Vaccins et aluminium : ce danger que l’État refuse de voir

3 janvier 2018 / Fabrice Nicolino (Reporterre)

L’extension de l’obligation vaccinale de 3 à 11 vaccins au 1er janvier suscite un vif débat. En cause notamment, l’utilisation de l’aluminium comme adjuvant des vaccins, pratique à l’origine d’une maladie, la « myofasciite à macrophages », comme l’affirme depuis la fin des années 1990 le professeur Romain Gherardi. Dans un récit en trois volets, Reporterre vous raconte cette découverte, et la réaction des institutions de santé publique.

Cette histoire commence un matin de décembre 1993. Depuis 1965, le Club des neuropathologistes français se réunit deux fois chaque année pour examiner ce que les uns et les autres ont pu trouver dans le cadre de leurs recherches. Ce club réunit la crème des spécialistes. On vient de Marseille ou de Lyon, de Bordeaux ou de Toulouse discuter de cas notables. Et cette fois, la réunion a lieu à Paris, à l’hôpital La Pitié-Salpêtrière.

Quoi de nouveau dans le vaste domaine des affections neurologiques et musculaires ? À la vérité, pas grand-chose. On écoute les intervenants, car on est courtois, et les minutes passent, sans provoquer le moindre émoi. Mais voilà qu’arrive sur l’estrade Michelle Coquet, du CHU (Centre hospitalier universitaire) de Bordeaux. Elle est fort réputée pour la qualité inégalée de ses clichés de microscopie électronique.

De quoi parle-t-elle ce matin-là ? S’excusant presque de ce qu’elle ne comprend pas encore, elle passe à ses collègues les images d’une biopsie musculaire. L’une de ses patientes se plaint de pesantes douleurs dans les muscles, devenues handicapantes. Elle souffre en outre d’une immense fatigue. Sur l’écran apparaissent de grosses cellules immunitaires, dites macrophages. Elles sont connues, bien sûr, mais pas dans cet ordre, pas dans ce dispositif, pas à cette place. La discussion commence entre scientifiques, et elle n’est pas terminée un quart de siècle plus tard.

L’évolution de la vie, si imaginative pourtant, si créatrice, a constamment dédaigné l’aluminium 

Parmi les médecins présents, un certain Romain Gherardi, du CHU Henri-Mondor de Créteil. Revenu en son laboratoire, il retrouve les mêmes concentrations de macrophages dans la lésion d’un deltoïde, ce muscle situé en haut du bras. Le cas présenté par Michelle Coquet n’était pas unique. Il y en a deux, puis trois, puis dix. Avec les mêmes symptômes.

Le 1er août 1998, Gherardi publie avec des collègues un article sensationnel dans l’une des références mondiales de la presse scientifique, The Lancet. Il y décrit une nouvelle pathologie appelée « myofasciite à macrophages », qu’il croit infectieuse. La première équipe qui trouvera le mystérieux germe sera célébrée dans le monde entier et pourra prétendre à quelque prix prestigieux. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de germe. Tandis que Gherardi est invité par les radios, y compris la BBC, tandis qu’il croit avoir trouvé, Michelle Coquet a pris une décision qui va tout changer. Elle a confié de son côté des échantillons de biopsies contenant des macrophages à un laboratoire ultraspécialisé. Le 23 octobre 1998, elle reçoit la réponse : dans le muscle lésé, on trouve un métal. Et ce métal, c’est de l’aluminium.

Le professeur Romain Gherardi.

Stupéfaction. De l’aluminium dans le muscle de patients ? Romain Gherardi n’a encore jamais vu cela. Peut-être n’a-t-on encore jamais vu cela. Il faut préciser que l’aluminium, élément chimique dont le numéro atomique est 13, est le métal le plus abondant de l’écorce terrestre. Le monde en produit près de 60 millions de tonnes par an, avec une montée en puissance fulgurante depuis 1940, pour des besoins de guerre. L’industrialisation du monde a vite trouvé de merveilleux usages à l’aluminium. Il y en a désormais dans l’eau du robinet, les dentifrices, le lait maternisé, le matériel de camping, les lignes électriques, les bagnoles, les TGV, les avions, les trottinettes, les frigos, les emballages alimentaires. En réalité, partout.

