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Climat

Un décrocheur de portrait d’Emmanuel Macron relaxé au nom de la liberté d’expression

« La justice reconnaît officiellement que notre combat est légitime », a affirmé Gaspard Fontaine. Le jeune écologiste, poursuivi pour avoir volé le portrait officiel d’Emmanuel Macron dans la mairie d’Amiens (Somme), a été relaxé au nom de la liberté d’expression.

C’est une victoire pour Gaspard Fontaine, 19 ans : cet étudiant en droit, poursuivi pour avoir volé en mars 2020 le portrait officiel d’Emmanuel Macron dans la mairie d’Amiens (Somme), a finalement été relaxé. Le tribunal correctionnel d’Amiens a estimé mardi 20 avril 2021 que « l’incrimination de vol serait disproportionnée par rapport au droit à la liberté d’expression ».

Le geste de Gaspard Fontaine s’inscrivait dans l’initiative « Décrochons Macron », lancée par le mouvement ANV-COP21 en mai 2019 pour alerter sur le manque d’action gouvernementale face au changement climatique. Le 6 mars 2020, Gaspard Fontaine avait fait le trajet depuis Lille (Nord), où il vit, jusqu’en Picardie pour voler le portrait de la mairie d’Amiens, ville natale d’Emmanuel Macron. « Si c’était à refaire, je le referais. Je le referais tant que le gouvernement n’agira pas », avait affirmé Gaspard Fontaine lors de son procès, le 23 mars 2021, où Reporterre était présent. De nombreuses personnalités politiques avaient fait le déplacement : Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Ugo Bernalicis pour la France insoumise, ainsi que Sandrine Rousseau et Karima Delli pour Europe Écologie-Les Verts.

Des activistes d’ANV-COP21 montrent des portraits présidentiels réquisitionnés dans les mairies (13 mars 2020).

Dans la salle d’audience, la procureure de la République avait reconnu que l’urgence climatique était réelle, mais que le vol était « grave » car « [c’était] le portrait du président de la République ». Il existe d’autres moyens de lutter, avait-elle conclu, requérant 250 euros d’amende avec sursis pour le vol en réunion, et 250 euros supplémentaires pour le refus de prélèvement ADN [1]. Le tribunal correctionnel d’Amiens a finalement décidé de relaxer Gaspard Fontaine. Le parquet a fait appel dans la foulée.

« Cette relaxe est une victoire, commente Gaspard Fontaine dans un communiqué d’ANV-COP21. La justice reconnaît officiellement que notre combat est légitime et doit être mené. Mais le combat continue puisque le parquet s’acharne contre nous, contre l’évidence de l’urgence climatique. Pendant ce temps, l’insuffisance des mesures du gouvernement a et aura des conséquences dramatiques. »

Plus de 150 portraits d’Emmanuel Macron décrochés depuis 2019

En tout, depuis deux ans, 151 affiches présidentielles ont été dérobées par des activistes (la carte de Reporterre de ces décrochages est ici). Ils sont le plus souvent condamnés à des amendes de plusieurs centaines d’euros avec sursis. Mais certains, comme Gaspard Fontaine, ont également été relaxés : ce fut le cas à Auch, Strasbourg, Valence et Lyon.

Pour ces deux derniers cas, les « décrocheurs » valentinois et lyonnais avaient même été relaxés au nom de l’« état de nécessité ». La décision avait fait grand bruit, car elle reconnaissait que l’action illégale d’un vol d’affiche présidentielle était légitime, puisqu’elle alertait l’opinion pour empêcher la réalisation d’un dommage plus grave : le changement climatique. Que les relaxes de militants aient été prononcées au nom de la liberté d’expression ou de l’état de nécessité, le parquet a toujours systématiquement fait appel.

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