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Une journée d’action devant l’Assemblée nationale avec Extinction Rebellion

Durée de lecture : 26 minutes

10 octobre 2019 / Camille Martin (Reporterre)

Après avoir levé le camp de la place du Châtelet, Extinction Rebellion a mené une journée d’action ce samedi 12 octobre à Paris. Plusieurs centaines d’activistes ont tenté de bloquer l’Assemblée nationale avant d’être nassés par la police sur le pont de la Concorde. Place du Palais Bourbon, des déchets plastiques ont été déversés devant les portes du bâtiment.

  • Paris, reportage

18h00 - Les activistes quittent peu à peu le pont de la Concorde où ils sont de moins en moins nombreux. L’action est en train de se terminer. Reporterre quitte les lieux. Fin du récit sur place.

17h30 - Sur le pont de la Concorde, se trouvent encore quelques centaines de militants, toujours bloqués. Une quinzaine de camions de CRS, face à l’Assemblée et à l’entrée du pont, barrent la vue sur ce qu’il s’y déroule aux passants. Un témoin a rapporté à notre reporter sur place que la brigade fluviale se serait positionnée en dessous du pont.

16h50 - L’action se termine alors que quatre camions de gendarmes arrivent, mais trop tard.

16h40 - De l’autre côté de l’Assemblée nationale, place du Palais Bourbon, les activistes d’Extinction Rebellion ont déversé des déchets plastiques depuis une camionnette. Une trentaine d’entre eux sont devant l’Assemblée, avec des sacs plastiques troués sur la tête, criant des slogans. Des banderoles ont été déployées devant le bâtiment officiel. Une indique « le plastique nous intoxique », une autre « exige » la fin du plastique à usage unique et la « remise en place de la consigne de réemploi ».

Les CRS ont fait mine d’intervenir mais se tiennent à distance. Ils ont fait enlever la banderole « Extinction Rebellion » qui avait été accrochée à l’entrée et s’y sont placés.

16h30 - Sur la place du Palais Bourbon, l’ambiance est plus détendue que sur le pont de la Concorde. Une cantine a été installée, un atelier de détournement de publicités est en cours.

15h15 - Un petit groupe de militants a réussi à sortir de la nasse du pont de la Concorde. Les CRS se dirigent vers eux. Notre reporter a réussi à sortir de la nasse. A l’extérieur, il croise une fanfare, qui elle aussi vient rejoindre les militants bloqués sur le pont.

15h00 - Une batucada est arrivée sur le pont de la Concorde. Les policiers l’ont laissée rentrer. Elle détend l’atmosphère qui se tendait entre forces de l’ordre et activistes.


  • À écouter également, le reportage de nos partenaires de Radio Parleur sur cette journée de blocage : « Nous appelons à désobéir ! »

14h30 - Les CRS ont regroupé tous les militants nassés vers le pont de la Concorde, où ils sont retenus par des cars de CRS posté de chaque côté du pont. Environ 500 activistes s’y trouvent. Un groupe tient encore une assemblée générale, un autre a entamé une formation à la désobéissance civile et explique les méthodes d’arrestation. Le reste des militant présents bouquinent, dorment, mangent.

Les CRS ont commencé à autoriser les personnes à sortir, deux par deux, toutes les dix minutes. Des personnes se sont mises en rang pour sortir, environ une cinquantaine de personnes de chaque côté du pont, à chaque barrage des CRS. Les référents presse d’Extinction Rebellion supposent que la stratégie de la police est d’empêcher les militants de partir pour des actions ailleurs dans la capitale.

13h00 - L’AG (assemblée générale) se tient sur le pont, fermé des deux côtés par des fourgons de CRS. Environ 300 personnes y participent. Question centrale : que faire après ? Soit, tant que les militants restent nassés, occuper le temps à faire des formations de désobéissance civile. Soit accepter de se disperser et partir sur d’autres actions de désobéissance civile. Mais il ne se dégage pas de position claire. Les prises de parole se succèdent.