Ce qui ne manque pas d’étonner, c’est que l’évolution de la vie, si imaginative pourtant, si créatrice, a constamment dédaigné l’aluminium. Nul organisme vivant n’en contient. Nul n’en a jamais eu besoin pour s’imposer. Ni les fleurs et les arbres, ni les moineaux ou les cacatoès, ni les singes, ni les chiens, ni les hommes. Or voilà qu’on en trouve, sous la forme de petites pelotes d’épingles, dans le cytoplasme — l’intérieur de la cellule moins le noyau — des macrophages. Le corps humain, comme celui des autres vivants, parvient très généralement, grâce aux intestins et aux reins, à éliminer ce métal au plus vite. Et heureusement, car l’aluminium est dit « réactogène ». Il réagit fort et déclenche dans le corps des phénomènes d’hypersensibilité.

L’OMS n’est pas une officine du crime industriel, mais il lui est arrivé plus d’une fois d’être son paravent 

Gherardi, qui a conscience d’emblée du problème, établit des dosages d’aluminium dans le sang et les urines des patients atteints de myofasciite : ils sont normaux, et comme aucun trouble rénal, aucune exposition professionnelle ne peut être constaté, le mystère demeure total. D’où peut venir le métal ? Quelques jours après la découverte de Coquet, Gherardi reçoit — le 27 octobre 1998 exactement — un colis qu’il attendait avec impatience : une bible appelée Encyclopedia of Immunology. Gherardi a en effet acheté ce qu’il appelle une petite folie : quatre volumes de 3.000 pages au total, dont les articles ont été écrits par 700 auteurs, et qui rassemble le meilleur des connaissances humaines en immunologie.

Cette discipline scientifique s’intéresse, entre autres, aux intrus qui parviennent à déranger notre ordonnancement intérieur. En règle générale, les virus, bactéries, pollens ou protéines gênants sont combattus et chassés. Mais parfois, l’organisme ne trouve pas de réponse à la présence d’organismes étrangers. Gherardi cherche deux ou trois entrées et puis se concentre sur une seule : à la lettre A, le mot aluminium contient une surprise, et de taille ! Le professeur lit en effet : « Aluminium Hydroxyde as An Adjuvant of Vaccines. » Quoi ? Il y a donc de l’aluminium dans les vaccins ? Personne ne le sait encore, et Gherardi découvre ce jour-là qu’on utilise le métal comme adjuvant, c’est-à-dire pour augmenter l’efficacité des injections de vaccin. Depuis 1926. Un lien existerait-il entre aluminium et myofasciite ? Rien n’est moins sûr, mais le médecin de Créteil préfère en parler à deux responsables de l’Institut de veille sanitaire (InVs). Autant la publication dans The Lancet avait suscité le plus vif intérêt, autant ces nouvelles données désarçonnent les deux responsables de notre sécurité sanitaire. Tout va basculer.

Pour mieux comprendre ce qui suit, trois mots sur la puissante Organisation mondiale de la santé (OMS), agence des Nations unies qui compte 7.000 salariés et 150 bureaux dans le monde. Il était inévitable qu’une telle puissance soit convoitée par les lobbies industriels, qui ont tant à perdre de l’édiction de lois efficaces de protection de la santé. Sans entrer dans des détails, l’OMS est constamment mise en cause pour avoir trop volontiers, dans des affaires importantes, pris le parti de l’industrie. Citons par exemple son rôle trouble dans la définition de la « dose journalière admissible » (DJA) qui empêche de considérer la réalité de la contamination chimique ; ou la gestion de la grippe A (H1N1) de 2009, qui aura au total profité à l’industrie pharmaceutique ; ou encore le fameux accord de 1959 entre l’OMS et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui aura permis de camoufler une partie des réalités nucléaires mondiales. L’OMS n’est pas une officine du crime industriel, mais il lui est arrivé plus d’une fois d’être son paravent.

