Un sabotage vise l’usine Tesla en Allemagne
L’entreprise américaine souhaite agrandir son usine située près de Berlin. Celle-ci a été sabotée le 5 mars 2024. - © Lutz Deckwerth / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP
L’entreprise américaine souhaite agrandir son usine située près de Berlin. Celle-ci a été sabotée le 5 mars 2024. - © Lutz Deckwerth / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP
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L’incendie d’un pylône d’une ligne haute tension a conduit, le 5 mars, à l’arrêt de l’usine Tesla, près de Berlin. Le sabotage a été revendiqué par un groupe antifasciste, qui dénonce les méfaits écologiques et humains du groupe.
Berlin (Allemagne), correspondance
Mardi 5 mars, aux aurores, le constructeur automobile Tesla a dû stopper toutes les lignes de production de sa gigafactory (énorme entreprise) située sur la commune de Grünheide, à 35 kilomètres au sud-est de Berlin. Vers 4 h 50, les services de sécurité de l’usine qui emploie 12 500 salariés ont découvert la cause de la rupture de courant qui a aussi affecté les communes environnantes : un des pylônes de la ligne haute tension qui alimente le site a été incendié. Au pied du pylône, il y avait une tente avec un message indiquant que « des munitions de combat sont enfouies ici ! » Ce qui s’est révélé erroné.
À la mi-journée, la police du Brandebourg et plusieurs médias ont reçu une lettre de revendication signée par le « Vulkangruppe » (« groupe des volcans »), un groupuscule peu connu, catalogué à l’extrême gauche : « Nous avons saboté Tesla aujourd’hui », explique le texte qui poursuit ainsi : « Ensemble, mettons Tesla à genoux… Salutations à tous ceux qui sont en fuite, dans la clandestinité, dans les prisons et dans la résistance ! Amour et force à tous les antif@s ! »
« Tesla dévore les terres et les humains »
Le même groupe a revendiqué avoir, entre autres, mis le feu à l’alimentation électrique du chantier de Tesla en 2021, à qui il reprochait de n’être « ni verte, ni écologique, ni sociale ». Aujourd’hui, son communiqué de revendication (en allemand) n’a pas changé de tonalité. Précis et détaillé sur les méfaits écologiques du constructeur automobile et sur le monde qu’il propose, le texte accuse Tesla de « dévorer la terre, les ressources et les humains », et de fournir, en échange, « SUV, machines tueuses et Monster trucks ».
L’an dernier, le patron de Tesla, Elon Musk, qualifié de « technofasciste » par les activistes, a confirmé qu’il optait pour sa gigafactory allemande pour produire sa « petite » Tesla, un modèle à 25 000 euros — et non sur son usine mexicaine. Pour cela, l’entreprise compte accroître la surface de son usine d’au moins 120 hectares, en plus des 300 hectares déjà occupés. À terme, la production annuelle doit passer de 500 000 véhicules à 1 million.
La forêt occupée par des militants
Dans cette région de bois et de lacs, en partie classée zone naturelle protégée, une telle extension industrielle représente un danger important pour les ressources d’eau potable du Land. La consommation d’eau de Tesla, 1,8 million de m3 par an, ainsi que les rejets industriels sont déjà considérés comme excessifs par plusieurs ONG environnementales, ainsi que par les habitants des lieux. Dans un référendum dont le résultat a été publié le 21 février, 3 499 habitants de Grünheide se sont prononcés contre l’extension de l’usine. Seulement 1 882 y étaient favorables. La participation était de 70 %.
Ce référendum n’est pas juridiquement contraignant et Steffen Schorcht, porte-parole du mouvement qui en est à l’origine, doute qu’il fasse bouger Tesla et ses appuis politiques. « Nous avons parlé à Tesla, nous avons parlé aux hommes politiques et aux autorités. Et il ne se passe rien », résume M. Schorcht qui se réjouit cependant de recevoir des renforts inattendus.
Depuis jeudi dernier, une centaine d’opposants à Tesla, membres des initiatives Tesla stoppen et Robin Wood (en français : « Robin des bois »), occupent en effet pacifiquement une parcelle de forêt à l’est de l’usine pour empêcher l’extension prévue. Pour l’instant, la police n’est pas intervenue et leur a donné jusqu’au 15 mars pour quitter les lieux. Il n’est pas sûr que les militants en aient l’intention. Ceux-ci ont installé huit cabanes dans les arbres, sur le modèle de la célèbre zad de Lützerath contre l’extension du gisement de lignite de Garzweiler.