Quelqu’un dit qu’il faut penser la lutte en termes d’ouverture, notamment avec les camarades kurdes et les gens qui se font tuer dans les quartiers populaires.

12h00 - CRS et gendarmes évacuent les derniers activistes présents sur le parvis. Le pont est vide. Du côté de la place de la Concorde, il y a six fourgons de CRS.

Un activiste vient de dire au micro que « cette action est le début d’une multitude d’actions ». Il invite les militants qui vont partir à rejoindre les actions autonomes.

11 h 25 – Tous les camions de CRS sont face à l’Assemblée, sur le pont. Les journalistes ne peuvent revenir sur le parvis devant l’Assemblée. Sur le parvis, les policiers font les sommations pour que les quelques dizaines de militants qui sont encore sur le parvis s’en aillent. Sur le côté, deux CRS traînent au sol un homme accroché à un bidon. Un activiste, au micro, parle du rapport du Giec. Les activistes quittent le parvis.

11 h 10 – Le pont de la Concorde est bloqué côté Assemblée par deux lignes d’activistes accrochés les uns aux autres par les bras.

Ils sont en cours d’évacuation par les CRS.

10h52 – La police vient de finir d’évacuer le point de fixation à l’angle de l’Assemblée et du quai d’Orsay. Cela a été assez vif, des personnes se sont plaintes de douleur, notamment à la carotide et au dos.

Les policiers repoussent aussi la presse sans ménagement. Le camion avec les remorques bâchées a été évacué. Sur le trottoir longeant le mur de l’Assemblée nationale, les activistes sont nassés par les CRS.

Mais devant l’Assemblée, des activistes peuvent circuler, dessiner à la craie, et chanter.

10h40 - Un activiste prend la parole devant l’Assemblée. Il dit : « On ne reculera devant rien, on est prêts à aller en garde à vue, nous sommes prêts à aller en prison pour nos idées ». Les policiers le repoussent pour l’empêcher de parler.

Les policiers commencent à dégager une chaîne d’activistes qui chantent, « CRS doucement, on fait ça pour vos enfants ».

10h30 - Beaucoup de CRS sont arrivés, en tenue anti-émeutes, avec casques et boucliers, certains ont même déjà mis leurs lunettes anti-gaz. Une négociation s’engage entre un gradé et un peace keeper : « Vous dégagez la route devant l’Assemblée et on vous laisse le pont ». Mais il ne faut pas traîner, sinon les policiers interviendront. Les activistes demandent à ce qu’on laisse partir le camion.

10h20 - Une deuxième fourgonnette est arrivée devant l’Assemblée, avec deux remorques bâchées. Une cinquantaine de militants ont commencé à décharger, mais une vingtaine de motards de la BRAV (Brigades de répression de l’action violente), casqués et cagoulés, repoussent vivement les militants. Par ailleurs, les quatre accès à la place devant l’Assemblée nationale sont bloqués par les activistes.

10h15 - Plusieurs dizaines d’activistes bloquent le quai Anatole France face à l’Assemblée nationale. Une camionnette a pu apporter des rouleaux de foin.

10h05 - Les premiers activistes arrivés sur le lieu attendent le top départ - et le véhicule qui va apporter le matériel d’occupation. Ils sont pour l’instant une trentaine de personnes éparpillées sur le lieu où va se dérouler l’action. Des policiers à moto viennent de passer sirènes hurlantes.

09h55 - Le camp occupé depuis lundi par Extinction Rebellion place du Châtelet a été levé dans la nuit. Les militants se rassemblent pour une nouvelle action. Titre de la journée : « L’archipel des nouveaux mondes ».


  • LE DIRECT DU VENDREDI 11 OCTOBRE

Extinction Rebellion a bloqué la place de l’Etoile

19 h 20 : Nous arrêtons le direct. Nos reporters vont se reposer mais continuent à surveiller l’évolution de l’occupation.

