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Une méthode écologique d’user de la forêt : la futaie irrégulière

18 octobre 2016 / Élisabeth Schneiter (Reporterre)



La gestion dite en « futaie régulière » se fait sur une coupe rase, avec des arbres tous du même âge. Celle en « futaie irrégulière », au contraire, prend soin de l’écosystème forestier et respecte les cycles naturels. Plus rentable, cette forme de sylviculture a déjà convaincu près de 6.000 forestiers en Europe.

- Forêt du Fahy (Jura), reportage
 
Ils ont marché toute la journée, de la pâle grisaille matinale, humide et silencieuse, jusqu’aux taches éblouissantes de lumière, l’après-midi, dans les reflets verts mouvants des herbes et des feuilles luisantes de pluie !
 
« 3 de A… Hêtre 80… 2 de B… Syco 65… » Les voix des forestiers résonnent dans le froid du matin, en ce jour de pluie, rythmées par le bruit du marteau qui tape les arbres choisis et que les bûcherons viendront ensuite abattre. C’est le jour du martelage. François Leforestier, c’est bien son nom, est ingénieur forestier. Il enregistre les indications sur une tablette spéciale, petit ordinateur ouvert sur un programme qui transmet directement les fiches de coupe et les bordereaux de vente. Il répète en écho, pour vérification, ce qu’il a entendu, en même temps qu’il le note.
 

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L’opération du martelage.

En Franche-Comté, le peuplement des forêts est mélangé, aussi bien par sa structure que par la variété des essences. Le but poursuivi dans la gestion des sylves est d’optimiser la rentabilité économique et la valeur patrimoniale, dans le respect des différentes composantes de l’écosystème.
 

« Économie et écologie, loin de s’opposer, sont complémentaires » 

 
« Nous passons sur chaque parcelle tous les six ans, explique Roland Burrus, copropriétaire et gérant de la forêt, l’un des fondateurs de l’Association futaie irrégulière (AFI). Passer souvent permet de prélever moins, mais de manière plus régulière, afin de traumatiser peu le milieu. »
 
Ce jour-là, il est accompagné de son neveu Hardouin Burrus, 48 ans, celui des copropriétaires qui lui succédera, et de son petit-fils Jean Clavel, 21 ans, qui veut se former pour se préparer à une éventuelle relève. La forêt se joue sur le long terme, et il faut du temps pour apprendre à la connaître. « Évidemment, ce n’est pas un métier à plein temps, car la forêt rapporte à peine plus qu’elle ne coûte. Il ne s’agit pas, lorsqu’on choisit les arbres à abattre, de faire du chiffre, mais de valoriser ce qui reste, et de favoriser le développement naturel de la forêt », explique Roland Burrus.
 

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François Leforestier.

Les activités forestières sont saisonnières et suivent le cycle de la nature. En hiver, on analyse la forêt et on élabore le plan de gestion. Au printemps, l’inventaire puis le martelage, ou marquage des coupes. L’automne est réservé à l’exploitation.
 
L’important était de réussir à montrer que la rentabilité va de pair avec une exploitation respectueuse. « Pour moi, continue Roland Burrus, le droit de propriété exclut l’abus. J’ai compris qu’économie et écologie, loin de s’opposer, sont complémentaires. L’exploitation en “futaie régulière” part de zéro, après une coupe à blanc. Tous les arbres ont donc le même âge. On éclaircit tous les vingt ans. À la fin on a de beaux arbres espacés, on prépare une coupe de régénération et on recommence. La “futaie irrégulière” fait l’inverse. J’ai participé à la création de l’AFI parce que j’ai eu l’intuition que la forêt ne peut pas être une simple collection d’arbres prometteurs de revenus, mais qu’il faut aussi laisser la forêt jouer son rôle dans les cycles naturels. Nous appliquons cette idée de façon pragmatique, et nous avons pu prouver aux propriétaires de forêt qu’il était possible de satisfaire leur intérêt en préservant la forêt. La diversité des espèces permet une meilleure occupation de l’espace, et on produit davantage en volume. La forêt résiste aussi mieux aux maladies et aux tempêtes. Elle est une valeur de conservation et un bien commun, pour la biodiversité, pour les oiseaux, et pour nous tous. »
 

« La lumière qui va venir favoriser les jeunes pousses » 

 
Aujourd’hui, 200.000 ha de forêt sont déclarés comme étant gérés selon les principes de l’AFI et de Pro Silva en France, auxquels s’ajoutent au moins 50 % des forêts privées soumises à un plan simple de gestion (PSG, obligatoire pour les forêts de plus de 25 ha, indispensable pour l’adhésion à la certification forestière et l’accès aux réductions fiscales spécifiques à la forêt) qui sont aménagées en futaie irrégulière. L’Office national des forêts (ONF) annonce qu’elle gère en futaie irrégulière un quart des forêts communales et 10 % des forêts domaniales dont elle a la charge. Dans d’autres pays d’Europe, la surface gérée selon cette méthode est beaucoup plus importante, notamment dans certains Länder allemands — complètement gérés en FI —, en Belgique, en Slovénie, etc.
 

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Discussion entre les forestiers.

« Régénération naturelle, mélange des espèces, sélection individuelle, nous voulons avoir une forêt productive, attrayante, naturelle, irrégulière et mélangée, durable, c’est-à-dire continue et stable, dit M. Burrus. On ne se contente pas de couper simplement les gros bois, pour en prendre le plus possible et en tirer un maximum. Nous cherchons d’une part les gros bois ayant atteint le diamètre voulu, mais nous voulons aussi éclaircir en retirant les arbres malades, et les bois moyens, petits bois et perches gênant les tiges dont la qualité actuelle ou escomptée leur est supérieure. Lorsqu’on décide de couper un grand arbre, on pense à la suite, à la lumière qui va venir favoriser les jeunes pousses... Gérer une forêt, c’est faire l’équilibre entre l’ombre et la lumière. »
 
 




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Lire aussi : Forêt : au nom de l’économie, on détruit un capital naturel

Source : Élisabeth Schneiter pour Reporterre

Photos : © Élisabeth Schneiter/Reporterre sauf :
. chapô : futaie mélangée. © Pro Silva

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