarde ne sont pas toujours adaptés à la réalité du terrain », déplore-t-il. Le géographe reconnait que depuis le cyclone Chido, une prise de conscience a été faite, mais qu’entre les risques d’inondation, de submersion marine, de glissement de terrain, de cyclone, de tremblement de terre et de tsunami, il y a « une confusion générale qui fait que les acteurs sont perdus ».
À l’approche des municipales, il déplore qu’aucun candidat à Mayotte ne s’empare sérieusement de cette problématique. « Ils n’en parlent pas du tout », regrette le géographe. En effet, le sujet ne ressort pas dans la communication des candidats. Lors des débats, l’entretien des évacuations d’eau de pluie est parfois évoqué lorsqu’ils sont interrogés sur la question des inondations. « Il n’y a aucune vision, les candidats ne dégagent pas de perspectives », analyse Saïd Saïd Hachim. Alors que l’île ne s’est toujours pas remise entièrement du cyclone Chido, ce constat l’inquiète : « C’est une question essentielle sur le territoire, mais elle est mise de côté. »
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