Voici les trois faits marquants à retenir de cette journée :
1. Ce matin, les activistes d’Extinction Rebellion ont décidé en assemblée générale de ne plus occuper le pont au Change et de se concentrer sur la place du Châtelet. Ils réfléchissent à maintenir le blocage ou non, car des actions importantes sont prévues samedi et nécessitent des forces vives ;
2. Les nombreux Gilets jaunes ayant rejoint les activistes ont une nouvelle cabane, plus grande, au centre de la place du Châtelet ;
3. Près de 200 activistes à vélo ont bloqué la place de l’Étoile pendant une dizaine de minutes.

18 h : Les membres d’Extinction Rebellion ayant participé au blocage de la place de l’Étoile sont escortés par les forces de l’ordre à travers Paris, destination place du Châtelet.

Place du Châtelet, la décision de réduire le camp a été prise pour que davantage de personnes se mobilisent ce week-end. « Aux actions précédentes, il manquait de monde, analyse Maya. Pour l’action ‘L’archipel du nouveau monde’, ils vont avoir besoin de bloqueurs, de peace keepers et du matériel présent sur le camp. » Les membres d’Extinction Rebellion prévoient de décider d’une éventuelle levée du camp lors de l’assemblée générale du soir, à 19 h ou 20 h.

Retour sur le blocage de la place de l’Étoile, ce vendredi après-midi

Partis de la place du Châtelet en enfourchant 200 vélos, les activistes d’Extinction Rebellion ont rallié la place de l’Étoile au terme d’un parcours semé d’embûches. Leurs 200 vélos ont d’abord été bloqués par les forces de l’ordre rue de Rivoli, les obligeant à emprunter le boulevard de Sébastopol et à enchaîner de multiples détours dans Paris.

Des petits groupes d’activistes ont finalement réussi à se retrouver place de l’Étoile aux environs de 16 h. Neuf d’entre eux ont été contrôlés et raccompagnés au métro Georges V par les forces de l’ordre avant d’avoir pu rejoindre le blocage. 100 à 150 cyclistes et la batucada d’Extinction Rébellion ont investi la chaussée en criant « Extinction ! Rebellion ! », très vite suivis par les forces de l’ordre. Certains se sont assis en plein milieu de la chaussée, provoquant le mécontentement des automobilistes. Les gendarmes mobiles et les CRS ont encerclé l’attroupement, ont commencé à confisquer des vélos et à enfiler leurs casques. À ce moment-là, les activistes se sont rapidement consultés et ont décidé de terminer le blocage et de suivre les forces de l’ordre, qui les ont escortés vers l’avenue de Wagram.

Dans l’escorte, Marie tire un bilan positif de l’action et se réjouit qu’elle ait eu lieu au pied de l’arc de triomphe, un lieu associé aux mobilisations de Gilets jaunes depuis la manifestation du 1er décembre 2018. « On ne connaissait pas le lieu à l’avance pour des raisons de sécurité mais le choix est judicieux car nous portons aussi un message de convergence des luttes et de justice sociale. Pour moi, ce lieu a du sens parce qu’il symbolise aussi les violences policières, les dispositifs policiers démesurés et l’atteinte au droit de manifester. » Pour Laetitia, la place de l’Étoile permet en outre de toucher « un public différent, plus touristique, et d’attaquer la politique du tout-routier en bloquant un axe stratégique de Paris ».