Dans la salle feutrée, le climat est en train de changer

Le 14 septembre 1999, Romain Gherardi est convoqué à Genève, au siège de l’OMS, où il est reçu par le comité consultatif de sécurité vaccinale. Il y a là son président, le Sud-Africain Peter Folb, accompagné par huit conseillers, dont deux États-Uniens qui représentent les incomparables Centers for Disease Control (CDC), ces centres fédéraux pour le contrôle des maladies, dotés outre-Atlantique de très gros budgets. L’initiative de l’OMS est impeccable : constatant qu’un chercheur réputé s’interroge sur les « adjuvants aluminiques » des vaccins, le comité ad hoc a provoqué une audition. Le moment est unique, qui peut lancer un branle-bas de combat planétaire.

Le siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à Genève (Suisse).

Gherardi est lui aussi accompagné, on n’ose écrire chaperonné, par plusieurs représentants de l’industrie pharmaceutique et des experts d’agences publiques françaises. Depuis que cette histoire a commencé, il a affûté ses observations, et il arrive à Genève raisonnablement confiant, pour au moins trois raisons.

La première, c’est que 100 % des malades atteints de myofasciite ont été vaccinés au cours des années précédant l’apparition des symptômes, le plus grand nombre contre l’hépatite B. Certes, ce peut être un hasard, mais, deux, des études expérimentales menées avec le concours de Gherardi montrent que l’injection de vaccins à l’aluminium chez des rats provoque l’apparition de myofasciites. Ce qui donnera lieu à publication scientifique en 2001. Oui, mais dans ce cas, pourquoi diable découvre-t-on le problème, alors que l’aluminium est utilisé comme adjuvant vaccinal depuis 1926 ? Troisièmement, après avoir beaucoup cherché, Gherardi trouve : en 1990, on a cessé de vacciner sous la peau, et commencé de piquer dans le muscle lui-même.

Autant dire que Gherardi a des arguments à faire valoir. Au total, quarante personnes sont réunies, qui écoutent avec attention le propos sidérant du professeur français. S’il a raison, un édifice s’écroule, mais il a le malheur de dire qu’il ne sait pas tout, de très loin. Notamment, il ignore combien de temps s’écoule entre l’injection d’aluminium et l’apparition d’une lésion à macrophages. Il faut en toute hypothèse compter en années, ce qui dynamite tous les tests de contrôle des médicaments, qui ne connaissent — il faut aller vite, très vite — que les jours et au mieux les semaines. Dans la salle feutrée, le climat est en train de changer. Certains experts mondialement connus croisent et décroisent leurs jambes, les feuilles se tordent dans des mains qui s’agitent. L’un d’eux, qui travaille pour Pasteur-Mérieux, fabricant de vaccins, conteste Gherardi. Plutôt non, mais ayant travaillé sur des lapins, il assure que la lésion observée disparaît en trois mois au plus. Quel a été son protocole d’étude ? Secret professionnel et commercial. Gherardi (s’)expose, d’autres affirment.

Le rendez-vous de Genève est, dans le même temps et paradoxalement, un triomphe. Oui, il est acquis que les lésions observées par Gherardi sont d’origine vaccinale et oui, elles durent longtemps. Mais, pour le reste, dissensus. Les sommités estiment que la lésion musculaire constatée est une réaction post-vaccinale normale, et passagère. Mais, il y a ce « mais » : l’aluminium est-il responsable de la maladie nouvelle constatée chez certains malades ? L’OMS ne peut trancher cette question, et preuve que la porte n’est pas fermée, elle préconise de nouvelles études. Le malentendu est total.

  • Les autorités médicales vont-elles prendre en compte cette nouvelle donne et multiplier les recherches ? Lire la suite de notre enquête


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Lire aussi : Vaccins : il faut étudier les risques des adjuvants aluminiques

Source : Fabrice Nicolino pour Reporterre

Photos :
. chapô : Pixabay (CC0)
. OMS : Wikimedia (Yann/CC BY-SA 3.0)
. portrait : Pour des vaccins sans aluminium

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