L’escorte progresse lentement dans les artères parisiennes, bloquant la circulation. « On aurait pu négocier la dispersion mais cette escorte nous permet de rester perturbant, d’enchaîner les prises de parole et de diffuser notre message », explique Laetitia. En mon nom propre, je me réjouis de cette action car l’occupation de Châtelet n’était plus suffisamment bloquante. L’idée est de réinstaurer un rapport de force et de montrer qu’on ne va pas se contenter de bloquer une place qui ne dérange pas le gouvernement mais qu’on est plein de ressources. »


17h : Place du Châtelet, certaines installations sont retirées du camp. Du côté de l’avenue Victoria, une cabane est défaite pour être transportée vers un camion. Tout se concentre désormais entre le pont et la place. Des discussions éparses animent cet espace, devenu désormais le cœur de l’occupation. La convergence et les différents modes d’action des collectifs présents sont abordés. La « zone enfants » a été déplacée sur la place et adossée à la nouvelle cabane des Gilets jaunes. Sur le sol, des enfants dessinent des fleurs à la craie.

16h30 : Après une dizaine de minutes de blocage, les activistes sont éconduits avenue de Wagram par de nombreux CRS et gendarmes mobiles. Des vélos ont été confisqués par les forces de l’ordre.

16h15 : Deux de nos reporters sont aussi place de l’Étoile, où 200 vélos d’activistes d’Extinction Rebellion tentent de perturber la circulation. Ils ont tourné dans les rues parallèles au rond point, suivis de près par des véhicules de police, avant de défiler à même le rond-point. Une dizaine d’entre eux ont été arrêtés au niveau des Champs-Élysées et ont été escortés jusqu’à Georges V.

15h00 : La place du Châtelet est en mouvement autour des différents points de blocage. Dans la soirée, l’éventualité de lever le camp a nourri les conversations nocturnes. Ce matin à l’assemblée de neuf heures, c’est finalement la restructuration de l’espace qui a été votée par une centaine de personnes. « Différentes proposions ont été formulées. On a fait plusieurs tours pour les améliorer, écouter les objections et les solutionner pour arriver à une qui convienne à tout le monde », explique Maya.

Depuis, le camp s’affaire. Certains portent des chaises, d’autres des palettes. Les points de blocage au niveau du pont au Change et du quai ont été reculés vers la place. Les barrières montées par la police, toujours visibles à l’autre bout, n’ont pas bougé. « L’idée est d’avoir toujours un espace bloquant. On déplace certains points de blocage pour centraliser l’espace au niveau du pont et de la place », indique Maya. La restructuration des points de blocage avenue Victoria est toujours en discussion.

Pensé pour compliquer la tâche des forces de l’ordre qui souhaiteraient le démanteler, le camp est l’objet d’une reconfiguration fastidieuse. Gilets Jaunes et membres d’Extinction Rebellion voulant y rester la façonnent au fil de la journée. « À la fin de l’AG, nous avons conclu que, comme les forces de l’ordre n’étaient pas intervenues, on pouvait libérer un peu les militants fatigués et se concentrer sur un lieu d’échanges et de convergence. Nous voulons encore être présents demain sur la place du Châtelet, mais aussi libérer des militants pour les prochaines actions », explique Heloïse, présente lors de la réunion de 11h qui décidait de l’organisation de la journée. Preuve de la volonté des Gilets jaunes de rester, la cabane est en cours de déplacement entre le pont et la place, se rapprochant ainsi du nouveau cœur du blocage.

14h30 : Une vélorution vient de quitter la place du Châtelet. Environ deux cent personnes y participent.

12 h : Ce matin, en assemblée générale, les activistes ont pris la décision d’abandonner l’occupation du pont au Change pour se concentrer place du Châtelet. « Cette décision a été prise afin de ne pas mettre en péril l’action prévue demain, en convergence avec les Gilets jaunes, le collectif Justice pour Adama, Greenpeace et plein d’autres organisations, explique Franck, membre d’Extinction Rebellion. Les rebelles sont ainsi libérés pour y participer, car nous ne pouvons pas tout faire à la fois. L’abandon du pont au Change a fait débat, c’est normal, car l’occupation a centralisé beaucoup de choses. Mais c’est une décision stratégique. On verra si elle était adéquate, si notre action de demain fonctionne bien. »

9h30, le vendredi 11 octobre : Cinquième jour d’occupation pour Extinction Rebellion place du Châtelet et sur le pont au Change. Hier, toute la journée, les activistes d’Extinction Rebellion ont étendu leur occupation à la rue de Rivoli, qu’ils bloquaient à partir de la rue du Renard. Ils ont finalement libéré cette artère en début de soirée. De nombreux Gilets jaunes les ont rejoints et ont construit une cabane place du Châtelet. Les activistes s’interrogent sur l’attitude du gouvernement vis-à-vis de leur occupation et se demandent qu’elle sera sa réponse dans les heures qui viennent.

Les activistes ont passé une bonne partie de la soirée à jouer au volley-ball, avant de se reposer dans la centaine de tentes installées sur le bitume. Les revendications du mouvement ont été projetées sur les bâtiments autour de la place : « La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles » ; « la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025 » ; « l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres à l’origine d’une extinction massive du monde vivant » et « la création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable ».

Ce vendredi 11 octobre, dans l’après-midi, une action devrait avoir lieu. Reporterre vous en dira plus dans les prochaines heures.


  • LE DIRECT DU JEUDI 10 OCTOBRE

Extinction Rebellion, rejoint par des Gilets jaunes, a étendu son occupation au centre de Paris

Les activistes d’Extinction Rebellion qui occupent la place du Châtelet, à Paris, ont décidé ce jeudi d’étendre leur mouvement de blocage. Des Gilets jaunes les ont rejoints. Reporterre a suivi cette journée en continu.

20h30 : Nous arrêtons le direct. En Assemblée générale, les activistes d’Extinction Rebellion ont décidé d’arrêter l’occupation de la rue de Rivoli pour la nuit, quitte à recommencer ce vendredi. Nos reporters vont se reposer mais continuent à surveiller l’évolution de l’occupation.

Voici les trois faits marquants à retenir de cette journée :

  1. toute la journée, les activistes d’Extinction Rebellion ont étendu leur occupation à la rue de Rivoli, qu’ils bloquaient à partir de la rue du Renard ;
  2. de nombreux Gilets jaunes ont rejoint les activistes, ils ont construit une cabane place du Châtelet ;
  3. les activistes s’interrogent sur l’attitude du gouvernement vis-à-vis de leur occupation et se demandent qu’elle sera sa réponse dans les heures qui viennent.

20h : À l’issue d’une AG sur le Rojava, des activistes d’Extinction Rebellion ont décidé de rejoindre le rassemblement de soutien aux Kurdes syrien place de la République. La manifestation étant « sauvage » (non déclarée), les CRS ont suivi les militants et les ont aspergé de gaz lacrymogène. Les soutiens au Rojava et les activistes d’Extinction Rebellion ont ensuite tenté de faire convergence à Châtelet, mais ils ont été nassés et empêchés de se retrouver.

18h30 : Thomas, peace keeper, respire les pots d’échappement depuis le début de la journée. « C’est pertinent de continuer les blocages rue de Rivoli, on a démultiplié notre capacité à déranger. On pousse le pouvoir à réagir alors qu’il feint de nous ignorer. C’est un bordel monstre (sic) cette circulation ! Les gens doivent se poser la question “mais qu’est-ce qu’il se passe ?” Et nous, on leur répond qu’on va droit dans le mur. C’est aussi intéressant d’être à 100 mètres des bureaux d’Anne Hidalgo [la maire de Paris, l’Hôtel de Ville étant de l’autre côté du carrefour], qui dit nous soutenir. Mais nous voulons des actes ! L’occupation de Châtelet est une victoire à double tranchant : d’un côté, on peut continuer notre activité politique dans la rue, mais l’absence des forces de l’ordre est étonnante. On voit qu’ils tentent de diviser les mouvements sociaux. Séparer les Gilets jaunes — que l’on fait passer pour violents — de Extinction Rebellion — qu’on dit gentils —, ça ne va pas fonctionner. Je suis pour qu’on envoie samedi un bloc XR à la manif des Gilets jaunes, pour montrer qu’on est là les uns pour les autres. »

La rue de Rivoli, près de la tour Saint-Jacques, vers 18h15.

L’intégralité des interlocuteurs rencontrés par nos reporters s’interrogent sur la stratégie actuelle du gouvernement : pourquoi ne réagit-il pas ? Que prépare-t-il ? « C’est paradoxal d’avoir subi l’année dernière une telle répression et d’être complément libres aujourd’hui », dit Thomas, pantois.

18h : « On travaille, vous nous cassez les c****** ! » s’emporte un motard. « On n’a pas votre temps, bande de fainéants », embraie un cycliste. « Ils refusent de discuter, déplore un peace keeper. Malheureusement le dialogue n’est pas possible à tous les coups. »

« Bravo, vive la révolution », les encourage un automobiliste.

17h45 : Serge, Gilet jaune, a rejoint Extinction Rebellion ce matin pour bloquer, à leurs côtés, la rue de Rivoli. En première ligne face aux voitures, il régule la circulation, oriente le trafic vers d’autres rues. Des peace keepers en gilets oranges apaisent les tensions avec les plus mécontents.

Serge.

« Je suis là pour la convergence, dit Serge. Je suis Gilet jaune depuis les débuts du mouvement, le 17 novembre dernier. Nous aussi, on bloquait au début de manière pacifique et sympathique avant d’être violentés par la police et de subir la répression judiciaire. » Autour de lui, le trafic est dense, les Parisiens sortent du travail. « C’est palpitant de bloquer le cœur de Paris, ça donne de la force. Il faut que les gens comprennent que c’est a cause de Macron, tout ça. J’appelle à sa démission. »

16h50 : Tous les jours, les activistes d’Extinction Rébellion rédigent et impriment une nouvelle édition de leur gazette, intitulée RIO.

Le journal « RIO », pour « rébellion internationale d’octobre ».

16h30 : Un dispositif policier s’est discrètement positionné près de l’occupation. Trois fourgons de CRS stationnent au croisement des rues Bertin-Poirée et de Rivoli.

16h15 : La cantine croule sous les dons de nourriture, « mais on manque de mobilier et de vaisselle », dit l’une des bénévoles. Ils préparent un couscous pour ce soir pour des centaines de personnes.

Une zone de gratuité a été installée sur la place : « Prenez, déposez ce dont vous avez envie. » On trouve des vêtements, des bandes dessinées, des parapluies…

Le blocage du restaurant McDonald’s de la rue de Rivoli est terminé.

16h : Doris, jeune retraité : « Pour l’instant, c’est blanc et poli. La différence de traitement et de répression par le gouvernement, c’est du racisme et du mépris de classe. Il va falloir que les membres de XR, en tant que privilégiés, le dénoncent et qu’ils viennent le samedi avec les Gilets jaunes, ou à Bure. La non-violence… quand ils se feront éborgner, comment ils réagiront, hein ? » Doris poursuit : « Les Gilets jaunes aussi, ils construisaient de belles choses dans leurs cabanes avant qu’elles soient détruites. Il faut que XR revendique cette liberté pour tout le monde. »

15h45 : Gilles, d’Attac, se félicite des dernières actions : « Maintenant, la rue de Rivoli est piétonne. Ce qui est bien, à Châtelet, c’est qu’il y a de la place pour tout le monde, les écolos, les Gilets jaunes… des gens de la Zad sont venus faire une discussion hier aussi, ce soir, il y a une AG sur le Rojava… Des gens de différentes sensibilités se croisent et construisent ensemble. On dit que la place du Châtelet est trop Bisounours, mais il suffit en réalité de s’en emparer ! »

15h30 : Une cabane des Gilets jaunes a été construite dans la nuit place du Châtelet une « manière de marquer la convergence entre les différents mouvements sociaux », dit l’un de ses occupants. « C est beau de pouvoir reconstruire nos cabanes comme l’automne dernier avant que l’État ne les détruisent. Ici, on ressent la même joie, le même désir d’être ensemble, d’habiter un lieu et de se battre contre le gouvernement », explique Régis, qui retrouve ici les débuts du mouvement.

La cabane des Gilets jaunes.

Une vingtaine de Gilets jaunes occupent la cabane : « Maintenant que la cabane est là, il faut les faire venir, les Gilets jaunes ! »

15h00 : Un terrain de volley-ball s’est improvisé sur la chaussée à côté de la place du Châtelet. Un cimetière de trottinettes et de vélos électriques en libre service ont été rassemblés en tas pour dénoncer le « vélo nucléaire » et leur durée de vie limitée.

14h15 : D’après notre reporter sur place, rue de Rivoli, d’autres enseignes ont fermé, en raison du blocage d’Extinction Rebellion : les agences bancaires de la BNP et de la Banque populaire. Quant au Starbucks Coffee boulevard de Sébastopol, il est bloqué depuis ce matin.

14h : Une quarantaine de personnes ont bloqué le McDo rue de Rivoli. Plus personne n’entrait dans le restaurant. Un groupe de musique – saxo et clarinette – jouait, une assemblée générale était en cours. Les activistes ont également bloqué toute circulation entre l’Hôtel de Ville et le Louvre. Les gendarmes se tenaient pour le moment éloignés. Le « Paris sans voiture » d’Anne Hidalgo est devenu réalité.

Le restaurant McDonald’s bloqué rue de Rivoli.

Catherine, la soixantaine, a déjà passé deux nuits à occuper la place du Châtelet : « aujourd’hui, c’est un moment charnière, a-t-elle affirmé. On est sorti de la place pour bloquer un espace encore plus large. Ça devenait trop confortable. » Le Macdo est dénoncé comme « un symbole du futur invivable qu’on nous prépare ».

13h00 : Ce matin, devait se dérouler une action sur les migrations environnementales, mais elle n’a pas pu se tenir en raison de la présence des forces de l’ordre sur le lieu de l’action. Malgré tout, Carola Rackete, capitaine du Sea-Watch 3, le scientifique Serge Janicot et le chercheur spécialiste des migrations François Gemenne ont pris la parole sur la chaussée, près de la place du Châtelet.

Carola Rackete : « Le combat pour les migrants et le climat sont très liés. Le lac Tchad disparaît de la maladie du changement climatique, qui assèche les lacs mais aussi le cœur des hommes et femmes qui y habitent et doivent quitter leurs terres. Le changement climatique est la conséquence d’un modèle qui apporte la prospérité à une petite part de l’humanité. Nous pouvons décider de ne plus être complices de ces gouvernements, d’être les acteurs du changement. Nous devons être une communauté d’empathie, de compassion, face à l’inhospitalité des décideurs envers les personnes qui migrent, souvent à cause des dégradations du climat. »

François Gemenne, très applaudi, a remercié les activistes « du temps et de l’énergie » qu’ils consacrent « à mettre les dirigeants et les industriels devant leurs responsabilités » : « Contrairement à ce que pratique Emmanuel Macron, on ne peut pas faire la politique du “en même temps”, a-t-il dit. Choisir c’est renoncer, notamment renoncer à des intérêts économiques. L’écologie, c’est une lutte de tous les instants contre des gens qui vont s’accrocher jusqu’au bout à leurs derniers puits de pétrole. La responsabilité première du politique, dans ce contexte, c’est de choisir et d’engager la collectivité. »

À droite, Carola Rackete.

Aux alentours de midi et demi, les activistes ont bloqué une voie de bus rue du Renard, à proximité de l’Hôtel de Ville de Paris. Une équipe de policiers est arrivée sur place. Le journaliste de Brut Rémy Buisine, qui filmait les forces de l’ordre dans leurs véhicule a été invectivé par certains d’entre eux, qui souhaitaient qu’il supprime sa vidéo. Un policier a cassé sa carte de presse en deux.

La carte de presse cassée de Rémy Buisine.

12h30 : Martin a expliqué le blocage de la rue de Rivoli par une volonté de hausser le ton devant l’indifférence du gouvernement. « Le blocage de la place du Châtelet se passe trop bien : il n’y a pas de réaction des pouvoirs publics. Nous ne pouvons pas nous y résoudre, notre but n’est pas de partir sans une réaction de l’État. Nous allons muscler le bras de fer, et tant qu’il n’y aura pas de réponse, on va paralyser Paris. »

Le choix de bloquer la rue de Rivoli a été fait dans le but de provoquer plus de gêne dans la circulation automobile.

À quelques pas, cinq activistes avaient les bras coincés dans des arms blocs, pour compliquer une éventuelle intervention des forces de l’ordre. Après près de deux heures de blocage rue de Rivoli, la police est restée très discrète. Les activistes ont nourri les barricades de palettes et les ont décoré de drapeaux.

« C’est très malin de la part du pouvoir qui mise sur un enlisement, a estimé Damien. J’y vois plusieurs raisons : ils cherchent à redorer leur image après les gazages au pont de Sully, ils cherchent à nous diviser avec les autres luttes en nous traitant différemment — comme une colonie de vacances —, et il y a peut être aussi un petit calcul électoraliste. À titre personnel, je trouve qu’on manque encore de messages politiques forts, mais c’est en train d’évoluer avec l’arrivée des Gilets jaunes. Il faut qu’à partir de cette occupation, on se tourne et s’ancre vers d’autres luttes, qu’on combatte sur le terrain des projets destructeurs comme EuropaCity. »

Avec une trentaine de camarades, mardi soir, Damien est allé prêter main forte aux squatteurs de Mains d’œuvres, à Saint-Ouen, en voie d’expulsion. « Le quartier était bouclé par la police, a-t-il raconté. On a essayé de forcer le barrage pour aider les squatteurs mais on s’est vite retrouvés plaqués au sol, les LBD pointés sur nous. L’occupation de Châtelet montre qu’on peut faire le nombre, il faut maintenant se déployer sur les terrains de luttes très concrètes. »

10h30 : Ce jeudi 10 octobre depuis 10 h, des dizaines de militants d’Extinction Rebellion ont bloqué deux artères de Paris : la rue de Rivoli et le boulevard Sébastopol‬.

Les activistes ont rappelé les quatre revendications du mouvement : la reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles ; la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025 ; l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres à l’origine d’une extinction massive du monde vivant et la création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable. « Tant que nous n’aurons pas obtenu cela, nous continuerons de bloquer », ont-ils assuré.

« Nous sommes la rage du phacochère, la colère de l’orang-outang, la carapace de la tortue et les défenses de l’éléphant », ont chanté les bloqueurs.

Depuis lundi 7 octobre, des membres d’Extinction Rebellion venus de toute la France bloquent la place du Châtelet, à Paris, dans le cadre de la semaine de rébellion internationale d’octobre (RIO).


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Lire aussi : Apaiser les tensions, discuter avec la police, gérer la communication... Le blocage selon Extinction Rebellion

Source : NnoMan, Gaspard d’Allens, Garance Diaconu, Alexandre-Reza Kokabi et Émilie Massemin pour Reporterre. Camille Martin est le pseudo collectif de l’équipe de Reporterre.

Photos et vidéo : © Alexandre-Reza Kokabi/Reporterre, © Garance Diaconu/Reporterre, © Émilie Massemin/Reporterre, et ©NnoMan/Reporterre ( ce dernier pour les photos de la journée du samedi 12 octobre)



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DOSSIER    Extinction Rebellion

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